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5 septembre 2023 2 05 /09 /septembre /2023 12:34
Rassemblement évangélique
en Moselle :les chasseurs s’invitent
dans le dispositif de sécurité

Mercredi 23 août, la Fédération départementale des chasseurs de Moselle a annoncé que la gendarmerie nationale « souhaitait associer » les chasseurs à la surveillance du rassemblement évangélique tzigane prévu la première semaine de septembre. Pourtant, 400 gendarmes sont attendus sur les lieux et la préfecture nie avoir fait appel à la fédération.

Jade Bourgery  28 août 2023 à 19h37

lI y a le bon chasseur et le mauvais chasseur. Le bon chasseur, il voit quelque chose et il tire. Le mauvais chasseur, il voit quelque chose et il tire aussi. Mais c’est un mauvais chasseur. En Moselle, à en croire la Fédération départementale, il n’y a que de bons chasseurs. Preuve en est, l’ensemble des pratiquants de cynégétique sont sollicités par leur fédération pour appuyer les forces de l’ordre mobilisées pour le rassemblement tzigane évangélique de début septembre. 

Pour rappel, environ 30 000 personnes appartenant à la communauté tzigane évangélique sont attendues dès le 27 août et jusqu’au 10 septembre sur la base aérienne de la commune de Grostenquin (Moselle). Organisé par l’association Vie et lumière, l’évènement religieux avait fait râler en 2017 les élus locaux en raison de déchets organiques laissés sur le terrain faute de toilettes. Dans la foulée, Édouard Philippe, alors premier ministre, avait d’ailleurs notifié dans un courrier que le rassemblement ne se ferait plus sur la commune à la suite d’une manifestation des élus. Mais six ans plus tard, fin juillet, les maires apprenaient par voie de presse que l’évènement aurait à nouveau lieu sur la commune.

Le 23 août, les adhérents de la Fédération des chasseurs de la Moselle ont reçu dans leur boîte mail une bien étrange newsletter sous-titrée : « Dans le cadre du rassemblement évangélique des gens du voyage sur la base aérienne de Grostenquin du 3 au 11 septembre 2023, l’OFB (Office français de la biodiversité) et la gendarmerie nationale souhaitent associer les chasseurs locaux au dispositif de surveillance mis en place. » Précision oblige : « Sans stigmatiser une communauté », lit-on dès le premier paragraphe. 

La direction générale de la gendarmerie et le ministère de l’intérieur n’ont pourtant pas lésiné sur les effectifs de surveillance cette année. 300 gendarmes sont arrivés la semaine dernière, au lieu des 39 agents en activité sur le territoire en temps normal. Barrières et panneaux encadrent en outre la zone Natura 2000. 

« Comme par hasard »

En sus des effectifs des services de l’État, la fédération enjoint pourtant à ses membres d’être « acteurs [du dispositif de sécurité mis en place – ndlr] tant en sa qualité de gestionnaire de l’espace naturel qu’en sa qualité de citoyen ». En ligne de mire : le braconnage. Pour ce faire, les adeptes de cynégétique sont invités à s’armer de leur « meilleur allié », une paire de jumelles, pour « identifier le véhicule [...], observer tout ce qui se passe sans faire de déduction ». Comprenne qui pourra.

Selon Pierre Lang, signataire dudit mail et président de la Fédération des chasseurs de la Moselle, « beaucoup d’actes de braconnage ont été constatés par l’ONCFS [Office national de la chasse et de la faune sauvage, depuis baptisé Office français de la biodiversité – ndlr] les années précédentes »

Souvent pratiqué la nuit, en catimini, le braconnage n’est pas un acte facilement répréhensible, les braconniers étant rarement pris en flagrant délit. Le département en a d’ailleurs particulièrement souffert en 2022 : de nombreux cerfs ont été abattus par balle. Mais comment savoir si de potentiels futurs actes de braconnage seraient l’œuvre de membres de la communauté tzigane ? Le président de la fédération avance : « Ces personnes disposent de véhicules et comme par hasard ça arrive à ce moment-là… » 

Pour autant, contacté, l’OFB ne craint « pas plus que d’autres délits » le braconnage pendant l’évènement. 

"Les chasseurs c’est pas des tendres non plus… Et puis ce sont deux communautés à cran…" Salvatore Cascarella, maire de Valmont

L’appel à la participation de la fédération étonne et inquiète Salvatore Coscarella, maire de Valmont et président de la communauté d’agglomération Saint-Avold Synergie : « Ah bah dis donc ! J’espère que ça ne va pas tourner au vinaigre. Les chasseurs c’est pas des tendres non plus… Et puis ce sont deux communautés à cran… » 

Car si la chasse a bien été interdite par arrêté par la préfecture sur les communes voisines de l’aire d’accueil « afin de garantir la sécurité des pèlerins », elle est autorisée au-delà. Une volonté de la fédération, explique Pierre Lang : « Quand l’OFB et la préfecture nous ont proposé d’interdire la chasse au-delà de la zone définie, on a dit qu’au contraire il fallait que la chasse reste ouverte. Les chasseurs à l’affût sur les miradors, qui surveilleront de loin un possible braconnage, pourront en même temps pratiquer la chasse sur les zones autorisées. » 

Jointe, la préfecture assure n’avoir pas sollicité la fédération de chasse pour sécuriser l’évènement. « Comme n’importe quel riverain, les chasseurs pourraient être simplement amenés à signaler des constats à la gendarmerie », a-t-elle précisé. Un acte encouragé dans le communiqué de la fédération qui spécifie à ses adhérents de ne « surtout pas intervenir ».

"Si une personne veut prendre le risque de marcher à quatre pattes habillée en noir dans un champ de maïs en grognant comme un sanglier, elle prendrait des risques idiots…" Pierre Lang, président de la Fédération des chasseurs de la Moselle

Le risque d’accident de chasse n’est pourtant pas à écarter. Si les jumelles sont les « meilleurs alliés » des chasseurs selon le communiqué de la fédération, les fusils de chasse sont également munis de lunettes de tir. « Un chasseur formé à la sécurité ne prend pas le risque d’observer avec sa lunette de carabine », certifie le président de la Fédération des chasseurs de la Moselle avant de terminer par un supposé bon mot : « Si une personne veut prendre le risque de marcher à quatre pattes habillée en noir dans un champ de maïs en grognant comme un sanglier, elle prendrait des risques idiots… Mais même malgré ça, nos chasseurs sauraient la reconnaître. »

Joseph Charpentier, pasteur de la communauté Vie et lumière, redoute surtout la présence des chasseurs sur la base aérienne : « S’ils sont de l’autre côté ça va », concède-t-il. 

