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29 janvier 2012 7 29 /01 /janvier /2012 00:30

Mes chers concitoyens,


Me permettrez-vous d'avoir le souci, ici, de l'honneur de notre République, menacée aujourd'hui de la plus honteuse des souillures?


Le Parquet de Pontoise vient d'oser requérir un non-lieu dans « l'affaire Ali Ziri », ce retraité de 69 ans, mort suite à une interpellation policière, à Argenteuil, le 11 juin 2009. Cela signifie la fin de toute instruction ainsi qu'une grave défaite du droit, un affront suprême à toute vérité, à toute justice. L’Histoire écrira et retiendra que c'est en notre nom, mes chers concitoyens, qu'une telle imposture a pu être commise.


Mais puisqu'un procureur de la République a osé, j'oserai moi aussi ! Mon devoir est de parler, je ne
veux pas être complice ! Mes nuits seraient hantées par le spectre de ces malheureuses victimes retrouvées mortes étouffées dans les « mains » de notre police nationale. Et c'est vers toi, ô Peuple de France, souverain, que je me tourne, pour ton honneur, car cette vérité, je suis convaincu que tu l'ignores.


Rappelons les faits. Tout d'abord, le 24 juillet 2009, l'Institut médico-légal de Paris rendait les conclusions d'une autopsie qui relevait l'existence de 27 hématomes, et démontrait qu' « Ali Ziri était décédé suite à un arrêt cardio-circulatoire d'origine hypoxique, généré par suffocation et appui postérieur dorsal ».


Ensuite, le 15 avril 2011, les conclusions de nouveaux examens complémentaires affirmaient que « le manque de discernement des policiers avait conduit à des comportements qui n’étaient pas sans conséquence sur l’état de santé de Monsieur Ziri. ». Cette dernière expertise conclut également à «un épisode hypoxique (une diminution de la quantité d'oxygène apportée aux tissus ) en rapport avec les manoeuvres d'immobilisation et les vomissements réitératifs». Pour Maître Stéphane Maugendre, avocat de la famille, c'est la technique policière du « pliage », consistant à plaquer le torse du prévenu sur ses genoux en exerçant une pression, «qui est à l'origine de l'asphyxie ayant conduit au décès d'Ali Ziri».


Enfin, l’avis de l’ex-CNDS (Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité, une autorité administrative indépendante, aujourd'hui remplacée par le défenseur de droits ), évoque sans ambiguïté un « traitement inhumain et dégradant » :
Dans l’avis émis par cette commission, on peut lire en effet, que le visionnage du film d 'une caméra de surveillance au commissariat d'Argenteuil, montre plusieurs policiers en train de tirer Monsieur Ali Ziri hors du véhicule et le projeter au sol, puis le saisir par les quatre membres, la tête pendante, sans réaction apparente, puis l'emmener à l’intérieur du commissariat. Pour Maître Stéphane Maugendre, les images de l'extraction d'Ali Ziri montrent donc clairement qu'il «est arrivé quasiment inconscient au commissariat». Les policiers auraient placé Messieurs Ali Ziri et Arezki Kerfali en position allongée sur le sol. Les deux hommes avaient les mains menottées dans le dos. Selon les témoignages de fonctionnaires de police présents au moment des faits, les deux hommes sont restés dans cette position, le visage dans leurs vomissures et en ne bougeant pratiquement pas, durant toute la durée de leur présence au commissariat. La CNDS a pu établir qu’ils étaient demeurés ainsi entre 30 minutes et 1 heure 15. Pendant ce temps, les policiers interpellateurs rédigeaient deux plaintes contre Arezki Kerfali et Ali Ziri (toujours à même le sol), respectivement pour outrage, et pour outrage et rébellion.


Ainsi, tout laisse à penser que les violences policières excessives et disproportionnées dont a été victime Monsieur Ali Ziri sont à l’origine de son décès. Or, nous sommes dans un État de droit ! On ne peut sacrifier ainsi impunément les droits humains, le droit à la vie en particulier, sur l'autel de la sécurité. En vertu de l'article 10 du code de déontologie de la police nationale, « Toute personne appréhendée est placée sous la responsabilité et la protection de la police ; elle ne doit subir, de la part des fonctionnaires de police ou de tiers, aucune violence ni aucun traitement inhumain ou dégradant. »Dès lors, la responsabilité de ces policiers interpellateurs se trouve engagée.


