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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 12:31
Marche du 19 Mars contre les violences policères

2 collectifs argenteuillais ont participé à la Marche ! Le Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri, et le Collectif Justice Argenteuil pour Amine.

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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 22:26
A l’initiative d’une douzaine de familles de victimes de violences policières, ce rassemblement appelle à manifester, contre le racisme et l’impunité des forces de l’ordre.
LE MONDE | 19.03.2017 à 06h43 • Mis à jour le 19.03.2017 à 15h54 |

Elle rêvait d’unité, elle récolte la division. La Marche pour la justice et la dignité, dimanche 19 mars à Paris, déroute les quartiers populaires. Lancé en décembre 2016 à l’initiative d’une douzaine de familles de victimes de violences policières, ce rassemblement appelle à manifester, contre celles-ci, contre le racisme, l’impunité des forces de l’ordre et l’état d’urgence, entre autres. Et, plus généralement, contre la répression de l’Etat.

Signé par des dizaines de collectifs, d’associations et de militants, l’appel, parfois décliné sous d’autres formes du fait de divergences sur certains termes et thèmes, a également été rejoint par des syndicats (SUD-Solidaires, FSU…), quelques partis de la gauche de la gauche (PCF, Front de gauche, NPA, PG) ou encore le Parti des indigènes de la République (PIR). Une longue liste de signataires qui fâche certains acteurs de terrain des banlieues, qui se sentent dépossédés de leur combat. Et de leur voix.
Baptisée Marche de la dignité et contre le racisme, la première édition, en 2015, avait été lancée par un collectif d’une soixantaine de femmes souhaitant parler au nom de toutes les « minorités racialisées » et populations des quartiers stigmatisées, tout en revendiquant leur indépendance à l’égard des partis politiques de gauche et des syndicats. Une manifestation aux relents « anti-Blancs » avaient, à l’époque, jugé ses détracteurs. « Un véritable processus d’exclusion avait été mis en place, se souvient Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, qui a amendé avec le MRAP, la CGT et FSU l’appel à manifester. Mais en deux ans, les choses ont beaucoup évolué. »

« Convergence des luttes »

Le changement de cap est assumé : « La Marche est ouverte à tous ceux qui souhaitent nous soutenir, car même si les quartiers populaires restent les premières victimes, ils ne sont plus les seuls », explique la fondatrice du collectif Urgence notre police assassine, Amal Bentounsi, 41 ans, à l’origine de la manifestation. Son frère, Amine, a été tué d’une balle dans le dos par un policier en 2012 – le tireur vient d’être condamné en appel à cinq ans de prison avec sursis.
« Dimanche, des cars vont partir de villes de province pour emmener des militants à Paris. Mais il n’y en aura aucun pour aller chercher les jeunes des quartiers populaires. Personne n’est allé les voir »
Assa Traoré
« Je ne peux me priver d’aucun soutien, nous sommes déjà si peu nombreux… », ajoute-t-elle. « C’est l’ensemble des mouvements sociaux qui est désormais réprimé, à l’instar des manifestations contre la loi travail, renchérit Omar Slaouti, membre du comité organisateur de la Marche et du collectif Ali Ziri (retraité mort lors d’une garde à vue en 2009). Nous devons tous être solidaires face à cette répression qui s’abat sur la France, et dont l’état d’urgence est l’un des principaux outils. » Il précise : « Cette manifestation est un appel à la convergence des luttes. » Le parti pris passe mal.
En effet, cette fois, la version 2017 est suspectée d’être « pro-Blancs ». Dans une tribune publiée le 11 mars dans Mediapart, un militant, Abdoulaye Traoré, l’affirme : « Je ne marcherai pas pour les Blancs. » Et s’explique : « Cette marche est organisée pour (…) réconforter les alliés blancs (…). Elle n’est pas organisée en direction des habitants des quartiers populaires (…). Je trouve insultant de parler [en leur] nom. » Dans une lettre ouverte, parue sur le site Quartiers libres, d’autres « militant(e) s de banlieues excédés par “la couscoussière parisienne” et la “nouvelle bourgeoisie militante” » dénoncent quant à eux la multiplicité des organisateurs, les disparités idéologiques et la « présence massive de la gauche moralisatrice ».

