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19 mai 2020 2 19 /05 /mai /2020 04:20

Les forces de l’ordre ont-elles l’interdiction de poursuivre les deux roues ?

Par Pauline Moullot
6 mars 2019 à 18:13
 

C'est ce qu'ont affirmé plusieurs internautes après le drame de Grenoble, où deux jeunes poursuivis par la police ont été tués. La doctrine policière sur les courses-poursuites préconise d'exclure les poursuites «systématiques».

Question posée par Michael le 04/03/2019

Bonjour,

Deux jeunes hommes sont morts dans un accident entre un bus et un scooter samedi 3 mars, alors qu’ils étaient poursuivis par la police. Les deux adolescents, de 17 et 19 ans, tentaient d’échapper à un contrôle de police sur un scooter qui circulait «de nuit, sans feu, sans plaque d’immatriculation […] et sans casque», selon le procureur de Grenoble.Vous nous interrogez sur des tweets, dénonçant une supposée interdiction de la police de poursuivre les deux roues: «c’est la police qui a causé leur mort, les forces de l’ordre ont interdiction de poursuivre les deux-roues».

Selon le parquet, les policiers «suivaient [le scooter] à distance, donc [le véhicule de police] ne l’a pas collé et surtout il n’y a pas eu de choc entre le véhicule de la police et le scooter […] les policiers étaient derrière mais pas immédiatement derrière et la vitesse était raisonnable». Le procureur, qui a annoncé l’ouverture d’une enquête sur les causes des décès et lancé un appel à témoins, a indiqué que le scooter s’est retrouvé coincé entre le parapet et le bus en doublant le véhicule sur la droite, alors que celui-ci s’est déporté du même côté.  

Le service communication de la police (Sicop) indique qu’il ne s’agissait pas d’une course-poursuite mais d’un «marquage à distance», où «plusieurs véhicules, sur un secteur concerné, donnent la progression d’un véhicule pour l’interpeller sans prise de risque. Il ne faut pas confondre avec une course-poursuite, avec gyrophare et sirène».

Cette nuance sémantique permet surtout d’insister sur la différence de tactique avec les Etats-Unis. Car quelle que soit la situation, la police refuse désormais d’utiliser le terme de «course-poursuite». «En France, on ne parle tout simplement plus de course-poursuite, on n’est pas dans une série américaine où l’on va au contact avec le véhicule à interpeller. Il y a eu des époques où il fallait interpeller coûte que coûte, mais cela n’existe plus», nous indique le syndicat Unité-SGP Police.

 «Discernement et proportionnalité»

Que ce soit une «course» ou un «marquage», les forces de l’ordre ont-elles interdiction de poursuivre les deux roues? 

Les poursuites sont réglementées par une note de 1999, qui a été plusieurs fois mise à jour depuis, notamment en 2007, après la mort à Villiers-le-Bel de deux adolescents à mini-moto percutés par la police. Selon nos sources, les modifications ont été marginales, et il s’agit plutôt de «rappels». Ainsi, le syndicat Unité-SGP Police explique que «cette note évolue en fonction des événements, les poursuites ne sont pas interdites mais encadrées».

Ainsi, lorsqu’une infraction est constatée et un véhicule «pris en charge», les fonctionnaires le signalent par radio au centre d’information et de commandement (CIC), qui est tenu au courant de chaque fait et peut décider d’interrompre la poursuite à tout moment. La règle, c’est le discernement et la proportionnalité, expliquent les syndicats et le Sicop à CheckNews. «Il ne faut pas risquer de mettre en danger la vie de la personne suivie, celle du policier ou celle d’autrui. Si le véhicule prend une route à contresens, on n’est pas censé faire la même chose», explique un syndicat. «Mais dans des situations graves, en cas de crime de sang par exemple, on peut prendre des risques importants pour intercepter la personne», ajoute un autre. «On apprend aux policiers à savoir renoncer en cas de danger», insiste le Sicop.

En août 2018, après la mort d’un motard poursuivi par la police, Libé revenait sur ces règles et expliquait: «La pratique des courses-poursuites n’est pas privilégiée par les forces de l’ordre. "Il n’y a aucun automatisme, c’est toute la difficulté, explique une source policière à Libération. Il existe une notion de discernement, qui permet de choisir le comportement le plus adapté à la situation. Par exemple, on ne va pas engager une course-poursuite pour un vol de téléphone portable. Il faut une situation grave, comme la présence d’un individu armé ou la mise en danger de la vie d’autrui", poursuit la source. Dans certaines situations, c’est le renoncement qui sera adopté.»

Pas de poursuite «systématique»

Selon des extraits de cette note consultée par L’Express et l’AFP, «aucune situation ne peut justifier la blessure ou le décès d’un tiers ou d’un fonctionnaire de police, du fait d’actions trop risquée des intervenants». Pour engager une poursuite, les faits doivent être «d’une grande gravité», notamment «la fuite d’un individu armé ayant l’intention d’attenter à la vie d’un tiers», «d’un auteur armé ou non, d’un crime de sang», «d’un auteur non identifié d’autres crimes ou délits entraînant un préjudice corporel». «Dans les autres situations pénales, toute poursuite systématique est exclue, notamment en cas de refus d’obtempérer», est-il précisé.

Cette directive générale de la police nationale peut toutefois être précisée par certaines préfectures. Ainsi, en 2010, l’AFP révélait que le préfet de Seine-Saint-Denis avait bien demandé aux policiers de «ne pas poursuivre les conducteurs de deux-roues, du genre mini-moto ou quads». C’est d’ailleurs vers cet article que le conseiller municipal Madjid Messaoudene nous a dirigés quand nous l’avons sollicité pour connaître le source de son affirmation.

La préfecture de Seine-Saint-Denis ne nous a pas répondu pour nous éclairer sur ce texte, dont on ignore s’il est encore en vigueur et s’il concerne tous les deux roues ou ceux qui sont interdits de circulation sur la voie publique (type mini motos et quads) comme le sous-entend le reste de la dépêche AFP. «Il n'y a pas de doctrine», explique-t-elle aujourd'hui, rappelant les principes édictés au niveau national, et mettant en avant le déploiement de la vidéosurveillance pour faciliter l'interpellation de certains suspects. 