N'est-il pas pour le moins étrange, compte-tenu de toutes ces informations, que dans son réquisitoire du 14 décembre 2011, le procureur ait passé sous silence les faits que l’ex-CNDS a dénoncés ? Il conclut ainsi dans sa « discussion » de quelques lignes qu’« aucune faute directe involontaire n’est imputable à quiconque ».


Amnesty International déplore que le procureur de Pontoise ait requis un non-lieu dans une affaire qui met en cause aussi clairement des fonctionnaires de police. Le cas d'Ali Ziri est l’un des cinq évoqués par l'ONG dans son rapport du 30 novembre 2011, « France : Notre vie est en suspens. Les familles des personnes mortes aux mains de la police attendent que justice soit faite ». A travers les situations de ces cinq personnes, toutes étrangères ou d’origine étrangère, décédées au cours d’une interpellation ou d’une garde à vue, ce rapport a mis en exergue le manque de transparence et d’impartialité entourant les affaires mettant en cause des membres des forces de l’ordre.


Mes chers concitoyens, vous devez savoir que notre pays a été condamné à 14 reprises par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour violation des articles 2 (droit à la vie) et 3
(interdiction de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants) de la Convention européenne des droits de l’homme. La plupart de ces condamnations concernent des brutalités policières lors d’une interpellation ou dans un lieu d’enfermement, le plus souvent contre des étrangers ou des Français issus de minorités ethniques . Les allégations de mauvais traitements formées contre des policiers français donnent rarement lieu à l’ouverture d’enquêtes. Les classements sans suite de plaintes dénonçant ces abus et le manque d’indépendance et d’impartialité des enquêtes mettant en cause des agents de la force publique contribuent à une impunité de fait.

Le Commissaire des droits de l’homme du Conseil de l’Europe en 2005, puis la CNDS en 2007 relevaient que les personnes victimes et témoins de mauvais traitements ou d’un usage abusif de la force, qui essayaient de protester contre ces abus ou de les dénoncer en portant plainte, étaient très souvent accusées par les policiers de délits d’outrage ou de rébellion ou de dénonciations calomnieuses.


Le fait que les policiers qui ont procédé à l'interpellation d'Ali Ziri et de son ami, Arezki Kerfali, ne soient pas inquiétés, ni entendus, nous laisse abasourdis, consternés, écoeurés. Ali Ziri était un vieux monsieur, un homme qui n’était pas connu des services de police, un « chibani », c’est-à-dire un « ancien », un de ces immigrés retraités venus travailler en France dans les années 1960 et 1970, et que des policiers ont probablement tabassé, comme en témoignent les différents hématomes qu’on a retrouvés sur son corps.


Pourquoi, s'interroge la famille du retraité algérien, la police d'Argenteuil refuse-t-elle toujours, jusqu'à ce jour, de lui restituer la chemise et la veste que leur défunt parent portait au moment du drame ? Pourquoi ? N'y aurait-t-il pas là tentative de dissimulation de pièces à conviction ? Ne serait-ce pas là une entrave gravissime au bon déroulement de l'enquête, un épouvantable déni de justice jeté sans scrupule à la figure d'une famille endeuillée ? Autant de questions légitimes qui sont restées jusqu'à présent sans réponse. Ce qui contribue à développer, comme l'écrit Nicolas Bougeard, Adjoint à la Tranquillité publique à la mairie d'Argenteuil, « un sentiment d’incompréhension quant aux conditions dans lesquelles les forces de l’ordre sont amenées à exercer leur mission. »


Voilà donc, mes chers concitoyens, la vérité des faits qui achève de montrer l'implication de ces
policiers dans la mort du vieil homme. Pire ! Plus de deux ans après le drame, ces policiers n'ont
fait l'objet d'aucune procédure disciplinaire et sont toujours en poste au commissariat d'Argenteuil ! Après l'ouverture d'une information judiciaire pour «homicide involontaire et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner par personne dépositaire de l'autorité publique», trois juges d'instruction se sont succédés, sans avoir entendu un seul des policiers impliqués.
Ce qui déshonore notre République !