« Admettre les divergences »

« On n’a pas le droit de confisquer la parole aux vrais acteurs de terrain, tempête Samir Baaloudj, ex-militant du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB). Certaines organisations, comme le PIR, instrumentalisent cette marche afin de devenir porte-parole des quartiers populaires. Alors qu’ils n’y mettent jamais les pieds ! Quant à la présence annoncée de Mélenchon, c’est une honte ! Il ne propose rien aux quartiers, et manifestera simplement pour engranger des voix. »
« Personne ne m’instrumentalise, rétorque Amal Bentounsi. Je mène ma barque d’une main de fer. » Pour preuve, dit-elle, seules les familles de victimes prendront la parole publiquement. « Tous les signataires sont d’accord sur une chose : la dénonciation des violences policières, résume la sociologue et co-organisatrice Nacira Guénif-Souilamas. Les désaccords se portent sur les analyses et les solutions envisagées. Mais admettre ses divergences traduit une maturité politique. L’important est de se faire entendre d’une seule voix afin de sensibiliser l’opinion publique et de politiser la question. »
Pas de quoi faire changer d’avis Assa Traoré, la grande sœur d’Adama, le jeune homme mort en juillet à la suite d’une interpellation musclée : elle ne signera pas l’appel. « Dimanche, des cars vont partir de villes de province pour emmener des militants à Paris, raconte-t-elle. Mais il n’y en aura aucun pour aller chercher les jeunes des quartiers populaires. Personne n’est allé les voir. Ils ne sont pas au courant de cette marche. Ils ne viendront pas. » Alors elle non plus.
 
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19 mars 2017 7 19 /03 /mars /2017 18:08
La première grande manifestation contre les violences policières avait rassemblé en octobre 2015 entre 3 500 et 10 000 personnes, selon les sources. C’était exactement dix ans après les grandes émeutes en banlieue parisienne consécutives à la mort de Zyed et Bouna, deux adolescents décédés dans un transformateur électrique alors qu’ils tentaient de fuir la police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis).
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/19/plusieurs-milliers-de-manifestants-a-paris-contre-les-violences-policieres_5097144_5078781.html#iEH8MrpAEFUBJrwh.99

Quelques milliers de personnes manifestaient dans le calme à Paris dimanche après-midi 19 mars contre les « violences policières » à l’appel de plusieurs organisations. Lancé en décembre 2016 à l’initiative d’une douzaine de familles de victimes de violences policières, ce rassemblement appelle à manifester, contre celles-ci, contre le racisme, l’impunité des forces de l’ordre et l’état d’urgence, entre autres. Et, plus généralement, contre la répression de l’Etat.

Les participants marchaient derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Justice et dignité, stop à l’impunité policière », flanquée des portraits dessinés de 13 personnes, présentées comme victimes de la violence policière. Le cortège doit rejoindre la place de la République où se tiendront plusieurs concerts jusqu’à minuit.

Aux cris de « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas », « pas de justice, pas de paix », « Police partout, justice nulle part » ou « urgence, urgence, la police assassine en toute impunité », la foule s’est mise en branle peu après 14 h 30 depuis la place de la Nation, dans l’est de la capitale.

Dans le cortège, flottaient des drapeaux du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), du DAL (Droit au logement), d’Attac, CGT, CNT, des ballons de Solidaires, et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Les bamboulas, les bougnouls, les niakoués (…) vous emmerdent ».

Une marche qui divise les quartiers populaires

C’est la deuxième fois qu’une telle marche, à l’initiative des familles de victimes, est organisée dans la capitale. A cinq semaines de la présidentielle, cette nouvelle manifestation prend une résonance particulière après l’affaire Théo, du nom de ce jeune homme noir dont l’interpellation brutale à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) a provoqué des violences urbaines en février. Toutefois, certains acteurs de terrain des banlieues ont regretté qu’à leur mot d’ordre se soient greffées de multiples organisations.