Enfin, la première page d’une note interne de la préfecture de Paris a elle aussi été diffusée sur Twitter depuis le drame de Grenoble. Elle a été relayée par RT France en octobre dernier. On y lit très clairement: «Les faits qui motivent la poursuite doivent être d’une certaine gravité : fuite ou évasion d’un individu armé ayant l’intention d’attenter à la vie d’un tiers ; auteurs, armés ou non, d’un crime de sang ; auteurs non-identifiés d’autres crimes ou délits aggravés entraînant un préjudice corporel. Dans les autres situations, toute poursuite systématique est exclue, notamment pour ce qui est des refus d’obtempérer.» Cette note ressemble plutôt à un rappel de celle de la direction générale de la police nationale (DGPN), rappelant que ce sont les poursuites «systématiques» qui sont exclues, mais pas forcément les poursuites de deux roues. Contactée, la préfecture de police a refusé de répondre, renvoyant vers le Sicop.

Le site d’info notait par ailleurs que des consignes similaires avaient été diffusées dans les Bouches-du-Rhône cet été.

En résumé, il n’est pas interdit de poursuivre les deux roues. La doctrine policière exclut toutefois les poursuites systématiques en cas de refus d’obtempérer. La règle, selon les sources interrogées par CheckNews, consiste à appliquer le discernement et la proportionnalité pour ne pas risquer de mettre en danger la vie d’autrui ou la sienne. A Grenoble, selon le Sicop, il s’agissait d’un marquage «à distance».

Mise à jour le 6 mars à 19h45: ajout du commentaire de la préfecture de Seine-Saint-Denis.

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18 mai 2020 1 18 /05 /mai /2020 06:57
 
Val-d'Oise : enquête après la mort d'un jeune à moto
près d'une voiture de police

Les faits se sont déroulés dimanche vers 2h00 du matin lorsque le jeune homme a perdu le contrôle de sa moto-cross et a percuté un poteau électrique à Argenteuil.

Source AFP
Publié le 17/05/2020 à 20:50 | Le Point.fr
UNe enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances du décès d'un jeune de 18 ans dans un accident de moto. L'accident s'est produit dans la nuit de samedi à dimanche à Argenteuil, dans le Val-d'Oise, à proximité d'une voiture de police, a appris l'Agence France-Presse auprès du parquet de Pontoise. Les faits se sont déroulés dimanche vers 2h00 du matin lorsque le jeune homme a perdu le contrôle de sa moto-cross et a percuté un poteau électrique dans une rue d'un quartier pavillonnaire d'Argenteuil.
 

Il est décédé de ses blessures dimanche matin à 8h00 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, a indiqué le parquet, confirmant une information du Parisien.

Argenteuil, dimanche 17 mai. Le jeune Sabri, 18 ans, a perdu la vie au guidon de sa motocross rue Trouillet. LP/V.T.

Une enquête pour accident mortel de la circulation a été ouverte et confiée à la direction départementale de la sécurité publique du Val-d'Oise. Une autopsie a également été demandée. Au moment de l'accident, une équipe de la brigade anti-criminalité (BAC) d'Ermont circulait dans ce même quartier pavillonnaire et a "croisé" le jeune homme sur son moto-cross, a indiqué une source policière.
 
"Aucun impact" sur le véhicule de police

"Les policiers n'avaient ni gyrophare, ni pare-soleil de police et ne comptaient pas le contrôler mais peut-être que le jeune homme les a identifiés et a paniqué", a affirmé cette source. Selon cette source, la BAC a alors poursuivi son chemin et "fait marche arrière lorsqu'elle a entendu un bruit fort". Le véhicule de police "ne présente aucun impact et doit être expertisé à la demande du parquet", a affirmé une autre source policière.

Argenteuil, dimanche 17 mai. Les riverains affirment que la voiture était garée depuis hier soir. LP/V.T.  

Sur les lieux, où des traces de l'accident étaient encore visibles dimanche, un témoin qui ne s'est identifié que par son prénom, Abou, a affirmé à l'AFP que "le pare-choc de la voiture de la police a été percuté". "On lui a fait peur, c'est pour ça qu'il est monté sur le trottoir, on lui a barré la route", selon ce jeune homme, qui affirme qu'il se trouvait alors plus bas dans la rue. D'autres habitants rencontrés par l'Agence France-Presse accusaient eux aussi la police d'être responsable de l'accident.our Idriss Camara, médiateur dans la ville d'Argenteuil, le jeune homme "était un conducteur aguerri" et n'aurait pas perdu le contrôle de sa moto sans y être contraint.

 
Argenteuil : échauffourées après la mort à moto de
Sabri, 18 ans

Les forces de l’ordre, présentes en nombre dans le quartier du Val-d’Argent Nord, ont essuyé des tirs de mortiers.

Par
Victor Tassel
Le 18 mai 2020 à 00h02, modifié le 18 mai 2020 à 05h46

 

Des échauffourées ont éclaté, ce dimanche en fin de soirée, entre des dizaines de jeunes et les policiers, dans le quartier du Val-d'Argent Nord, à Argenteuil.

Une trentaine de jeunes environ, principalement des adolescents, ont participé aux attroupements. Des feux ont été allumés rue de la Berionne, et des tirs de mortiers lancés en direction des forces de l'ordre, présentes en nombre dans le quartier et appuyées par hélicoptère survolant la zone, qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène. L'arrêt de bus Berionne a été incendié. Des scènes suivies du regard par plusieurs habitants à leurs fenêtres, dont certains filmaient.

Ces événements font suite à la mort de Sabri, 18 ans, ce dimanche matin, après un accident de moto dans la nuit de samedi à ce dimanche, rue du Trouillet, au niveau de la butte des Châtaigniers, alors qu'il roulait sans casque.

Un appel au calme plus tôt dans la soirée

Ses proches mettent en cause une voiture de la brigade anticriminalité (Bac), présente à proximité du lieu du drame. « Les équipes n'avaient pas l'intention de l'interpeller, ni de contrôler », affirme de son côté une source policière.

Plus tôt dans la soirée, le père de la victime, Khalid Chouhbi, 50 ans, affirmait avoir « appelé au calme » : « J'ai confiance en la justice. Je veux juste connaître la vérité. » Vers minuit et demi, le calme revenait peu à peu dans le quartier.