Dans ce même département, en janvier, un chasseur s’est vu recevoir une interdiction définitive d’exercer après avoir tué accidentellement un autre chasseur depuis son mirador. Depuis 20 ans en France, 400 personnes sont mortes de la pratique de la chasse.
 
 
 
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5 septembre 2023 2 05 /09 /septembre /2023 12:24
L’expulsion de son logement
d’un jeune condamné et de sa famille
suscite l’incompréhension

La préfecture du Val-d’Oise a annoncé l’expulsion d’une famille d’un logement social de Deuil-la-Barre, après la condamnation d’un des enfants pour pillage lors des révoltes urbaines liées à la mort de Nahel. Une décision aux airs de punition collective et qui pourrait constituer un dangereux précédent.

Célia Mebroukine 24 août 2023 à 20h47 
La préfecture du Val-d’Oise a annoncé mercredi sur les réseaux sociaux avoir expulsé une famille d’un logement social de Deuil-la-Barre, une commune proche de Sarcelles. La raison invoquée ? Un des membres du foyer a été condamné début juillet pour avoir participé au pillage d’un supermarché et d’un opticien du centre-ville. Mais pourquoi établir un lien entre une condamnation pénale et le fait de disposer d’un toit pour vivre ? D’autant que pour un condamné, toute une famille a été expulsée.

Selon les informations du Parisien, le jeune homme (tout comme six autres personnes interpellées pour les mêmes faits) a été condamné à un an de prison. Une peine à effectuer à domicile sous bracelet électronique pour certains ou en détention pour d’autres. On ne sait pas sous quel régime le membre de cette famille devait effectuer sa peine. Et vingt-quatre heures après la révélation des faits, le manque d’information est criant dans cette histoire : ni la préfecture ni la mairie n’ont répondu aux questions de Mediapart. Comme s’il s’agissait avant tout d’envoyer un message, au prix d’une communication brutale et peu compréhensible.

La préfecture du Val-d’Oise a annoncé mercredi sur les réseaux sociaux avoir expulsé une famille d’un logement social de Deuil-la-Barre, une commune proche de Sarcelles. La raison invoquée ? Un des membres du foyer a été condamné début juillet pour avoir participé au pillage d’un supermarché et d’un opticien du centre-ville. Mais pourquoi établir un lien entre une condamnation pénale et le fait de disposer d’un toit pour vivre ? D’autant que pour un condamné, toute une famille a été expulsée.

Selon les informations du Parisien, le jeune homme (tout comme six autres personnes interpellées pour les mêmes faits) a été condamné à un an de prison. Une peine à effectuer à domicile sous bracelet électronique pour certains ou en détention pour d’autres. On ne sait pas sous quel régime le membre de cette famille devait effectuer sa peine. Et vingt-quatre heures après la révélation des faits, le manque d’information est criant dans cette histoire : ni la préfecture ni la mairie n’ont répondu aux questions de Mediapart. Comme s’il s’agissait avant tout d’envoyer un message, au prix d’une communication brutale et peu compréhensible.

Dans son annonce, la préfecture ne brille en effet ni par son empathie ni par sa retenue. Elle publie même des photos de l’expulsion en cours. Pour Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, cette communication est « choquante ». « Faire des photos accompagnées d’un hashtag “Droits et devoirs”, c’est très malsain. On se fait plaisir à humilier une famille », déplore le représentant de la Fondation Abbé Pierre.

Mais sur quels éléments la préfecture a-t-elle pu s’appuyer ? Le préfet du Val-d’Oise, Philippe Court, a annoncé jeudi avoir engagé vingt-neuf procédures d’expulsion locative pour des faits de délinquance liés au trafic de stupéfiants, aux rodéos mais aussi, donc à des « émeutes ». L’expulsion locative de mercredi serait donc loin d’être la dernière. 

Selon le préfet, elle s’est faite « en application d’un jugement antérieur » : « La finalité de cette expulsion est liée au fait que cette personne a pillé un magasin. Il s’avère par ailleurs, dans ce cas, qu’il y avait déjà un autre motif d’expulsion donc pour gagner du temps, on a exécuté un jugement d’expulsion préexistant », a précisé Philippe Court.

Est-ce à dire que même sans autre motif, des expulsions seront également possibles ?

Le bureau du procureur de la République de Pontoise confirme l’existence d’une convention départementale entre le parquet, la préfecture du Val-d’Oise et le bailleur social gestionnaire du logement. Une convention similaire à celles en vigueur dans d’autres départements français, comme la Drôme ou les Alpes-Maritimes. 

À l’automne 2021, l’expulsion d’une mère de famille gravement malade d’un logement social de Nice après la condamnation de son fils pour trafic de stupéfiants avait défrayé la chronique. Anthony Borré, premier adjoint du maire Christian Estrosi (Horizons), répétait à l’envi qu’il n’y aurait « pas de logement social pour les ennemis de la République ».

Des expulsions facilitées par des conventions entre services de l’État

Une saillie arrogante permise par la mise en place d’une convention entre la préfecture des Alpes-Maritimes, le procureur de la République de Nice, la ville de Nice et le bailleur social Côte d’Azur Habitat, que Mediapart s’était procurée. Cette dernière indique : « à la demande du bailleur […], le procureur de la République de Nice peut l’aviser des poursuites ou des mesures alternatives aux poursuites qui ont été décidées ou lui transmettre la copie d’une décision pénale constatant des troubles causés par un locataire ou un occupant […] afin qu’il puisse étayer son argumentation en cas d’assignation aux fins de résiliation du bail pour troubles de jouissance ».

Des troubles de jouissance souvent liés à l’existence de points de trafic de stupéfiants dans les immeubles et à l’utilisation illégitime des parties communes. 

Ces décisions d’expulsion s’appuient sur un article de loi de 1989 stipulant entre autres que le locataire est obligé de « payer le loyer et les charges » et « d’user paisiblement des locaux loués ». « Le propriétaire peut demander l’expulsion des locataires et des occupants à compter du moment où il y a un défaut de paiement ou un trouble de jouissance, confirme Mireille Damiano, ancienne présidente nationale du Syndicat des avocats de France (SAF) et représentante du syndicat à Nice. C’est là-dessus que les autorités s’appuient même si on peut questionner la proportionnalité de ces décisions. »

Car le lien semble cette fois très éloigné entre le délit commis et un trouble causé dans la zone d’habitation : « Le deal est une vraie nuisance pour le voisinage, même si on peut interroger l’efficacité d’expulser pour finalement déplacer le problème ailleurs. Mais, dans le cas de l’expulsion de la famille de Deuil-la-Barre, la condamnation est liée à un événement ponctuel - la participation à une émeute - qui n’est pas une nuisance régulière dans la résidence. Et donc, ça pose question », explique Manuel Domergue de la Fondation Abbé Pierre.  