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/19/plusieurs-milliers-de-manifestants-a-paris-contre-les-violences-policieres_5097144_5078781.html#iEH8MrpAEFUBJrwh.99

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/19/plusieurs-milliers-de-manifestants-a-paris-contre-les-violences-policieres_5097144_5078781.html#iEH8MrpAEFUBJrwh.99
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 18:49

http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2017/03/10/un-policier-condamne-en-appel-a-5-ans-de-prison-avec-sursis-pour-avoir-tue-un-fugitif-d-une-balle-dans-le-dos_5092860_1653578.html

« Coupable, coupable, coupable ! » Dans les couloirs du palais de justice de Paris résonnent les échos d’une condamnation, vendredi 10 mars. Sous les hourras et les « justice pour Amine » scandés par une petite centaine de personnes venues l’acclamer, la fondatrice du collectif Urgence notre police assassine sort de la cour d’assises, le regard aussi fier qu’embué.

 

 

Amal Bentounsi est la sœur d’Amine. Le policier qui a tué son cadet lors d’une course-poursuite dans les rues de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), en 2012, vient d’être reconnu coupable de « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

La légitime défense n’a pas été retenue, et la cour a prononcé une peine de cinq ans de prison avec sursis et une interdiction de porter une arme pendant la même durée à l’encontre de Damien Saboundjian. Il peut en revanche continuer d’exercer le métier de policier.

Quelques minutes avant sa « victoire », Amal Bentounsi fumait encore une cigarette en se disant qu’« au moins [elle aurait] essayé ». Le gardien de la paix avait été acquitté par la cour d’assises de Seine-Saint-Denis, il y a un peu plus d’un an. Elle osait à peine croire à une condamnation en appel.

Une balle dans le dos

« Quelquefois, on dit que l’émotion l’emporte en première instance, le droit en appel », avait lancé quelques heures plus tôt l’avocat général, Rémi Crosson du Cormier, dans un réquisitoire suivi à la lettre par les jurés.

D’une voix calme, sans éclats, il avait repris pas à pas le fil de cette course-poursuite fatale, lancée par un appel anonyme, le 21 avril 2012, aux alentours de 20 h 30. Un homme « recherché pour des faits de braquage » se trouverait en face d’un bar de Noisy-le-Sec.

L’équipage de Damien Saboundjian intervient. Ses trois collègues sortent du véhicule pour contrôler le suspect. Il s’enfuit, jette une grenade factice. Damien Saboundjian le prend à revers, en voiture, avant de finir sa course à pied et de tirer. Quatre coups. Amine Bentounsi s’effondre, le visage contre le trottoir. Une balle vient de le traverser dans le dos. Il meurt à 5 h 10 du matin, à 29 ans.

Un tir de panique, et non de riposte, considère l’avocat général, pour qui la réaction « inappropriée » du policier a très largement dépassé le cadre de la légitime défense.

« Manque de discernement », « faute professionnelle », « excès de zèle », « absence totale de remise en question »… Rémi Crosson du Cormier n’a pas épargné le gardien de la paix de 37 ans, même s’il lui laisse, au moins, le bénéfice de la sincérité : « Damien Saboundjian vous demande de croire ce dont il s’est lui-même convaincu. Et sans l’enquête de l’inspection générale des services (IGS), il aurait même certainement reçu une lettre de félicitations. » La pique est loin d’être gratuite, car des pressions avaient été exercées, à l’époque, sur les enquêteurs.

« Mort de sa main, mort de ses choix »

Sans compter le contexte politico-médiatique qui avait pour le moins desservi la sérénité des investigations. Les faits s’étaient en effet déroulés dans l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2012, politisant rapidement l’affaire, entre manifestations policières et polémique sécuritaire.

Durant la semaine de ce procès en appel, police et justice ont tenté de se comprendre. Les magistrats se défendant d’être « antipolice » ; l’avocat général rappelant à l’ordre le chef de bord de Damien Saboundjian lorsqu’il estime « plus facile d’être délinquant que policier » ; le président expliquant au policier pourquoi il se trouvait devant une cour d’assises, aussi souvent que lui répétait n’avoir rien à faire là.