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 08:31
Une info qui a été rapportée dans le milieu syndical enseignant :
 
La fiche sur "coronavirus et replis communautaires" a disparu du site Eduscol... Mais son esprit persiste  : Pour preuve, cette (autre) fiche pour les écoles  : Ecouter la parole des élèves en retour de confinement COVID 19 :
 
"Des enfants peuvent tenir des propos manifestement inacceptables. La référence à l'autorité de l'Etat pour permettre la protection de chaque citoyen doit alors être évoquée, sans entrer en discussion polémique. Les parents seront alertés et reçus par l'enseignant, le cas échéant accompagné d'un collègue, et la situation rapportée aux autorités de l'école."
 
La situation "doit être rapportée aux autorités de l'école"..
Ils avaient déjà écrit pratiquement la même phrase suite aux attentats : " Des enfants peuvent tenir des propos manifestement hostiles ou inacceptables, légitimant, par exemple, l'agression de certaines personnes victimes des attentats. La référence à la réprobation collective, nationale et internationale, à l'autorité de l'Etat pour permettre le « vivre ensemble » doit alors être évoquée, sans entrer en discussion polémique avec les élèves concernés. Les parents sont alertés, leur attention attirée sur la gravité des propos ou des attitudes de leurs enfants. Ils sont reçus par l'enseignant, le cas échéant accompagné d'un collègue et la situation rapportée aux autorités de l'école."
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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 08:14
 
A l’Ile-Saint-Denis, 250 personnes manifestent
contre les violences policières

Associations, syndicats et élus se sont rassemblés ce lundi soir pour dénoncer les violences policières qui, selon eux, n’ont pas faibli durant le confinement. La manifestation a été dispersée par les forces de l’ordre.

 

Par Thomas Poupeau
Le 11 mai 2020 à 22h27, modifié le 11 mai 2020 à 23h23

« Police partout, justice nulle part ! » Après deux mois de silence, confinement oblige, des slogans ont résonné ce lundi soir, en Seine-Saint-Denis, contre les violences policières.

Environ 250 personnes ont manifesté aux abords de la mairie de l'Ile-Saint-Denis. A quelques centaines de mètres de l'endroit où Samir, un Egyptien de 28 ans, a été victime de propos racistes de la part de policiers fin avril. Il a déposé plainte, disant avoir été frappé par les agents. La préfecture de police a saisi l'IGPN, la police des polices, pour tenter de faire la lumière sur cette affaire.

 

Les manifestants entendaient former une chaîne humaine. A l'initiative du rassemblement : un collectif de plusieurs associations dont le comité Adama, la Ligue des droits de l'homme, mais aussi des syndicats dont le CGT et plusieurs élus. Parmi eux, Madjid Messaoudène, élu (FG) à Saint-Denis.

« Les violences policières existent depuis trop longtemps dans les quartiers populaires, et elles n'ont pas cessé pendant le confinement, là où il aurait été de bon ton que l'Etat soit bienveillant », estime l'élu, qui rappelle que durant la quarantaine, sept plaintes ont été déposées à l'IGPN, ainsi qu'au moins 166 signalements.

«Triple peine» pour la Seine-Saint-Denis

Madjid Messaoudene juge que la Seine-Saint-Denis a subi « la triple peine » durant cette quarantaine. « D'abord, le 93 souffre d'inégalités depuis longtemps : lits d'hôpitaux en moins, logements insalubres… Mais il est aussi celui qui compte de nombreux travailleurs dits essentiels contraints d'aller travailler en première ligne face au Covid! Par-dessus ça, c'est ici que les verbalisations sont les plus nombreuses, tout comme les violences policières », analyse-t-il, rappelant que les sept plaintes à l'IGPN émanent d'habitants de banlieue.

La CGT ne dit pas autre chose. « Nous tenions à être ici car ce confinement a mis en lumière de terribles inégalités sociales », estime Céline Verzeletti, du bureau national du syndicat, qui espère que ce rassemblement réunissant « chose rare, des associations et des syndicats », « mettra en lumière le ras-le-bol de la banlieue ».

L'intervention des policiers critiquée

Présents en nombre, les policiers ont encerclé le cœur de la manifestation, empêchant les participants d'en sortir, ou d'autres de le rejoindre, sous peine d'être verbalisés à hauteur de 135 €. « Les manifestations de plus de dix personnes sont interdites », rappelait un policier sur place.

 D'ailleurs, pour une passante, ce rassemblement est « un scandale » : « J'habite à deux rues de là, le confinement a été très bien respecté jusqu'ici… Que font ces gens, à part créer un nouveau cluster Covid, s'agace la riveraine, à l'adresse d'un manifestant. Vous croyez que le virus a disparu, ou que 28 000 morts ce n'est pas assez peut-être ? »

Mais pour Madjid Messaoudene, c'est bien la « nasse » des policiers qui a créé le danger : « Nous voulions faire une chaîne humaine à distance d'un mètre chacun, mais ils nous en empêchent en nous encerclant… »

La manifestation s'est finalement tenue sans incident majeur, avant de se disperser aux alentours de 20 heures.

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 21:15

10 mai 2020

 

« Le peuple aide le peuple » graffiti à Marseille
RESISTONS ENSEMBLE - bulletin numéro 190 – du 10 mai 2020
« Le peuple aide le peuple » graffiti à Marseille