D’autres arguments viennent ébranler la communication de la préfecture qui se vante d’avoir puni un émeutier et sa famille. Manuel Domergue s’étonne notamment de la rapidité de la décision d’expulsion prise en plein été, seulement quelques semaines après la condamnation du jeune homme.

Une autre question se pose : est-il bien judicieux de punir toute une famille pour la condamnation d’un seul ? Depuis quelques années, les cas de sanction collective pour les locataires de logements sociaux sont de plus en plus nombreux. « Expulser les parents, les frères et les sœurs d’un jeune qui a commis un délit, c’est très injuste, regrette Manuel Domergue. Pourtant, ce genre de double peine est très en vogue. Mais c’est une pente glissante : si dès qu’un délit est commis, on expulse, on s’arrête où ? » 

Sur le fond, ce genre d’affaires repose la question de la façon dont les autorités considèrent le logement. En octobre 2022, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, avait appelé à la « généralisation des expulsions des familles à problèmes » pointant du doigt les familles vivant, selon lui, « de vol, de trafic de drogue » mettant « le bordel dans le quartier ». 

« Un logement, ce n’est pas une récompense, explique Manuel Domergue. Ce n’est pas seulement pour les gens qui se comportent bien, c’est pour tout le monde. On ne résout aucun problème social en expulsant des familles de leur logement social, surtout dans des zones tendues. » Une fois expulsées, ces familles doivent alors chercher un logement dans le parc privé, pour des logements moins spacieux et plus chers. Certaines sont contraintes, dans le pire des cas, de squatter des logements de façon illégale, ou de dormir dans la rue si elles ne trouvent pas de places d’hébergement.

 
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5 septembre 2023 2 05 /09 /septembre /2023 12:20
À Calais, la mairie empêche
les réfugiés de boire

À Calais, la mairie a confisqué mi-août une cuve d’eau installée en centre-ville par une association. Le dernier épisode d’une guerre de longue date menée par la Ville contre les personnes exilées.

Calais (Pas-de-Calais), reportage

« Pour tromper ma soif, j’essaie de dormir un peu. » Ahmed, un jeune égyptien de 22 ans, essaie de se reposer à l’ombre d’un arbre en cette mi-août. Autour de lui, des dizaines de personnes sont inconfortablement allongés sur des morceaux de carton entre des rochers — des dispositifs placés là au cours des derniers mois par la mairie. « Une association distribue un repas à 17 heures, avec une bouteille de 50 cl d’eau. C’est tout », dit le jeune homme. Il ne boit que ça de la journée, n’ayant pas d’argent pour aller au supermarché. Et le point d’eau le plus proche du centre-ville se trouve à 4 kilomètres.

À Calais, la question de l’accès à l’eau est depuis longtemps une source de tension entre la Ville et les associations qui viennent en aide aux exilés.

Le 11 août, la mairie a même embarqué une cuve de 1 000 litres posée par l’organisation Calais food collective sur un parking peu fréquenté du centre-ville. Dans une vidéo de l’intervention, on voit distinctement des employés municipaux, accompagnés de la police et du cinquième adjoint au maire, en charge de la sécurité et de l’environnement, embarquer dans une fourgonnette le réservoir d’eau.

Le 11 août, les services municipaux ont confisqué la citerne installée par Calais food collective. Twitter/Calais food collective

Après un véritable jeu de piste, les bénévoles l’ont retrouvée dans le local où sont stockés les effets personnels confisqués lors des opérations d’expulsion. Un soulagement pour les militants, car le coût d’une cuve, environ 250 euros, représente un investissement important.

Contactée, la Ville a refusé de répondre à nos questions. Lors d’une interview donnée le 19 août au journal local Nord Littoral, l’adjoint au maire Philippe Mignonet allait jusqu’à prétendre qu’installer une cuve près des camps de fortune était une « occupation illégale du domaine public ». « Ce que je trouve hypocrite, relève Chloé Magnan, c’est que la mairie a déposé en mars des centaines de rochers, d’une valeur de 40 000 euros, en face du parking où nous avions posé la cuve » — et occupe donc ainsi l’espace public. Ces rochers sont des dispositifs anti-SDF qui visent à empêcher l’installation de tentes sur les espaces herbeux près des quais.

Cette année, la guerre des citernes a débuté dès janvier avec le vol d’une cuve également amenée sur un campement par Calais food collective. « Quand nous sommes arrivés le matin, elle avait disparu et des rochers avaient été placés à l’entrée du campement de fortune pour nous empêcher d’y accéder en camion », se souvient Chloé Magnan, une bénévole. La mairie a reconnu avoir posé les pierres mais nie, en revanche, avoir pris la cuve.

En mars, une opération d’enrochement avait encore contraint les membres de l’organisation à enlever une citerne, rendue inaccessible et donc impossible à remplir. En juin, à la suite d’une expulsion, tous les robinets des cuves avaient disparu. À chaque fois, l’intégralité du contenu des citernes est déversée au sol.

Refus d’installer des points d’eau fixes en centre-ville

« La municipalité a mis en place une politique appelée zéro point de fixation », explique Chloé Magnan. En pratique, cela signifie que les forces de police mènent des opérations tous les deux jours pour expulser les personnes exilées installées en ville ou dans des campements de fortune en périphérie. À cela s’ajoute une stratégie d’invisibilisation, qui se traduit, notamment, par le refus d’installer des points d’eau fixes en centre-ville.

À Calais, il existe un service de distribution d’eau — ainsi qu’un service de douche — proposé par l’association La Vie active, mandatée par l’État. Mais les acteurs associatifs sur le terrain soulignent ses lacunes : les douches sont éloignées des lieux de vie des personnes sans domicile fixe et les horaires sont restreints. Parfois, « des opérations d’expulsion sont menées en même temps que les distributions, précise Chloé Magnan. De nombreuses personnes n’osent pas se déplacer pour profiter de ces services, de peur de ne plus retrouver leurs affaires à leur retour. »

À peine 4,9 litres par jour

Pour la mairie, ces services de l’association La Vie active sont les seuls autorisés. La préfecture avait aussi émis une série d’arrêtés interdisant la remise de repas dans le cœur de ville entre septembre 2020 et avril 2022. Ils ont été annulés par le tribunal administratif de Lille en raison d’une insuffisance de l’offre à destination des exilés par l’État.

De fait, la situation est alarmante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il faut entre 50 et 100 litres d’eau par personne et par jour pour répondre aux besoins de base. À Calais, selon un rapport de la Coalition eau et solidarités international, un collectif d’organisations non gouvernementales engagées sur la question, les centaines d’exilés sur place disposent en moyenne d’à peine 4,9 litres par jour.