L’avocate de la partie civile, elle, voulait simplement rappeler à Damien Saboundjian que, quel que soit le verdict, un homme était « mort de sa main, mort de ses choix ». Un délinquant multirécidiviste en cavale, certes, puisque Amine Bentounsi s’était fait la belle à la faveur d’une permission deux ans auparavant. « Ce n’était pas un ange, a concédé Me Louise Tort, mais il ne méritait pas d’être abattu comme un chien. »

« Il m’a braqué. J’ai tiré »

Jusque dans ses derniers mots à la barre, le policier campera sur son seul et unique leitmotiv depuis cinq ans : « Il m’a braqué. J’ai tiré. » Rien de plus. Et, si aucun témoin ne peut corroborer que la victime l’ait « pointé » – sauf, dans un premier temps, son coéquipier, avant d’avouer avoir menti –, aucun ne peut attester le contraire. Aucun expert n’a pu, non plus, exclure formellement qu’Amine Bentounsi se soit retourné juste avant de recevoir cette balle dans le dos.

« Et à quoi peut bien servir une arme chargée à la main ? », ironise l’avocat de la défense, MDaniel Merchat, en rappelant qu’un revolver chargé a été retrouvé aux côtés du fuyard.

Lui-même ancien commissaire divisionnaire, il ne peut s’empêcher de plaider que condamner son client serait forcément « antiflic » : « Je sais bien qu’il n’y a pas de présomption de légitime défense, mais il n’y a pas non plus de présomption de culpabilité. Sauf pour les policiers. » Le doute, « évidemment », aurait dû lui bénéficier. Amer à la sortie de la salle d’audience, il lâche une pensée pleine de sous-entendus, pour « tous les policiers et gendarmes qui attendaient ce verdict et qui vont devoir composer avec ».

Réfléchir avant d’agir

Venu déposer au cours du procès en faveur de son collègue, Loïc Lecouplier, secrétaire national Ile-de-France du syndicat policier majoritaire Alliance, se fait plus explicite. Puisqu’une première cour d’assises acquitte et qu’une seconde condamne sur les mêmes faits, il se demande qui peut être désormais certain « des conditions de la légitime défense, en France ».

Dans des rangs déjà « mal en ce moment », prévient le syndicaliste, la condamnation risque d’avoir des conséquences : « Le policier va réfléchir sérieusement avant d’intervenir. » Une petite voix s’élève pour oser souligner, peut-être, que ce n’est pas plus mal de « réfléchir avant d’agir ».

Imperturbable, un militant distribue des tracts en bas des marches de la cour d’assises. Un nouveau rendez-vous contre les violences policières est donné à Paris, le 19 mars : une « marche pour la justice et la dignité ».

Le cordon de gendarmes se referme tranquillement sur les derniers poings levés, les amenant vers la sortie, sans heurts. Soulagés sous leurs uniformes, certains se félicitent que tout se soit bien terminé. Les slogans, eux, bruissent encore, à peine étouffés par les lourdes portes du palais. « Zyed, Bouna, Théo et Adama. On pardonne pas, on n’oublie pas. »

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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 18:11

En 2012, Damien Saboundjian avait tiré sur Amine Bentounsi alors qu'il se trouvait de dos. Acquitté en première instance, la cour d'assises de Paris n'a pas retenu en appel l'état de légitime défense.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 22:04

Aux assises, la fragile «légitime défense» d’un policier

Par Willy Le Devin

http://www.liberation.fr/france/2017/03/09/aux-assises-la-fragile-legitime-defense-d-un-policier_1554640

Amal et Jasmine, la sœur et la fille d’Amine Bentounsi, lors d’une marche blanche en sa mémoire, le 5 mai 2012 à Noisy-le-Sec. Photo Vincent Nguyen. Riva Press

Aquoi tient l’acquittement d’un homme ? Et la mort d’un autre ? A un fil d’une infinie fragilité, comme l’a formulé le président de la cour d’assises chargé de réexaminer l’affaire Saboundjian, du nom de ce gardien de la paix qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos le 21 avril 2012 à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) : «Si je résume, tout est relativement incompatible mais tout est possible…» Malheureux jurés. Il faut dire que le procès en appel qui s’est ouvert lundi à Paris n’a pas permis d’avancer d’un iota. En janvier 2016, le policier de 37 ans, aujourd’hui désarmé et affecté à un standard téléphonique à Grenoble, avait été acquitté en première instance de «violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner».