Telle est donc la simple vérité, et elle est effroyable ! Pourtant, elle n'a pas suscité un grand émoi dans l'opinion publique. Le silence de nos élus sur ces crimes impunis est assourdissant et en dit long sur l'état de notre société...Mais je veux le dire ici haut et fort , et en conscience : c'est un crime d'égarer délibérément l'opinion, de lui cacher la vérité, d'exacerber ses bas instincts, d'exaspérer les passions de rejet et d'intolérance. C'est un crime que d'exploiter le « sentiment d'insécurité » pour des oeuvres de haine et de mort. Dans ce sens, La mort d'Ali Ziri n'est pas un cas isolé. Elle est le résultat d’un « vent mauvais »qui souffle sur notre pays depuis plusieurs années et dont je crois pouvoir dire que les plus hautes autorités de l’État n’y sont pas étrangères.
Mais, comme le disait si justement Monseigneur Jacques Gaillot, le jour de l'inauguration d'une
plaque commémorative à la mémoire d'Ali Ziri, « la vérité ne peut pas être enterrée ». Elle est en marche et rien ne l'arrêtera.


Cette lettre ne doit pas être trop longue, et il est temps de conclure. Ainsi donc, le Parquet de Pontoise a requis un non-lieu.


Pourtant, je dis qu'il y a lieu, au contraire, de s'interroger sur le fait qu'aucun des policiers, pourtant mis en cause par plusieurs rapports, n'ait été entendu par les trois juges d'instruction qui se sont succédés depuis juin 2009.


Pourtant, il y a lieu, vraiment, de s'inquiéter quant aux dysfonctionnements prévisibles de cette procédure, qui veut que ce soient des policiers qui enquêtent sur des policiers : d'abord des officiers de police judiciaire d'Argenteuil qui interrogent dès le 10 juin 2009 leurs trois collègues, puis l'inspection générale de la police nationale (IGPN). On ne peut, vous le savez, être juge et partie.


Il y a lieu, certainement, de s'indigner du refus des juges d'instruction concernant les demandes des deux avocats d'organiser une reconstitution, et d'obtenir le visionnage de la vidéo enregistrée par la caméra de la cour du commissariat.


De même, il y a lieu de s'indigner du refus de l'hôtel de police d'Argenteuil de remettre à la famille la chemise et la veste d'Ali Ziri.


Oui, il y a lieu de condamner sans réserve l'utilisation par les policiers de cette technique, dite du « pliage », pourtant formellement interdite depuis la mort en janvier 2003 d'un Éthiopien expulsé par la police aux frontières.


Parfaitement, Il y a lieu de qualifier clairement les graves événements qui se sont produits au commissariat d'Argenteuil, ce 9 juin 2009, sachant que sans la mobilisation d'un collectif d'associations, l'affaire aurait été enterrée depuis longtemps.


Oui, il y a lieu d'établir, tout en respectant la présomption d'innocence, les responsabilités des policiers mis en cause dans la mort d'un homme de 69 ans, au regard du code de déontologie de la police nationale.


Il y a lieu, enfin, de s'indigner pour tous ces crimes impunis, lesquels, loin d'être des cas isolés, sont le résultat d'une politique délibérée, sécuritaire, répressive et aveugle, décidée par les plus hautes autorités de l’État, sacrifiant au passage les droits humains, la dignité humaine, et renforçant – quelle honte!- le sentiment d'impunité.


Cette lettre que je vous adresse, mes chers concitoyens, n'est qu'un moyen parmi d'autres pour réclamer la vérité et la justice. Je sais que je peux compter sur votre bienveillance et sur votre clairvoyance.


Mes salutations respectueuses et fraternelles.


AZIZI Abdellah

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collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri - dans Lettres
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