 
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24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 19:15
La canicule en prison, « l’élément
supplémentaire dans une situation
catastrophique »

Dans des établissements souvent surpeuplés et inadaptés, les fortes chaleurs sont particulièrement difficiles à supporter, pour les détenus comme pour les surveillants.

Par Abel Mestre



https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/08/24/la-canicule-en-prison-l-element-supplementaire-dans-une-situation-catastrophique_6186397_3224.html

Ce sont des endroits où la température ressentie est invivable. En prison, les effets de la canicule tardive que connaît une partie de la France sont démultipliés. Dans une situation de surpopulation carcérale endémique, l’ambiance étouffante ne fait qu’empirer le quotidien des détenus et des surveillants. Il faut ajouter à cela l’obsolescence de certains bâtiments : même si un plan de construction de 18 000 nouvelles places de prison est en cours ainsi qu’un plan de rénovation, beaucoup d’établissements sont vétustes, et n’ont pas été pensés pour de fortes chaleurs. Les cours de promenade sont minérales, pratiquement sans ombre ; dans les cellules, les fenêtres sont obstruées par des caillebotis et il est quasi impossible de faire des courants d’air. Dans les coursives, l’atmosphère est tout aussi irrespirable.
 

"Toutes les prisons du Sud sont concernées. Il n’y a pas de douches en cellule, pas assez de surveillants. Dans certaines prisons que j’ai visitées, on avait l’impression que le sol de la cour de promenade était sur le point de bouillir, raconte Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation liberté. Imaginez être enfermé 21 heures sur 24 à trois dans une cellule – donc avec un matelas au sol – par ces températures… »

Normalement, en été, en raison des vacances judiciaires, le nombre de détenus baisse. Mais cette année, ce n’est pas le cas. Tous les personnels interrogés évoquent un « effet plateau » avec un nombre stable de détenus. Ce qui, dans ces périodes de fortes chaleurs, aggrave la situation. Si la surpopulation carcérale touche l’ensemble du pays – au 1er juillet, le nombre de détenus a atteint un nouveau record en France, avec un total de 74 513 personnes incarcérées, soit 2 500 détenus de plus qu’un an auparavant ; en août ce chiffre a légèrement baissé, pour retomber à 73 700 pour un peu plus de 60 000 places opérationnelles –, la canicule concerne plus particulièrement les établissements du sud du pays. Bordeaux-Gradignan (Gironde) est de ceux-là.

Situation explosive

L’établissement inaugurera un nouveau bâtiment flambant neuf en 2024. Mais, en attendant, le personnel se trouve face à une situation explosive : en sous-effectif (le plan de recrutement lancé par le ministère de la justice n’a pas encore produit ses effets), il doit s’occuper d’un établissement vétuste qui connaît un taux de surpopulation extrême : 80 matelas au sol ont été comptés mercredi 23 août, et le taux d’occupation de la prison était de 216 % la semaine précédente

La prison est également gangrenée par le trafic de drogue. Une livraison par drone de près de 500 grammes de haschisch a ainsi été interceptée dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 août. « La canicule est l’élément supplémentaire dans une situation catastrophique, résume Ronan Roudaut, secrétaire local de l’UFAP-UNSA Justice. La chaleur excite tout le monde. » Le syndicaliste décrit une situation fortement dégradée, de très mauvaises conditions de travail, des « cours de promenade laissées sans surveillance », la drogue omniprésente. Cette crise n’est pas nouvelle. En mai, le « stop écrou », mécanisme permettant de refuser de nouveaux détenus, avait été mis en place à Bordeaux-Gradignan. Une mesure exceptionnelle, preuve de la tension dans l’établissement. Contactée, la direction n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Pour lutter contre la chaleur, tous les moyens sont bons pour les détenus. Le plus simple, c’est de « cantiner » un ventilateur. Des crèmes solaires ou des chapeaux peuvent aussi être achetés. Parfois ils placent des bouteilles congelées devant un ventilateur pour créer une sorte de climatisation.

A la maison d’arrêt de Perpignan, « il y a 67 matelas au sol. C’est horrible. C’est une promiscuité indigne, on ne peut pas marcher par terre. Il fait très vite très très chaud. Les détenus peuvent mouiller des serviettes et les mettre devant la fenêtre pour rafraîchir un peu l’air. Quand ils n’ont pas de douche en cellule, ils utilisent l’eau de leur lavabo », explique Gérard Taillefer, du syndicat FO-Justice. Ici, la température a dépassé les 40 °C ressentis pendant plusieurs jours. La nuit il faisait jusqu’à 31 °C.

Le personnel de la prison souffre également de la chaleur. Les coursives sont peu ventilées, et l’uniforme tient très chaud. « Je plains de tout mon cœur les surveillants », compatit ainsi Dominique Simonnot. Les premiers concernés confirment. « Les conditions sont très dures. C’est infernal. Mon syndicat [FO-Justice] a négocié l’achat de tee-shirts en coton à la place des polos, mais cela reste très difficile. Le gilet pare-lame tient très chaud », explique Sabrina Bajja, qui travaille à Béziers (Hérault).

« Pas de courant d’air, pas de douche »

« A Nîmes, chez les hommes, nous avons 317 hébergés pour 151 places, soit un taux de 216 % d’occupation. Il y a 51 matelas au sol. La chaleur extrême est très difficile pour les personnels, mais encore plus pour les détenus. Le soleil tape, il n’y a pas de courants d’air, pas de douches en cellule. Comme les nuits sont très chaudes, les détenus ne se reposent pas. C’est un cercle vicieux, expose quant à elle Mathilde Carillo, représentante de l’UFAP-UNSA Justice. Dans la cour, ce n’est que du béton. Mais il y a des douches. Toute la promenade [entre quarante et cinquante personnes] y va. »

Mme Carillo a bien une idée pour désengorger les établissements les plus critiques : « Nous avons des prisons en France qui ne sont absolument pas surpeuplées, et il faut réussir à les combler avec des détenus provenant d’établissements surencombrés, comme Nîmes. Nous avons beaucoup de personnes sans permis de visite ou sans famille, ou encore des étrangers, et ces personnes-là doivent exécuter leur peine dans d’autres établissements. Cela aurait des conséquences très bénéfiques pour tous. »

 

Du côté de la chancellerie, on met en avant le plan canicule. « Une prise en charge renforcée des publics spécifiques est assurée, notamment en lien avec les médecins et infirmiers des unités sanitaires, au regard de leur fragilité ou vulnérabilité liée à leur âge (détenus de plus de 60 ans, mineurs), à la maladie, à un handicap, à leur état de grossesse ; ainsi qu’aux personnes sans ressources », assure l’administration pénitentiaire. Et de citer quelques exemples : « Le rafraîchissement des locaux est assuré en aérant les bâtiments de vie, de travail et les locaux de parloirs ; et il est procédé lorsque cela est possible à l’arrosage des sols, murs et façades extérieures de tout ou partie des détentions. En fonction des emplois du temps de journée et de la configuration des locaux, les personnels veillent à favoriser l’accès à la douche pour les personnes détenues au-delà du nombre de douches hebdomadaires prévu par la réglementation. »

Par ailleurs, l’installation sur les terrains de sport ou les promenades de systèmes de brumisateurs fixes est envisagée « dès lors que les aménagements sont rendus possibles ». L’accent est également mis sur la prévention des risques en informant au mieux les détenus par des « affichettes » ou des « brochures » ; l’accès à un point d’eau pour les détenus doit être garanti ; les horaires de promenade peuvent être décalés et leur durée allongée.