Canettes. Un an plus tard, les faits apparaissent toujours aussi nébuleux. En clair, il y a la version intangible de Damien Saboundjian, qui soutient qu’Amine Bentounsi - détenu recherché pour ne pas avoir réintégré sa cellule à la suite d’une permission - «s’est retourné et [l’]a braqué avec un revoler». Le gardien de la paix dit avoir «pris peur, et [a] donc fait feu à quatre reprises avec [son] arme de service en situation de légitime défense». Et puis il y a le reste du monde, qui peine à y croire. Et pour cause, aucun des témoins présents ce jour-là ne corrobore la version de Damien Saboundjian.

Son ex-coéquipier, Ghislain B., a bien tenté de venir à son secours en épousant à la virgule près les déclarations de l’accusé devant l’Inspection générale des services (IGS, la police des polices, devenue depuis l’IGPN), mais la supercherie a fini par être démontée : au moment des tirs, Ghislain B. se trouvait trop loin de la scène, ralenti par une grenade factice larguée dans sa fuite par Bentounsi. Rappelé à la barre par le président, Ghislain B., quadra falot à la voix éteinte, n’a pas l’air gêné outre mesure de sa fausse déposition : «Je n’ai pas l’impression d’avoir mal agi.» A l’époque préfet de Seine-saint-Denis, l’ultra-sarkozyste Christian Lambert s’était lui-même fendu d’un coup de fil à l’IGS, sommant les enquêteurs d’y aller mollo avec les collègues.

Plus effarant encore, la désinvolture avec laquelle a été traitée la scène de crime. Le premier arrivé sur les lieux, le commissaire divisionnaire Zejloko Ilic, raconte qu’il a «dans un premier temps tenté de comprendre ce qu’il s’était passé». Ce qui est bien normal. A ce moment-là, Damien Saboundjian «est recroquevillé au pied d’un arbre et pleure». Zejloko Ilic se souvient également de ses coéquipiers, «très nerveux», «qui répètent alors en boucle qu’ils vont perdre leur boulot». Sauf que, dans un second temps, d’autres unités ont accouru, dont la brigade anticriminalité. Surprise, des canettes ont été positionnées sur la chaussée, censées indiquer l’emplacement des quatre douilles percutées par l’arme de Damien Saboundjian. Or d’après les expertises balistiques, qui ne brillent pas par leur limpidité, certaines trajectoires semblent impossibles. D’où des soupçons de modifications des emplacements effectuées à dessein pour couvrir Damien Saboundjian.

Il y a, enfin, les écoutes diligentées sur le téléphone de l’accusé après les faits. Elles décrivent les arcanes insupportables d’une institution policière se croyant au-dessus des lois : «L’administration est avec toi, et quand elle est avec toi, le pouvoir est avec toi… Ils nous protègent de la justice», ose un collègue de Damien Saboundjian. Dans une autre écoute, ce dernier n’y va pas non plus par quatre chemins : «A Bobigny [où il fut jugé en première instance, ndlr], les juges, c’est vraiment des enculés.»

Héros. Du reste, même mis bout à bout, ces éléments n’entérinent nullement la culpabilité d’un homme. Demeure le profil psychologique du policier qui, selon une analyste invitée à la barre, n’a «pas géré son stress». Avant ce 21 avril 2012, Damien Saboundjian étirait une vie sans éclat. Né à La Tronche (Isère), il se fait d’abord racketter au collège. En seconde professionnelle, il bifurque vers la pâtisserie, parce que «c’est un gourmand». Mais rate deux fois le CAP à cause de l’examen de chocolaterie. Saboundjian devient ensuite adjoint de sécurité par «amour de l’uniforme». Afin de gravir les échelons, il se présente au concours de police. Classé 850e sur 1 200, il n’a d’autre choix que de découvrir la Seine-Saint-Denis, territoire exigeant, où il n’a aucune attache.