C’est le chaos. Face au virus ce pouvoir de bras cassés criminels est incapable d’assurer ses devoirs les plus élémentaires. En plus du désastre sanitaire, une nouvelle vague de chômage et de malnutrition déferle. La seule activité étatique qui émerge c’est la répression, le contrôle et le fichage de la population laborieuse. Le régime de la « double peine » (voir RE 189) qui frappait déjà les quartiers populaires s’étend à tout le pays.
L’État se croyait tout permis. Les dernières batailles contre la loi travail, le mouvement de Gilets Jaunes, la grève contre la réforme des retraites n’ont pas été victorieuses, néanmoins cela a laissé des appuis et une certitude : si on laisse la direction entre les mains de ces gens-là, ils vont tous nous crever.
Sur ce terreau riche des expériences politiques, poussent des collectifs, des réseaux de solidarité inédits et autonomes : fabrication de masques, de blouses pour les hôpitaux, aide aux devoirs, collectes de nourriture, de médicaments, manifs de casseroles, banderoles de solidarité aux fenêtres, manifs de premier mai pourtant interdite, grèves des loyers... C’est local, basé sur la confiance et dans cette résistance populaire, jeune et vieux, immigrés, militants, sans papiers, mères de familles, chômeurs arrivent à se retrouver.
Face aux violences et crimes policiers dus aux « opérations de respect du confinement », les plus jeunes ont riposté dans les quartiers populaires. Suite à l’agression d’un jeune homme par la BAC à Villeneuve-la-garenne, des syndicats et organisations ont refusé de mettre dos à dos la police et les jeunes et appellent à constituer une chaîne humaine le 11 mai au départ de l’Ile Saint Denis où a eu lieu une autre agression filmée. Allant plus loin, des groupes des GJ et autres soutiens légitiment, dans une tribune, le droit des quartiers à répondre par la violence aux violences policières.
Souvenons-nous, à la fin des années 60, le Black Panther Party for Self Defense, une organisation révolutionnaire de Noirs américains, entendait contrôler la police armes à la main, et, en même temps, organisait des petits déjeuners pour les enfants des quartiers et travaillaient étroitement avec les autres révoltés sociaux, comme des étudiants blancs d’extrême gauche et des groupes de latinos ou d’indiens américains.
Les résistances actuelles tendent vers les mêmes buts, ici et là des formes organisées apparaissent, comme les Brigades de solidarité populaire ou comme l’appel « Bas les masques ! « pour un mouvement populaire » lancé par des personnels de la santé en lutte (www.baslesmasques.co). L’État macroniste se prépare à l’éventualité d’une révolte populaire, la preuve ? cette fiche par du ministère de l’éducation nationale à l’occasion de la réouverture de écoles qui enjoint les équipes éducatives de repérer « les replis communautaristes portant atteinte au pacte républicain » et « toutes les manifestations de séparatisme » passant notamment par la « critique des discours d’autorité », afin d’« effectuer des signalements » des élèves concernés.
Le philosophe allemand Friedrich Nietzsche affirmait que c’est du chaos que naîtra une « étoile dansante ». Dans le chaos créé sur le dos du Coronavirus par Macron et sa troupe, la promesse d’une étoile dansante, d’une autre société digne et libre est bien là.



 

Le fiasco français face à l’épidémie

L’État n’a pas hésité à jouer trois fois le même sketch pour tenter de dissimuler l’incurie de sa gestion. D’abord avec les masques « inutiles », « recommandés » puis « obligatoires » (voir RE 189). Ensuite, avec les enfants, d’abord désignés comme très dangereux, asymptomatiques et contaminants, puis, quand il a fallu justifier la décision politique de rouvrir les écoles, « pas tant que ça », et finalement, avec l’affaire des enfants hospitalisés à l’hôpital Necker, « on ne sait pas ».
Voici désormais le 3e acte : les tests, outils majeurs d’une sortie rationnelle du confinement. Le problème est de taille, il faut les remettre en cause car on n’en a pas. Les médias ont là encore été forcés de révéler un nouveau scandale : si on a autant tardé à tester en France, c’est d’abord que les équipes en charge des tests n’ont pas reçu le matériel de protection, puis les labos qui auraient pu le faire ont été refusés, puis pas d’appareils fermés nécessaires pour les effectuer (à cause d’un marché passé avec les mauvaises entreprises), enfin pas assez de tests qui respecteraient le « protocole » et seraient 100 % fiables (alors que les allemands s’en contentent bien, eux).
C’est encore cette invocation du « protocole » qui empêche les médecins de prescrire des anti-inflammatoires de type anti-paludéens à leurs malades alors qu’ailleurs, en Afrique notamment ou à Marseille plus proche, les bons résultats relatifs devraient suffire à convaincre qu’il faut s’en contenter en temps de pandémie.
La décision de déconfiner le 11 mai a été uniquement prise pour des raisons économiques puisqu’il fallait bien remettre au travail les pauvres afin que les plus riches retrouvent leurs profits, et politiques, puisqu’il ne fallait pas que trop de gens se déshabituent trop de leur vie d’avant. Les soignants croisent donc les doigts pour éviter une deuxième vague en juin. La réouverture des établissements scolaires uniquement pour les enfants qui ne sont pas autonomes (de la maternelle à la 5ème) va dans ce sens. Cette décision ayant été prise contre l’avis du « conseil scientifique », il fallait se couvrir : le retour en classe se fera sur la base « volontariat » des parents et les responsabilités juridiques et pénales sont renvoyées au niveau local. Par contre, si l’école d’un enfant est ouverte, fini le chômage partiel pour les parents. Le cynisme est donc à son comble.



 

L’abandon des plus pauvres et des plus fragiles

Il aura fallu attendre le 7 avril pour que, sous la pression des proches réclamant la vérité, le nombre des décès dans les EHPAD soit publié : la moitié des plus de 25 000 morts comptabilisés étaient des grands pères et des grands mères enfermés dans ces établissements. On apprend à quel point l’État s’est rendu coupable de cette hécatombe : en tardant à équiper de masques les soignants et aidants, en refusant l’accès à l’hôpital aux plus âgés, en rendant disponible un médicament permettant d’euthanasier les plus atteints...
Dans les foyers de travailleurs, se retrouvent également beaucoup d’anciens, les « chibanis », et leur situation se dégrade encore avec l’isolement et les conditions sanitaires déplorables. Seuls des collectifs autonomes comme celui des Gilets Noirs ont répondu aux appels à l’aide, passant pour distribuer des denrées de première nécessité. « … on va avoir des chibanis qui ont vécu dans 9 mètres carré toute leur vie et qui vont se retrouver à Rungis, ils vont être enterrés comme des soldats inconnus, ça me rend fou », déclare un responsable associatif marocain.
Virus ou pas, l’État continue d’enfermer des sans-papiers dans les CRA, et cela bien que la fermeture des frontières rendant impossibles les déportations révèle comme jamais l’absurdité et l’inhumanité de l’existence de ces lieux. Ces nouveaux retenus sortent les plus souvent de prison en application de l’habituelle double peine mais ce sont aussi des sans-papiers interpellés lors des rondes policières comme l’a montré le cas de Mehdi, militant à Barbès, arrêté alors qu’il se rendait à son travail, tabassé puis enfermé deux jours avant d’être libéré pour vice de procédure mais en ayant écopé d’une OQTF.
Malgré des cas de Covids attestés, on refuse même aux malades l’accès aux soins. Les proches de certains retenus venus leur apporter des affaires, ont même été verbalisés d’une amende de confinement.
Avec les militants anti-CRA, il convient donc de maintenir la pression en appelant les cabines afin de récolter des témoignages anonymisés, harceler les préfectures par mail, publier les photos de banderoles ou graffs en soutien aux prisonniers et réclamant la liberté pour tous, virus ou pas (voir le site abaslescra.noblogs.org).