Enfin, l’administration pénitentiaire assure que la problématique des fortes chaleurs est prise en compte aussi bien dans les plans de rénovation des structures existantes que dans les projets de nouveaux bâtiments. Mais, en attendant, il faudra encore bricoler. Et parer au plus urgent.

 
 

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24 août 2023 4 24 /08 /août /2023 19:11
À Calais, la mairie empêche les réfugiés de boire

À Calais, la mairie a confisqué mi-août une cuve d’eau installée en centre-ville par une association. Le dernier épisode d’une guerre de longue date menée par la Ville contre les personnes exilées.

Calais (Pas-de-Calais), reportage

« Pour tromper ma soif, j’essaie de dormir un peu. » Ahmed, un jeune égyptien de 22 ans, essaie de se reposer à l’ombre d’un arbre en cette mi-août. Autour de lui, des dizaines de personnes sont inconfortablement allongés sur des morceaux de carton entre des rochers — des dispositifs placés là au cours des derniers mois par la mairie. « Une association distribue un repas à 17 heures, avec une bouteille de 50 cl d’eau. C’est tout », dit le jeune homme. Il ne boit que ça de la journée, n’ayant pas d’argent pour aller au supermarché. Et le point d’eau le plus proche du centre-ville se trouve à 4 kilomètres.

À Calais, la question de l’accès à l’eau est depuis longtemps une source de tension entre la Ville et les associations qui viennent en aide aux exilés.

Le 11 août, la mairie a même embarqué une cuve de 1 000 litres posée par l’organisation Calais food collective sur un parking peu fréquenté du centre-ville. Dans une vidéo de l’intervention, on voit distinctement des employés municipaux, accompagnés de la police et du cinquième adjoint au maire, en charge de la sécurité et de l’environnement, embarquer dans une fourgonnette le réservoir d’eau.

Le 11 août, les services municipaux ont confisqué la citerne installée par Calais food collective. Twitter/Calais food collective

Après un véritable jeu de piste, les bénévoles l’ont retrouvée dans le local où sont stockés les effets personnels confisqués lors des opérations d’expulsion. Un soulagement pour les militants, car le coût d’une cuve, environ 250 euros, représente un investissement important.

Contactée, la Ville a refusé de répondre à nos questions. Lors d’une interview donnée le 19 août au journal local Nord Littoral, l’adjoint au maire Philippe Mignonet allait jusqu’à prétendre qu’installer une cuve près des camps de fortune était une « occupation illégale du domaine public ». « Ce que je trouve hypocrite, relève Chloé Magnan, c’est que la mairie a déposé en mars des centaines de rochers, d’une valeur de 40 000 euros, en face du parking où nous avions posé la cuve » — et occupe donc ainsi l’espace public. Ces rochers sont des dispositifs anti-SDF qui visent à empêcher l’installation de tentes sur les espaces herbeux près des quais.

Cette année, la guerre des citernes a débuté dès janvier avec le vol d’une cuve également amenée sur un campement par Calais food collective. « Quand nous sommes arrivés le matin, elle avait disparu et des rochers avaient été placés à l’entrée du campement de fortune pour nous empêcher d’y accéder en camion », se souvient Chloé Magnan, une bénévole. La mairie a reconnu avoir posé les pierres mais nie, en revanche, avoir pris la cuve.

En mars, une opération d’enrochement avait encore contraint les membres de l’organisation à enlever une citerne, rendue inaccessible et donc impossible à remplir. En juin, à la suite d’une expulsion, tous les robinets des cuves avaient disparu. À chaque fois, l’intégralité du contenu des citernes est déversée au sol.

Refus d’installer des points d’eau fixes en centre-ville

« La municipalité a mis en place une politique appelée zéro point de fixation », explique Chloé Magnan. En pratique, cela signifie que les forces de police mènent des opérations tous les deux jours pour expulser les personnes exilées installées en ville ou dans des campements de fortune en périphérie. À cela s’ajoute une stratégie d’invisibilisation, qui se traduit, notamment, par le refus d’installer des points d’eau fixes en centre-ville.

À Calais, il existe un service de distribution d’eau — ainsi qu’un service de douche — proposé par l’association La Vie active, mandatée par l’État. Mais les acteurs associatifs sur le terrain soulignent ses lacunes : les douches sont éloignées des lieux de vie des personnes sans domicile fixe et les horaires sont restreints. Parfois, « des opérations d’expulsion sont menées en même temps que les distributions, précise Chloé Magnan. De nombreuses personnes n’osent pas se déplacer pour profiter de ces services, de peur de ne plus retrouver leurs affaires à leur retour. »

À peine 4,9 litres par jour

Pour la mairie, ces services de l’association La Vie active sont les seuls autorisés. La préfecture avait aussi émis une série d’arrêtés interdisant la remise de repas dans le cœur de ville entre septembre 2020 et avril 2022. Ils ont été annulés par le tribunal administratif de Lille en raison d’une insuffisance de l’offre à destination des exilés par l’État.

De fait, la situation est alarmante. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’il faut entre 50 et 100 litres d’eau par personne et par jour pour répondre aux besoins de base. À Calais, selon un rapport de la Coalition eau et solidarités international, un collectif d’organisations non gouvernementales engagées sur la question, les centaines d’exilés sur place disposent en moyenne d’à peine 4,9 litres par jour.

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14 août 2023 1 14 /08 /août /2023 13:15
Refus d’obtempérer à Bagneux :
la vidéo d’une arrestation
violente largement relayée

Samedi, un homme a été interpellé à la limite entre Bagneux et Fontenay-aux-Roses puis placé en garde à vue en raison d’un refus d’obtempérer aggravé. Depuis, une courte vidéo de l’intervention enregistre plusieurs centaines de milliers de vues sur Internet.