Ce soir du 21 avril 2012, lorsque ses trois collègues se lancent à pied à la poursuite d’Amine Bentounsi, Damien Saboundjian reste au volant du véhicule sérigraphié. La radio est défectueuse. Livré à lui-même, se dit-il alors que son heure de gloire est venue ? Se dit-il qu’il est enfin temps d’être un héros ? Il enclenche la première, fonce, rattrape Bentounsi, mais au lieu de l’interpeller, il l’abat. Le verdict est attendu ce vendredi.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 09:36
La deuxième journée d’audience du procès en appel de Damien Saboundjian a été marquée par le passage à la barre de son ancien coéquipier.
http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/08/affaire-bentounsi-ce-n-est-tout-simplement-pas-digne-de-la-police-nationale_5090865_5078781.html
 

Il a gardé son manteau à la barre, comme pour montrer qu’il n’est que de passage dans cette cour d’assises parisienne, mardi 7 mars, que ce n’est pas lui qu’elle doit juger en appel pour avoir abattu Amine Bentounsi d’une balle dans le dos, en 2012, lors d’une course-poursuite à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). Lui n’est que l’ancien équipier de l’accusé, Damien Saboundjian.

Seulement voilà. L’agent de police Ghislain Boursier avait affirmé avoir vu la victime pointer une arme sur son collègue juste avant que celui-ci ne tire. Seul témoin à accréditer la thèse de la légitime défense, en dehors du policier accusé, acquitté en première instance.

Face à la reconstitution démontrant qu’il ne pouvait pas voir « la scène finale » d’où il se tenait et confronté aux versions des autres témoins, Ghislain Boursier avait fini par avouer au cours de l’enquête que non, il n’avait pas « vu de ses yeux vus » Amine Bentounsi braquer Damien Saboundjian. Du moins pas au moment crucial : celui où son coéquipier a tiré, à quatre reprises, sur le fuyard recherché pour s’être fait la belle en permission.

Alors pourquoi le gardien de la paix de 40 ans, dont treize ans d’ancienneté dans la police nationale, a-t-il menti ? « Je ne sais pas », répète-t-il à la barre. Le président le sermonne. « On pourrait penser que vous vouliez le couvrir. Seulement, en disant que vous étiez là où vous n’étiez pas, ça devient suspect, et ça se retourne contre la personne [accusée]. » L’avocat de la partie civile tonne et lâche sa sentence : « Vous êtes un menteur », avant de déplorer qu’il n’ait même pas été sanctionné.

Une main cramponnée à l’autre à la barre, la voix à peine audible, Ghislain Boursier attend que le savon passe. Vient le tour de l’intransigeant avocat général, garant des intérêts de la société. Son intervention claque comme une gifle. « Ce n’est tout simplement pas digne de la police nationale. »

« Plus facile d’être délinquant que policier »

Durant près de trois heures, le président de la cour d’assises avait repris méticuleusement chaque audition de Ghislain Boursier : devant l’Inspection générale des services (IGS) ; devant le juge d’instruction. Aucune ne se ressemble. Alors, mensonge ? Le fonctionnaire secoue la tête. Il préfère parler de « logique » et de « déductions » faites d’un mélange entre ce qu’il a vraiment vu et des discussions entre collègues. « Et voilà, on y revient… » soupire le président.

Plus tôt au cours de cette deuxième journée d’audience, un autre membre de l’équipe avait déjà fait face à la cour, et évoqué ses « déductions ». Ce soir du 21 avril 2012, après avoir jeté une grenade factice sur les policiers, le suspect pris en chasse avait également laissé tomber un étui de pistolet vide. Lui, le chef de bord, avait donc compris « de lui-même » pourquoi Damien Saboundjian avait tiré. Ou serait-ce Ghislain Boursier qui lui avait rapporté avoir vu l’individu braquer son coéquipier. Ou peut-être encore d’autres collègues arrivés sur place en renfort qui l’auraient appris d’autres collègues… « Autrement dit, c’est l’ours qui a vu l’ours qui a vu l’ours », résume le président.