 

L’état d’urgence sanitaire contre les droits des travailleurs

Parmi les 25 ordonnances découlant de l’état d’urgence, trois concernent le travail. Ainsi la n° 2020-323 se targuant de protéger l’intérêt des entreprises crée de nombreuses dérogations au Code du travail, conventions collectives, accords de branches, et ce jusqu’au 31 décembre 2020. Pour les entreprises « relevant de secteurs d’activités particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation et à la continuité de la vie économique et sociale » (énergie, télécommunications, logistique…) la durée quotidienne maximale de travail peut être portée jusqu’à 12 heures (contre 10 heures) et la durée hebdomadaire au cours d’une même semaine jusqu’à 60 heures (contre 48 heures). Le temps de repos quotidien peut être réduit à 9 heures consécutives (contre 11 heures). La durée maximale pour les travailleurs de nuit est aussi assouplie (sic). Cette même ordonnance autorise l’employeur à modifier de manière unilatérale les dates des jours de RTT et des jours de repos.
Là encore, le Covid a bon dos. Le gouvernement au prétexte d’urgence sanitaire, s’active sous la pression du Medef à l’urgence de la relance économique et des profits des entreprises du CAC 40. L’assouplissement du droit du travail ne leur suffit pas, ils veulent davantage de flexibilité et de dérégulation notamment des normes environnementales.
Avant la crise, et pour le jour d’après, ce gouvernement poursuit son programme ultralibéral destructeur et prédateur. L’état d’urgence contre le terrorisme avait été reconduit 6 fois avant d’entrer dans le droit commun. L’état d’urgence sanitaire a été prorogé le 9 mai, pour 2 mois, lesté d’un système de contrôle par fichage de l’ensemble de la population, au prétexte médical. Ainsi le pouvoir macronien complète de façon durable son arsenal policier.



 

La police travaille

Est-ce la situation de confinement avec davantage de voisins pour filmer qui rend plus visible le travail de la police ? Une chose est sûre la violence, le racisme ordinaire de la police, notamment et surtout dans les quartier populaires, resurgit avec force.

Des morts voués à l’oubli ?
Un article de rebellion.info (rebellyon.info/Au-nom-de-la-lutte-contre-le-covid-19-la-22174) dénombre déjà au moins 5 morts entre les mains de la police. Après Mohamed mort le 8 avril au commissariat de Béziers (voir RE 189), le 10 avril à Cambrai, une voiture dont les occupants sont sans d’autorisation de sortie, est prise en chasse par la police, la voiture part en tonneau au milieu de la route... en pleine ligne droite ? Un homme de 28 ans perd la vie. Le 10 avril à Angoulème. Boris, 28 ans, sûrement sans autorisation de sortie, prend la fuite devant la police. Il stoppe sa voiture au milieu d’un pont et saute dans l’eau. Il n’en ressortira pas vivant. Le 15 avril à Rouen. Un homme de 60 ans est placé en garde à vue pour conduite sous l’emprise de l’alcool. Vers 5h, il fait un « malaise ». Le 15 avril à la Courneuve. Un jeune de 25 ans est aperçu dans le parc de La Courneuve fermé. Les flics encerclent le jeune homme qui selon eux se serait jeté sur eux, ils tirent sur lui 5 fois, dont 3 en pleine tête... Dans la nuit du 28 au 29 avril, un homme de 43 ans interpellé en état d’ivresse dans la soirée à Albi, après un passages aux urgences de l’hôpital, est placé en cellule au commissariat et y est retrouvé mort peu après minuit.

Une violence au quotidien
L’Association de lutte Contre les violences policières a enregistré 7 plaintes contre les flics comme le 23 mars aux Ulis, Yassin, 30 ans, qui n’a pas eu le temps de présenter son attestation, et qui est tabassé par des policiers. Ou encore Walid, 30 ans, qui est gravement frappé par des policiers, 16 jours d’ITT le 1er avril à Montceau-les-Mines. Il a osé sortir son téléphone pour filmer le contrôle. Source : www.leetchi.com/fr/c/w38YMOb5. Ainsi à Toulouse, dans la nuit du 25 avril, un homme se serait évadé du service psychiatrique de l’hôpital Purpan. Des policiers le plaquent au sol. Il est maîtrisé mais un flic s’acharne sur lui, le frappant au visage avec une muselière. www.youtube.com/watch?v=DB3atsQPpo8

L’exception qui confirme la règle ?
À Marseille, le 12 avril, deux policiers arrêtent illégalement un jeune réfugié afghan, avant de l’abandonner dans un terrain vague après l’avoir frappé. Le 6 mai, fait rarissime, ils sont condamnés en comparution immédiate à 4 ans et à 18 mois de prison.

Police raciste
Asnières-sur-Seine, dans la nuit du 25 avril , la police prend en chasse deux individus soupçonnés de vol sur un chantier. Le premier qui se jette à la Seine sera intercepté plus tard, le second à pied est attrapé par les policiers qui échangent : « il sait pas nager, un bicot ça nage pas », « ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied »… Des habitants filment www.youtube.com/watch?v=3HrkZ8UaSS8

Ripostes dans les quartiers
Le18 avril à Villeneuve-la-Garenne (92). Un jeune homme de 28 ans circule à moto sans casque. Un véhicule de police banalisé est positionné devant lui. Une portière s’ouvre lorsque la moto passe au niveau des flics, le jeune homme chute, frappe un poteau, fracture ouverte du fémur. Pour les témoins, le geste du policier était intentionnel. S’ensuivent plusieurs nuits de révoltes dans les quartiers populaires de plusieurs villes de la région parisienne.