L'interpellation filmée ce samedi à Bagneux ferait suite à un refus d’obtempérer aggravé. Capture d'écran Twitter/bezeleze92
L'interpellation filmée ce samedi à Bagneux ferait suite à un refus d’obtempérer aggravé. Capture d'écran Twitter/bezeleze92
 
 
Par Arthur Picard 

En moins de 24 heures, la vidéo de neuf secondes cumulait près de 900 000 vues. Publiée samedi vers 22h30 sur le compte X (anciennement Twitter) de bezeleze92, elle montre un individu percuté et renversé par une voiture munie d’un gyrophare, avant d’être mis au sol et interpellé de manière violente par deux hommes qu’on voit arriver en courant dans sa direction. Seul l’un des deux porte un uniforme de police.

 

Voila la police de antony et bagneux ! Vous appelez sa comment cette interpellation ? #bavure #Nahel #Police pic.twitter.com/w8fdFrEap0

— bezeleze92 (@bezeleze) August 12, 2023

Cette intervention ferait suite à un refus d’obtempérer aggravé, indique ce dimanche après-midi la préfecture des Hauts-de-Seine. Un homme circulant à scooter aurait grillé un feu rouge. Il aurait ensuite refusé d’être contrôlé, aurait pris la fuite et se serait dirigé vers une voiture de la police nationale avant de la percuter.

Le conducteur serait ensuite descendu de son deux-roues avant d’être rattrapé par la police, comme la vidéo diffusée le laisse penser. Les faits se sont produits samedi en fin de journée à Bagneux (Hauts-de-Seine), avant de se terminer à la frontière avec Fontenay-aux-Roses.

Une enquête ouverte pour « refus d’obtempérer »

La mairie de Bagneux assure ce dimanche après-midi qu’une enquête est en cours pour tenter de déterminer les circonstances de l’interpellation et les moments qui l’ont précédée. Une caméra de vidéosurveillance située du côté de Fontenay-aux-Roses a pu filmer la scène. La police municipale de la ville a reçu une réquisition dans le cadre de l’enquête.

« La personne qui était en garde à vue, après expertise psychiatrique, a fait l’objet ce jour (ce dimanche) d’une hospitalisation d’office », indique le parquet de Nanterre, qui confirme par ailleurs qu’une enquête a été ouverte à Bagneux « suite à des faits notamment de refus d’obtempérer aggravé ».

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10 août 2023 4 10 /08 /août /2023 19:17
Mort de Mohamed Bendriss
à Marseille : trois policiers mis en examen

Dans l’enquête sur le décès de Mohamed Bendriss, touché par un tir de LBD en pleine poitrine le 2 juillet lors des émeutes à Marseille, trois policiers du Raid ont été mis en examen pour « coups mortels » jeudi 10 août. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire. 

 A Marseille, trois policiers de l’antenne locale du Raid ont été mis en examen jeudi 10 août pour des « violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner » (autrement appelées « coups mortels »), a annoncé le parquet dans un communiqué. Dans la nuit du 1er au 2 juillet, Mohamed Bendriss, 27 ans, a été atteint par un tir de LBD dans le thorax, qui a causé une crise cardiaque mortelle. Un autre impact de LBD a été relevé sur sa cuisse droite. 

L’information judiciaire, ouverte le 4 juillet, devra notamment déterminer si les trois policiers mis en examen ont fait usage de leurs armes de manière régulière et proportionnée. À l’issue de leurs 48 heures de garde à vue, ils ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire, avec l’interdiction de participer à « des interventions concernant des violences urbaines et de grands événements sur la voie publique »

Sur BFMTV, avocat de l'un des trois policiers, Dominique Mattei, a salué un contrôle judiciaire « de pure forme ». Il qualifie son client de « professionnel honnête », reconnaissant avoir tiré « dans le contexte particulier dans lequel il a dû intervenir suite à la mission ponctuelle qui a été donnée au Raid »

Par la voix de son avocat, Arié Alimi, la veuve de Mohamed Bendriss se dit « soulagée d'apprendre l'identification des auteurs de ces crimes »  et demande « la requalification immédiate des faits en homicide volontaire »

 
Illustration 1 À Marseille, le samedi 1er juillet 2023. © Photo : Clément Mahoudeau / AFP

Le 1er juillet, Marseille connaît sa deuxième soirée d’émeutes consécutives à la mort du jeune Nahel à Nanterre (Hauts-de-Seine). Mohamed Bendriss, livreur Uber Eats de nationalité algérienne, quitte son appartement proche de la gare Saint-Charles vers 20 heures, selon le témoignage de son épouse. Son cousin Lahcène se souvient d’avoir passé quelques minutes avec lui, entre 22 h 30 et 23 heures, dans un café de la Canebière. 

À 0 h 49, les proches de Mohamed reçoivent une dernière vidéo de lui, postée sur Snapchat : il filme alors une interpellation, rue Montgrand. Dix minutes plus tard, il s’effondre cours Lieutaud, juste devant chez sa mère, où il arrive en scooter. Malgré les efforts des pompiers, arrivés sur place à 1 h 07, puis des urgences de la Timone, où il est admis à 1 h 26, il n’a pas pu être réanimé. Son décès est prononcé à 2 h 05. 

Les premières semaines d’enquête visaient à déterminer à quel endroit du centre-ville Mohamed Bendriss avait été touché par ces tirs, par qui et dans quelles circonstances. Une première exploitation des caméras de surveillance situées sur le cours Lieutaud ne permettait de retracer que les derniers mètres de Mohamed Bendriss sur son scooter, sans casque et « recroquevillé sur lui-même »

Deux tirs de LBD, un tir de « bean bag » 

Grâce à d’autres images, les enquêteurs ont pu remonter jusqu’aux policiers du Raid, déployés depuis le 29 juin dans le centre-ville de Marseille pour faire face aux violences urbaines. Cette unité d’élite, plus rodée aux prises d’otages et aux interventions exceptionnelles qu’au maintien de l’ordre, est équipée de LBD et de « bean bags », des projectiles remplis de petites billes qui provoquent le même type de blessures. 

Dans son communiqué de presse du jeudi 10 août, le parquet de Marseille livre des précisions supplémentaires sur le contexte des tirs. Il indique que dans la nuit, « la colonne du Raid » a été « informée qu’un magasin Foot Locker et sa réserve avaient été une nouvelle fois pillés ». Le magasin en question est situé à l’angle de la rue Saint-Ferréol et de la rue Montgrand, à deux pas des lieux filmés par Mohamed Bendriss dans sa dernière vidéo. 