Et sur place, pourquoi la crainte majeure de l’équipe après les tirs, selon le commissaire de nuit entendu lundi, se résumait en un leitmotiv : « On va perdre notre boulot » ? « Parce que la parole des policiers n’a plus beaucoup de valeur, on est remis en cause sans arrêt », ose le chef de bord. Dans une écoute téléphonique datant de 2012, il avait même lancé – agacé par l’enquête de l’IGS qui « cherchait la petite bête » – qu’il était « plus facile d’être délinquant que policier ».

« Vous le pensez toujours ? », lui demande l’avocat général, prêt à bondir au premier mouvement d’acquiescement. Le policier répond oui. « Vous ne pouvez pas dire ça, la police nationale est la gloire de la France !, s’emporte l’avocat général. Ce n’est pas parce qu’on vous demande des comptes dans cette affaire que l’on ne fait pas confiance à la police. » D’autant que, poursuit le président, si chercher à comprendre les circonstances de la mort d’un homme tué par un policier, « c’est chercher la petite bête… ». Mardi, l’audience s’était ouverte sur le schéma glaçant du médecin légiste, représentant les blessures d’Amine Bentounsi. En plein milieu du dos, un point noir dessiné au stylo. L’impact de la balle. Verdict attendu vendredi.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/08/affaire-bentounsi-ce-n-est-tout-simplement-pas-digne-de-la-police-nationale_5090865_5078781.html#c7rdM3kYwvX8UdQd.99

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/violences-policieres/article/2017/03/08/affaire-bentounsi-ce-n-est-tout-simplement-pas-digne-de-la-police-nationale_5090865_5078781.html#c7rdM3kYwvX8UdQd.99
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 13:11
Comme Un Bruit a rendez-vous sur la dalle d’Argenteuil avec Omar Slaouti, professeur de physique-chimie au lycée Julie-Victoire Daubié. La dalle d’Argenteuil que Nicolas Sarkozy avait proposé le 5 octobre 2005 de débarrasser de sa « bande de racailles », avant que les banlieues ne s’enflamment trois semaines plus tard après la mort tragique de Zyed Benna et Bouna Traoré le 27 octobre à Clichy-sous-Bois. Où est passé le grand-ensemble construit dans les années 1970, où il faisait bon vivre et qui promettait une intégration sociale réussie ? La colère face aux violences policières répétées et aux injustices économiques et sociales est présente dans de nombreux esprits, que les récentes affaires, dont celle de Théo, n’ont fait qu’alimenter.
Un reportage d 'Antoine Chao
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 13:08
"100 portraits contre l'état policier" est paru !
Ce livre est né de la volonté de rendre visible le flux permanent de personnes qui meurent victimes de l’État policier français.
Elles ont été étouffées, abattues, percutées, battues à mort, lors de contrôles, d’arrestations, d’expulsions, de mouvements sociaux, ou dans d’autres circonstances encore, par des policiers, des gendarmes.
Cases Rebelles, s’empare ici de la forme du portrait militant, hérité de l’art mural, du graff, d’artistes activistes comme Emory Douglas, et largement réactivé dans les mouvements actuels contre la police raciste aux États-Unis, avec Oree Originol notamment.
Le dessin rompt avec la froideur clinique des listes. Facilement diffusable, affichable, il est une tentative de reprendre la rue et ses murs.
Le récit des circonstances et des suites judiciaires permet de saisir comment toutes ces petites histoires, souvent tombées dans l’oubli, forment la grande Histoire de la domination policière en France et son caractère à la fois de classe, raciste et colonial.
Quelques familles ont obtenu une forme de reconnaissance et de justice, mais dans leur grande majorité, elles ont fait face à l’impunité.De 1948 à 2016, chaque portrait est accompagné d’un résumé des circonstances de la mort et des suites judiciaires éventuelles.
Les dessins se veulent aussi porteurs d’amour pour les victimes et de solidarité pour leurs proches.
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7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 11:13

http://www.leparisien.fr/noisy-le-sec-93130/j-ai-un-mort-sur-la-conscience-06-03-2017-6738852.php#xtor=EREC-1481423606-[NL93]---${_id_connect_hash}@1