Empêcher la solidarité
Le 1er mai à Montreuil, une 20aine de car de CRS stationne vers la mairie en attente d’une manifestation appelée par le NPA. Désoeuvrés, les flics de la BRAV se rabattent sur une distribution gratuite de fruits et légumes organisée par la brigade de solidarité populaire : des dizaines de personnes sont nassées, verbalisées pour avoir organisé une « action revendicative ». Pétition framaforms.org/signature-notre-action-caritative-est-revendicative-1588504088

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 11:49

https://www.lecourrierdelatlas.com/societe-il-y-a-douze-ans-abdelhakim-ajimi-etait-tue-par-la-police--23940

 
Il y a douze ans, Abdelhakim Ajimi était tué par la police
Un dessin accroché, lors d'un rassemblement, le 07 Janvier 2012 à Grasse, en mémoire du jeune Abdelhakim Ajimi, mort au cours d'une interpellation musclée en 2008. VALERY HACHE / AFP

Qui se souvient encore d’Abdelhakim Ajimi ? Il y a 12 ans, le 9 mai 2008, ce jeune homme de 22 ans, originaire de Grasse (Alpes-Maritimes) était tué lors de son  interpellation par la police. En 2013, les trois agents responsables de sa mort, Jean-Michel Moinier, Walter Lebeaupin et Jim Manach ont été reconnus définitivement coupables d’homicide involontaire par la cour d'appel d'Aix-en-Provence. Ils ont écopé de peines de prison avec sursis, mais n'ont pas été révoqués de la police. Au moment du verdict, le père de la victime Boubaker Ajimi déclara amer : « S’ils étaient des gens comme nous, ils auraient eu quatre ou cinq ans de prison ferme.»

A l’annonce du jugement, 200 policiers de Grasse, de Cannes, Antibes, Cagnes-sur-Mer et Nice s'étaient rassemblés devant le commissariat de Grasse pour marquer leur soutien à leurs collègues.

Nous sommes le 9 mai 2008. Il est environ 14h45 quand Abdelhakim Ajimi est interpellé par une dizaine de policiers, après une altercation avec son banquier. Très vite, il est menotté aux pieds et aux mains, avant d’être étranglé et maintenu au sol pendant de longues minutes par les agents.

Ludovic Gérard, un père de famille est présent sur les lieux. Nos collègues du Parisien l'interrogent : « Avec des amis, je sortais d'un immeuble quand nous avons assisté à cette intervention. Le jeune était déjà menotté, la face contre le sol. Un des policiers en civil lui avait empoigné un bras et lui tournait le coude pour l'immobiliser. Le jeune était déjà violet. Il commençait manifestement à s'étouffer parce qu'on lui tournait la tête de l'autre côté. Comme on le fait avec un arc. En même temps, un autre policier s'était agenouillé sur lui pour faire pression sur la colonne vertébrale. J'ai entendu le jeune qui gémissait : ‘J'étouffe ! J'étouffe !’ »

Il est alors relevé et traîné par les pieds jusqu'à une voiture de police-secours. 11 témoins indiquent qu’Abdelhakim Ajimi ne résiste plus et qu’il paraît inconscient. Le jeune homme de 22 ans meurt avant son arrivée au commissariat, sans qu'aucun policier ne s'en rende compte.

A l’époque, les rapports d'expertise médicale concluent que le décès d’Abdelhakim Ajimi est dû à une lente asphyxie mécanique, résultat d'une compression thoracique et d'une clef d'étranglement au cou, pratiquée par les policiers avec trop de force et durant trop longtemps.

Des techniques d’immobilisation, interdites en Suisse, en Belgique, en Allemagne et dans certains Etats américains, comme à New-York ou Los Angeles et dénoncées depuis de nombreuses années par des associations, à l’instar d’Amnesty International.

Le 16 novembre 2017, la France est condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme pour la mort de Mohamed Boukrourou, pour « traitement inhumain et dégradant », suite à son interpellation et son immobilisation dans un fourgon de police. Dans son arrêt, la CEDH déplore alors « qu'aucune directive précise n'ait été prise par les autorités françaises à l'égard de ce type de technique d'immobilisation ». 

Abou Bakari Tandia, Ricardo Barrientos, Mohamed Boukrourou, Abdelilah El Jabri, Lamine Dieng, Wissam El Yamni, Mariame Getu Hagos, Abdelhak Goradia, Amadou Koumé, Mamadou Marega, Serge Partouche, Mohamed Saoud, Adama Traoré, Philippe Ferrières et plus récemment Cédric Chouviat, décédé en janvier dernier, sont des noms qui viennent s’ajouter à celui d'Abdelhakim Ajimi, à cette macabre liste, celle des personnes décédées en France suite à des interpellations policières. 

Il faut attendre 2018 pour que les députés de la France insoumise déposent une première fois une proposition de loi à l’Assemblée nationale. Elle vise à interdire à « toute personne exerçant des missions ou activités de sécurité de recourir aux techniques d’immobilisation qui auraient pour effet d’entraver les voies respiratoires ou pouvant mener à l’asphyxie, telles que le pliage, le plaquage ventral et la clé d’étranglement ». Un texte présenté de nouveau le 26 février dernier en Commission des lois par l’insoumis François Ruffin. 

En 2020, ces techniques d’immobilisations de la police tant décriées sont toujours autorisées en France.

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 11:45
 
Entretien avec Didier Fassin : Mort d'un voyageur

par Jean BASTIEN

  • Date de publication • 04 mai 2020
  • Comment la justice en vient-elle à écarter certains témoignages ? Pourquoi certaines versions comptent-elles plus que d'autres ?

    Un « voyageur » (l’expression fait ici référence à la catégorie des « gens du voyage ») en cavale, qui n’avait pas réintégré la prison à l’issue d’une permission, est abattu lors d’une opération du GIGN, menée dans la ferme de ses parents. L’instruction conclut à un non-lieu, qui est confirmé en appel.

    La version des militaires, admise par le parquet et la juge d’instruction qui rendra l’ordonnance de non-lieu, accrédite la thèse de la légitime défense. Celle de la famille de la victime, présente lors de l’opération, même si elle n’a pas assisté directement aux tirs mortels, la conteste absolument.

    La contre-enquête à laquelle se livre alors Didier Fassin dans Mort d'un voyageur. Une contre-enquête (Seuil, 2020) s’attache à restituer la façon dont chacun des protagonistes dit avoir vécu les événements, puis à croiser ces témoignages et à les confronter aux résultats des expertises. 