Les images de vidéosurveillance de la ville et d’un véhicule du Raid « démontrent qu’un homme avait pris la fuite depuis la rue Montgrand poursuivi par M. B. [Mohamed Bendriss – ndlr] à scooter qui avait tenté de prendre le sac dont il était porteur, contenant des marchandises volées dans ce commerce », poursuit le parquet. Celui-ci estime donc que « ces deux individus participaient à une action d’appropriation frauduleuse dans un contexte de pillage », justifiant une intervention des forces de l’ordre. 

Aux yeux d'Arié Alimi, au contraire, Mohamed Bendriss « a tenté d'empêcher la commission d’un vol par un pilleur de magasins ».  L'avocat déplore « une stratégie éculée et nauséabonde qui consiste à tenter de criminaliser maladroitement une victime » et à « salir la mémoire d'un homme tué par [des] policiers »

Tandis que les policiers du Raid interpellent le piéton, qui abandonne le sac en route, Mohamed Bendriss « parvenait quant à lui à s’enfuir à scooter, longeant la colonne du Raid en circulant à contresens sur le trottoir » (de la rue Montgrand, en direction de la rue de Rome), ajoute le parquet. Il est alors « atteint dans un laps de temps très court par deux tirs de LBD, dont l’un au niveau du thorax se révélera mortel, puis par un tir de munition type “bean bag” qui impactait son scooter ». Il poursuit sa route en deux-roues jusqu’au cours Lieutaud. 

Le 31 juillet, les proches de Mohamed Bendriss ont été reçus par la juge d’instruction pour leur première audition en tant que parties civiles. Une semaine plus tôt, Mediapart et Libération avaient rencontré Nour, la veuve du défunt, mère de son enfant et enceinte d’un deuxième. « Je veux que le policier qui a tué mon mari soit retrouvé », déclarait alors cette jeune femme de 19 ans, ajoutant : « On ne tue pas des gens comme ça, on ne laisse pas des familles souffrir derrière. Je ne lâcherai pas. » « Mon fils n’était pas avec les émeutes, je sais qu’il n’a rien fait », assurait de son côté Meriem, la mère de Mohamed.  

Le cousin de la victime éborgné la veille 

La veille du décès de Mohamed Bendriss, son cousin Abdelkarim Y., 22 ans, a été atteint à l’œil gauche par un projectile en passant à proximité de policiers, à l’angle de la rue Saint-Ferréol et de la rue Davso. Il en a perdu l’usage. Le jeune homme explique qu’il s’apprêtait à « tourner dans une ruelle » quand il s’est fait tirer dessus à une dizaine de mètres. Une enquête préliminaire pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, par personne dépositaire de l’autorité publique et avec arme » a été ouverte. Abdelkarim Y. a été entendu par l’IGPN le 24 juillet.

D’après le témoignage d’Abdelkarim Y., recueilli par Mediapart et Libération le 22 juillet, et dont il a confirmé la teneur lors de sa déposition, les policiers du Raid pourraient également être en cause. La victime décrit des agents « habillés en noir, avec des casques noirs » qu’il n’avait « jamais vus dans Marseille » et reconnaît des camionnettes du Raid sur des images. Dans ses souvenirs, un policier muni d’une arme longue « sortait du toit » d’un véhicule et un autre était positionné « à côté », tandis que l’essentiel des fonctionnaires se trouvait à l’intérieur. 

« L’ordre qui a été donné de faire intervenir des policiers du Raid, qui n’ont pas vocation à intervenir dans des violences urbaines, est une faute politique grave, réagissait Arié Alimi, l’avocat d’Abdelkarim Y. et de la famille de Mohamed Bendriss, mardi 8 août. Elle a causé des morts et des mutilations. Le fait que deux cousins, d’origine maghrébine, puissent en être victimes à un jour d’intervalle doit interroger sur les critères d’opération du Raid. » 

Dans une troisième affaire marseillaise, survenue dans la nuit du 1er au 2 juillet, Hedi R., 22 ans, a été très gravement blessé à la tête par un tir de LBD suivi de ce qu’il décrit comme un « tabassage » en règle. Quatre policiers de la BAC ont été mis en examen pour des « violences aggravées » et l’un d’entre eux, soupçonné d’être le tireur, placé en détention provisoire. Le 3 août, malgré la fronde dans les rangs policiers, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a refusé de le remettre en liberté. 

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8 août 2023 2 08 /08 /août /2023 14:16
Riposte judiciaire
Devant le Conseil d’Etat,
les Soulèvements de la Terre
jouent leur va-tout
Deux recours ont été formés par les avocats du mouvement, suspendu depuis juin. Si le Conseil d’Etat, qui examine le premier d’entre eux ce mardi 8 août, les suivait, la dissolution pourrait être suspendue temporairement, en attendant une décision sur le fond de l’affaire dans au moins un an.
par Emile Boutelier
publié aujourd'hui à 8h43
 

La liberté d’expression et la désobéissance civile en questions

 
 

20 000 recours déposés

 
 

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8 août 2023 2 08 /08 /août /2023 14:11
https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/08/08/les-circonstances-d-un-tir-du-raid-ayant-blesse-aimene-bahouh-a-mont-saint-martin-toujours-pas-eclairees_6184812_3224.html
 
Les circonstances d’un tir du RAID
ayant blessé Aimène Bahouh
à Mont-Saint-Martin toujours pas « éclairées »

Le policier qui aurait atteint la victime, blessée par une munition « beanbag » le 30 juin, a été identifié. Devant l’IGPN, il a assuré viser une voiture depuis laquelle des « individus cagoulés » étaient prêts à allumer un mortier. Mais ce véhicule ne correspond pas à celui que conduisait le jeune homme.

Par Mustapha Kessous

Publié aujourd’hui à 12h57, modifié à 13h57

C’est la question centrale de cette affaire : pourquoi, le 30 juin autour de 1 heure du matin, Aimène Bahouh, 25 ans, a-t-il été grièvement blessé après avoir été touché à la tête par un « beanbag », une munition tirée par un policier du RAID, à Mont-Saint-Martin (Meurthe-et-Moselle) lors d’une nuit d’émeutes, après la mort de Nahel M. à Nanterre le 27 juin ?

Selon les conclusions du premier rapport de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), dont Le Monde a eu connaissance, remises le 11 juillet au procureur de Nancy dans le cadre de l’enquête ouverte pour « violences volontaires avec arme commises par personne dépositaire de l’autorité publique », les éléments recueillis n’ont pas pu « éclair[er] précisément ni sur les circonstances des faits ayant conduit à la grave blessure de M. Bahouh ni sur les conditions légales d’usage de l’arme par le policier ».

Selon les deux amis qui l’accompagnaient, M. Bahouh – un agent de sécurité qui avait terminé son travail à 22 heures – conduisait une Clio blanche, vitre baissée, et se rendait au Luxembourg proche pour acheter des cigarettes dans une station-service. C’est au moment de franchir un ralentisseur de la rue de Verdun que le jeune homme a été atteint.