Autre décor, autre ambiance. Le procès du gardien de la paix, Damien Saboundjian, s'est ouvert ce lundi sous les lustres de la cour d'assises de Paris où il n'a pas été besoin de diviser la salle en deux, en fonction des soutiens des différentes parties. Ce lundi matin, les policiers ne sont pas venus aussi massivement qu'à Bobigny soutenir leur collègue qui, depuis cinq ans, invoque la légitime défense pour expliquer la mort d'Amine Bentounsi, fugitif en cavale tué d'une balle dans le dos à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis) en 2012. Carrure de rugbyman, en jean et chemise rayée, assis à la petite table des accusés, Damien Saboundjian, 37 ans, acquitté à Bobigny en 2016, encourt vingt ans de réclusion criminelle.
Il est toujours policier, mais désarmé, à la salle de commandement à Grenoble. Il avait été muté en Isère après les faits, en conservant son traitement, sur décision conjointe du «président de la République (NDLR : Nicolas Sarkozy), du ministre de l'Intérieur et du préfet (NDLR : Christian Lambert)».
«Il n'y a pas un jour depuis ce 21 avril 2012 où je ne pense pas à ce qui s'est passé. Depuis je vis avec un mort sur la conscience», dit-il au micro, à moins d'un mètre du père et de la sœur d'Amine Bentounsi, silencieux. L'accusé apparaît plus loquace qu'à Bobigny, allant jusqu'à commenter les raisons de son échec au CAP de pâtissier. Mais la restauration, c'était «par gourmandise », la police « par conviction, par passion». «J'ai toujours aimé l'uniforme», explique-t-il.
 
Sans le bac, il est entré dans les forces de l’ordre par la petite porte des adjoints de sécurité. Une fois gardien de la paix (850e sur près de 1200), il avait rejoint le tribunal de Bobigny en 2006, avant d'aller sur le terrain, enfin, en 2009 à Noisy-le-Sec. Les équipes de police secours sont souvent les premières à intervenir, comme ce soir du 21 avril 2012 où un corbeau, jamais identifié, a prévenu la police de la présence d'un homme «recherché pour raisons de braquage».
À ce moment-là, personne ne sait qu'il s'agit d'Amine Bentounsi, 28 ans, condamné pour vol à armée et recherché depuis qu'il s'est fait la belle du centre de détention de Chateaudun (Eure-et-Loir) à la faveur d'une permission en 2010. Amine Bentounsi s'enfuit, jetant sur trois policiers à ses trousses une grenade défensive factice. Le gardien Saboundjian, lui, fait le tour en voiture pour le cueillir 800 m plus haut.
Il s'expliquera jeudi sur les circonstances dans lesquelles il a tiré. «Techniquement, la prudence voudrait que l'on suive à distance, mais vous pensez à interpeller et vous oubliez le danger, ça tient tellement à l'appréciation et à l'expérience professionnelle», explique à la barre le commissaire qui gérait à l'époque le service de nuit. Il se souvient de Saboundjian «choqué, dans un grand état de stress» après les tirs.
«Il aurait été bien plus indiqué d'envoyer un équipage de la BAC (brigade anti-criminalité) mais ils avaient terminé leur service», note le policier de l'IGS (ex-IGPN). Selon lui, plusieurs éléments écornent la version du policier : la position des étuis des balles qui auraient été déplacés et les «mensonges» d'un coéquipier, qui sera entendu ce mardi, et qui avait soutenu être témoin des tirs. Soudainement, l'accusé est pris d'une crise de sanglots. Le policier de l'IGS rappelle qu'à l'époque, entre les deux tours de l'élection présidentielle, le syndicat de police du gardien avait tenté de faire pression sur l'IGPN pour «faire gicler le lieutenant qui avait mené l'interrogatoire».
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