    Elle aboutit à une lecture des faits qui contredit la version des militaires et qui interroge la façon dont la justice a traité cette affaire, mais qui interroge également, plus largement, la façon dont la justice fonctionne et reproduit les rapports de pouvoir et les relations d’inégalité au sein de la société. Mais elle donne aussi à voir ce que pourrait produire une recherche de la vérité qui accorderait à toutes les voix la même attention et dont les conclusions dépendraient des seuls éléments interprétés dans leur contexte…

    Didier Fassin    a aimablement accepté de répondre à quelques questions pour présenter son livre pour nos lecteurs.

     

    Nonfiction : Le cas que vous relatez dans ce livre est assez simple et vous venez assez facilement à bout de l’enquête. On pourrait dire, comme la première juge d’instruction l’avait suggéré que c’est sans doute un « accident », même si le terme peut lui-même être ambigu comme vous l’indiquez. Mais encore faut-il remonter aux conditions qui l’ont rendu possible. Pourriez-vous pour commencer éclairer ce point ?

    Didier Fassin : Je ne sais pas si le cas est simple dans la mesure où l’instruction a duré un an et demi et produit des conclusions totalement différentes des miennes. Et je ne crois pas venir facilement à bout de l’enquête, car il m’a fallu réunir tous les documents sur l’affaire, examiner attentivement tous les témoignages, recouper les auditions, vérifier les expertises, interroger les protagonistes, aller sur le terrain. Mais j’imagine que si c’est la façon dont vous voyez les choses, c’est que l’analyse que je fais vous a convaincu. J’en prends acte. Quant aux conditions, je pense que la disproportion entre les moyens employés, à savoir une opération d’une quinzaine d’agents du GIGN cagoulés, casqués et surarmés, et l’objectif à atteindre, en l’occurrence l’interpellation d’un jeune délinquant, interroge tout le monde, y compris au sein de la justice. Habituellement une telle arrestation nécessite un équipage de quelques gendarmes. Une des clés de lecture de cette disproportion est la représentation que les forces de l’ordre et plus largement la société ont des gens du voyage, les préjugés et les peurs dont ils font l’objet. Et ce sont du reste ces stéréotypes qui ont été à l’œuvre tout au long de la carrière délinquante d’Angelo et l’ont conduit à aller d’emprisonnement en emprisonnement, sans que jamais lui soit offerte la possibilité de se reprendre même lorsqu’il s’y est efforcé.

     

    La justice reproduit les rapports de pouvoir et les relations d’inégalité au sein de la société et poursuit des objectifs qui ont parfois peu à voir avec la recherche de la vérité, et pèche en particulier, semblez-vous dire, par une insuffisante prise en considération du contexte...

    Non, ce n’est pas le contexte qui n’est pas pris en considération. Ce sont les faits eux-mêmes. Ce que je montre, c’est que les versions des gendarmes présentent une triple contradiction : entre elles, avec le récit de la famille, et avec les données des expertises, notamment l’autopsie et la balistique. Et c’est sur cette base que j’essaie de proposer une autre reconstitution possible des faits. Mais je ne dis pas que la justice poursuit des objectifs qui ont peu à voir avec la recherche de la vérité, car je n’en sais rien. Ce que je dis, c’est qu’elle est tributaire de la hiérarchie des crédibilités parmi les témoins, certains étant a priori plus dignes d’être crus, et des affinités institutionnelles entre magistrats et forces de l’ordre, les premiers ayant de plus besoin des seconds. 

     

    Quel serait alors le moyen selon vous de corriger cela ? Vous mettez en avant une vérité ethnographique, celle-ci pourrait-elle venir infuser la vérité judiciaire, celle que poursuit l'institution judiciaire ?

    Je ne vois pas en quoi on pourrait parler d’infusion. Mais peut-être qu’en lisant ce livre, certains magistrats pourraient-ils non pas s’affranchir des logiques sociales dans lesquelles ils se trouvent pris, à savoir ces logiques de hiérarchie de crédibilité et d’affinités institutionnelles, mais en avoir un peu plus conscience et, dans ce cas, tenter de mieux les prendre en compte dans leur jugement.

     

    Vous donnez à voir à la fin du livre, ce que pourrait produire une recherche de la vérité qui accorderait à toutes les voix la même attention et dont les conclusions dépendraient des seuls éléments interprétés dans leur contexte. Est-ce alors vers cela que la justice devrait tendre ?

    Bien sûr. On est en droit d’attendre de la justice qu’elle crédite les témoignages de chacun des protagonistes d’une affaire aussi dramatique du même mérite, y compris lorsque sont mis en cause des agents assermentés, y compris lorsque les victimes sont des jeunes hommes de milieu populaire. Ce qu'elle ne fait pas.

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 14:08

https://diacritik.com/2020/05/05/didier-fassin-mort-dun-gitan-une-contre-enquete-mort-dun-voyageur/

Didier Fassin : mort d’un gitan, une contre-enquête
(Mort d’un voyageur)

 

 

https://www.telerama.fr/idees/violences-policieres-lorsque-les-forces-de-lordre-blessent-ou-tuent,-il-est-tres-rare-quil-y-ait-un,n6625122.php

Violences policières : “Lorsque les forces de l’ordre
blessent ou tuent, il est très rare qu’il y ait un procès”
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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 13:28
 
La détection automatique du port du masque testée
dans le métro parisien

Une technologie de reconnaissance faciale a été déployée depuis mercredi dans la station Châtelet-Les Halles. Objectif : produire des données pour orienter les décisions politiques.

Le flux des caméras de vidéosurveillance va être analysé par l’intelligence artificielle pour comptabiliser les porteurs de masques dans la station Châtelet-Les Halles. LP/Olivier Corsan

Par Damien Licata Caruso
Le 8 mai 2020 à 15h39, modifié le 8 mai 2020 à 18h08

« Souriez, vous êtes comptés ». La RATP a installé depuis mercredi un système de détection des porteurs de masques qui passent devant plusieurs caméras de vidéosurveillance de la station de métro Châtelet-Les Halles.

Toujours en phase de calibrage ce vendredi, le dispositif va servir, à partir du 11 mai et pour trois mois, à mesurer en temps réel le taux d'adoption de la protection faciale dans cette station centrale et donc riche en enseignements.