Le policier soupçonné d’être l’auteur du tir se souvient d’avoir visé un véhicule « de couleur claire » qui se trouvait rue de Marseille, avec à son bord des « individus cagoulés », dont l’un des occupants s’apprêtait à allumer un mortier. Mais cette voiture ne correspond pas à celle que conduisait M. Bahouh.

La procureure de la République de Val-de-Briey (Meurthe-et-Moselle), Catherine Galen, qui avait ouvert l’enquête de flagrance confiée à l’IGPN, avait indiqué que la participation de la victime aux violences urbaines n’est pas « établie » à ce stade, qu’il n’a pas commis de refus d’obtempérer et que, selon l’IGPN, « aucun indice ni présence d’objet en rapport avec la confection ou l’usage d’artifices » n’ont été constatés lors de la fouille du véhicule dans lequel se trouvait M. Bahouh.

« Effectifs pris à partie »

Au fil du rapport, qui conforte les révélations du Monde sur cette histoire, les enquêteurs de la police des polices reviennent sur cette nuit de tension du 29 au 30 juin à Mont-Saint-Martin. Onze agents du RAID (dix fonctionnaires et un médecin), provenant de l’antenne de Nancy, sont « engagé[s] » dans cette commune de 10 000 habitants pour « assurer la sécurité des personnes et des biens ».

Entendu par l’IGPN, le chef de l’antenne du RAID précise que deux groupes sont formés pour cette « mission » : « L’équipe Alpha en tenue vert kaki “ranger green”, aux moyens plus légers, destinée à faire de l’observation, et l’équipe Bravo, en tenue d’intervention noire. » Ces policiers sont armés de Glock 17, de quatre lanceurs de balles de défense (LBD) de trois modèles différents, trois fusils semi-automatiques Molot calibre 12 et deux fusils à pompe calibre 12 (un Keltec KSG et un Beretta M3P), approvisionnés avec des munitions beanbags, un projectile sous forme de sachet de coton contenant de minuscules plombs.

Le groupe Bravo se positionne à l’angle des rues de Marseille et de Verdun – à l’endroit où le drame aura lieu –, « sur un site découvert » d’où il peut « observer les mouvements suspects ». Au cours de la soirée, les « effectifs sont pris à partie par de nombreux individus très hostiles qui tentaient de les encercler à pied ou en voiture », relate le chef d’antenne du RAID lors de son audition. Tirs tendus de mortiers, insultes, menaces de tirs « à balles réelles »… Les policiers utiliseront, cette nuit-là, « 34 munitions de LBD 40 mm », ou encore « 27 munitions calibre 12 de type beanbag ».

Le responsable de l’unité d’élite de la police continue son récit en précisant que « les opérateurs du RAID avaient dû user de leurs moyens de force intermédiaire, notamment en direction de deux jeunes à vélo qui leur jetaient des pierres ». L’un d’eux, âgé de 15 ans, a reçu dans le dos un beanbag, lui causant « une plaie purulente d’environ 5 cm ». Le second, âgé de 18 ans, a fini en garde à vue pour outrage et jet de projectile. Ce jeune homme, qui dit avoir été « molesté » avec son ami, dément avoir jeté des pierres en direction de la police.

« Nous sommes face à un tir illégitime »

Le tireur qui a touché le mineur a été identifié, mais son nom et prénom n’apparaissent pas dans le rapport de l’IGPN : il est cité par son matricule RIO (pour « référentiel des identités et de l’organisation ») et a été entendu par l’IGPN sous le statut de suspect libre. C’est aussi lui qui est suspecté d’avoir tiré sur Aimène Bahouh. Répondant à une demande de l’IGPN – « quels effectifs avaient pu tirer des munitions bean bags sur un véhicule ? » –, le chef d’antenne a désigné cet « opérateur ».

Deux de ses collègues ont expliqué à leur tour pourquoi ils ont dû utiliser leurs armes, « mais aucun d’entre eux n’était témoin direct du ou des tirs pouvant correspondre aux faits dont était victime M. Bahouh », est-il écrit dans le rapport. D’autant que, comme le souligne l’IGPN, « l’unité ne disposait pas de captation d’image, notamment pas de caméras-piétons. Quant au drone engagé, il n’enregistrait pas durant le service et n’était pas doté d’une caméra thermique pour les images de nuit ». En outre, les conversations radio « étaient opérées par réseau interne du RAID, démuni d’enregistrement ». Enfin, les images de la vidéosurveillance (sous scellé) de la ville entre minuit et 2 heures, recueillies autour du secteur concerné, « n’ont pu être exploitées » par l’IGPN « durant le temps de l’enquête ».

Dans le quartier du Val-Saint-Martin, où a eu lieu le drame, des habitants, qui disent ne pas avoir participé aux émeutes, avaient assuré au Monde qu’ils avaient été « pris pour cible » par des membres du RAID lors de cette nuit « qualifiée d’intense » par l’unité d’élite de la police. C’est sur le chemin du retour, après 4 heures, que les policiers ont appris qu’une personne avait été blessée et admise à l’hôpital d’Arlon, ville proche située en Belgique.

Pour Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille, « nous sommes face à un tir illégitime qui a atteint Aimène à la tête après l’avoir éclairé avec une lampe torche, et ce alors qu’il ne participait pas aux émeutes et n’avait commis aucune infraction, comme l’a fait remarquer la procureure de la République. Pourtant, le policier tireur n’a pas été placé en garde à vue et n’a pas été mis en examen ». Selon lui, « le policier qui a tiré semble être protégé par la justice ». L’avocat a demandé, le 1er août, que l’affaire soit dépaysée vers « une autre juridiction ».

De son côté, Aimène Bahouh va mieux : après vingt-cinq jours de coma, il s’est réveillé le 25 juillet. « Les médecins ont dit qu’Aimène est un miraculé », raconte avec soulagement Yasmina, sa mère. Son fils est rentré à la maison le 2 août.

 

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8 août 2023 2 08 /08 /août /2023 14:09
Décès de deux jeunes à Limoges :
la police avait-elle le droit
de poursuivre le scooter ?
L’instruction qui s’impose aux policiers français ne régit pas précisément les courses-poursuites visant des deux-roues.
Mais elle préconise le «discernement» et la «proportion»
et écarte «toute poursuite systématique, notamment
en cas de refus d’obtempérer».
 

par Elsa de La Roche Saint-André

publié le 7 août 2023 à 18h11
 
 

«Chaque fait est soumis à une analyse»

Compiler un maximum de détails

Une note toujours plus contestée

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