« Un tableau de bord électronique va nous informer, jour après jour, de l'évolution du taux de port du masque dans les espaces concernés et ainsi assurer la sécurité de tous dans les transports dans le cadre du déconfinement », explique la RATP. Pour rappel, le port du masque est obligatoire pour les usagers des transports en commun à partir de lundi

L'Intelligence artificielle en renfort

Châtelet-Les Halles, station géante au cœur du laboratoire d'Intelligence artificielle de la RATP, disposait déjà des 6 premières caméras HD nécessaires pour quantifier les passagers masqués à intervalles réguliers.

Elles sont éparpillées à des endroits bien éclairés, comme des couloirs ou des escalators, où l'autorité de transports a informé les voyageurs de l'expérimentation en cours.

Le sous-traitant, la start-up DatakaLab, n'a eu qu'à brancher ses six boîtiers dans une salle de contrôle. Ils contiennent un puissant processeur doté d'un algorithme qui analyse en continu le flux vidéo et comptabilise les porteurs.

 

« Notre logiciel détecte différents points du visage en temps réel et l'intelligence artificielle les compare avec un modèle qu'elle connaît qui est sans masque. Cela donne ensuite un score de 0 à 1 sur l'étendue de la couverture du visage », détaille Xavier Fischer, patron de la start-up parisienne.

« Toute la détection se passe dans la machine et ne génère que des jeux de données et des moyennes statistiques qui ne permettent pas de remonter à un groupe de gens », démine le jeune entrepreneur en anticipant les critiques sur la protection de la vie privée.

Respect a priori de la législation

Garante du respect des données personnelles, dont l'identification d'un individu fait partie, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) « a été informé à titre indicatif mais la législation notamment européenne n'impose pas d'autorisation préalable pour ce dispositif car nous ne stockons pas d'images ou de données » nous précise la RATP.

Cette même technologie est déjà utilisée avec deux gros boîtiers blancs sur des marchés à Cannes. L'outil a servi à la mairie à lancer une campagne de distribution de masques et des opérations de sensibilisation.

Dans le métro parisien, le dispositif pourrait aussi déboucher sur des actions de prévention mais en aucun cas, selon la RATP, sur une campagne de verbalisation des contrevenants.

L'expérimentation va monter en puissance en faisant appel d'ici le mois d'août à six caméras supplémentaires, toujours à Châtelet-Les-Halles. Le logiciel de détection sera aussi bientôt capable de mesurer le respect de la distanciation sociale, autre problème majeur des transports en commun.

 
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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 19:10
 
Le 11 mai: une chaîne humaine contre les violences
policières
Suite à l’appel « La colère des quartiers populaires est légitime » nous appelons à une chaîne humaine contre les violences policières dans les quartiers populaires, le 11 mai à 18H30, en respectant les gestes sanitaires, au départ du pont de l’Île Saint-Denis. Rendez-vous Station de tramway : L’Île-Saint-Denis.

Suite à l’appel «  La colère des quartiers populaires est légitime  » nous appelons à

Une chaîne humaine contre les violences policières dans les quartiers populaires

Le 11 mai à 18H30

En respectant les gestes sanitaires, au départ du pont de l’Île Saint-Denis. RDV Station de tramway : L’Île-Saint-Denis.

 

Les premières organisations qui soutiennent et appellent à participer à la chaîne humaine :

Attac, Association pour la taxation des transactions financières et l’action citoyenne

Acceptess-T

Cedetim, Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale

CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France

CGT, Confédération générale du Travail

CGT Ferc-Sup Paris 8

Collectif du 10 novembre contre l’islamophobie

Collectif Romain Rolland Ivry

Collectif Vie Volées

Comité Adama

Comité vérité et justice pour Gaye Camara

Comité vérité et justice pour Lamine Dieng

Compagnie Jolie Môme

Coordination Pas Sans Nous

Diem25 France, Mouvement pour la démocratie en Europe 2025

ENSEMBLE !

FASTI, Fédération des Associations de solidarité avec toutes et tous les immigré·es

Fédération SUD-Rail

FUIQP, Front uni des immigrations et des quartiers populaires

Justice pour Matisse

Justice pour Selom

Franc Moisin citoyenne

LDH, Ligue des droits de l’Homme

NPA, Nouveau parti anticapitaliste

PEPS, Pour une écologie populaire et sociale

UCL, Union communiste libertaire

UCL Saint-Denis

Union syndicale Solidaires

Union départementale Solidaires 93

Union locale SUD-Solidaires Saint-Denis

UNPA – UVP-filmer la police

...


Parmi les premier·es signataires individuel·les :

Hamid Ait Omghar

Marion Alcaraz, juriste

Torya Akroum, cheminote

Verveine Angeli, Union syndicale Solidaires

Hind Ayadi, habitante de Garges les Gonesse et militante associative, fondatrice d’espoir et création

Amal Bentounsi, UNPA

Olivier Besancenot, porte-parole du NPA

Saïd Bouamama, sociologue, membre du FUIQP

Sabrina Bousekkine, association Emergence, Blanc-Mesnil

Youcef Brakni, militant des quartiers populaires

Abdourahmane Camara

Ismahane Chouder, formatrice

Alexis Cukier, philosophe

Luc Decaster, cinéaste et militant du collectif Ali Ziri

Christine Delphy, féministe, sociologue

Eric Fassin, sociologue

Mohamed Gnabaly, Maire de l’Île-Saint-Denis

Michelle Guerci, journaliste

Boualem Hamadache, secrétaire du syndicat SUD conseil départemental de Seine-Saint-Denis

Ladja Hamidouche, collectif de soutien aux Roms Argenteuil

Dawari Horsfall, militant associatif et conseiller municipal à Massy

Fethia Kerkar

Aude Lancelin, Journaliste

Mathilde Larrère, historienne

Jessica Lefevre

Olivier Le Cour Grandmaison, universitaire

Fabien Marcot, graphiste

Zouina Meddour, militante associative, Blanc-Mesnil

Moustapha Mansouri, collectif contre les violences policières Argenteuil

Madjid Messaoudene, élu de Saint-Denis

Hanane Miloudi, association Emergence, Blanc-Mesnil

Mame-Fatou Niang, Enseignante-Chercheure

Océan, Comédien

Jean-François Pellissier, porte-parole d’Ensemble !

Philippe Poutou, porte-parole du NPA

Théo Roumier, syndicaliste et libertaire

Julien Salingue, docteur en science politique

Aïssata Seck, adjointe au maire de Bondy

Omar Slaouti, militant antiraciste

Azzedine Taibi, Maire de Stains

Assa Traoré

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