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30 octobre 2021 6 30 /10 /octobre /2021 09:22
 
 
 
Affaire Zineb Redouane à Marseille :
pas de sanction administrative
pour le CRS identifié
par Emmanuel Leclère publié le 30 octobre 2021 à 9h35
L'IGPN recommandait le renvoi devant un conseil de discipline du CRS à l'origine du tir d'une grenade lacrymogène qui avait frappé une octogénaire en 2018, décédée le lendemain à l’hôpital. Mais le patron de la police nationale a récemment classé le dossier sans suite selon les informations de France Inter.

1er décembre 2018, acte trois des gilets jaunes à Marseille. Zineb Redouane, 80 ans, est à sa fenêtre surplombant l'un des épicentres des manifestations de ce samedi-là. Au téléphone avec sa fille, elle s'apprête à fermer ses volets. Elle est alors frappée de plein fouet au visage par une grenade de type MP7, tirée par les forces de l'ordre. Zineb Redouane s'effondre et respire le puissant gaz lacrymogène qui se diffuse dans son appartement. L'octogénaire décède le lendemain juste avant d'être opérée, après l'injection du produit anesthésiant. L'expertise médicale conclut alors à une mort "accidentelle" et un "choc opératoire". 

Trois ans après, alors qu'une information judiciaire est encore en cours, l'auteur du tir de grenade a été identifié par l'Inspection générale de la police nationale, dans un rapport administratif rendu cet été. L'information que nous sommes en mesure de confirmer apparaît au cœur d'un futur livre sur l'institution : "IGPN, une institution au-dessus de tout soupçon ?", à paraître le 4 novembre (Albin-Michel).

Près de trois ans pour identifier l'auteur du tir

Les premiers constats d'enquête avaient conclu à l'impossibilité de retrouver précisément l'auteur du tir. L'une des caméras de la ville, qui aurait pu permettre d'identifier précisément le CRS à l'origine du lancé de grenade, était en panne, le groupe d'agents concerné se disait alors incapable de dire qui, précisément, avait tiré en direction du mur d'un immeuble ce jour-là, à 30 mètres à peine et leur bonne foi n'a pas été remise en cause.

Un expert en balistique cité par nos confrères du Monde en juin 2020 avait bien repéré un tireur à partir de caméras plus lointaines mais cela ne permettait en aucun cas de déterminer l'identité du CRS en question. Selon les récits des policiers et de leur supérieur hiérarchique, acté sur procès-verbal, la cible, quoi qu'il en soit, n'était pas la vieille dame à sa fenêtre. D'après leurs versions, il s'agissait d'un tir en cloche pour disperser les manifestants au sol.

Pourtant, l'année dernière, une enquête avec reconstitution 3D et modélisation, menée par le média d'investigation en ligne Disclose et le groupe de recherche Forensic Architecture, avait démontré qu'il s'agissait en réalité d'un tir risqué et tendu à 37 mètres.

Le patron de la police ne suit pas l'avis de l'IGPN 

Selon les informations de France Inter, le rapport administratif final de l'IGPN, réalisé par des enquêteurs marseillais, a tenu compte de toutes ces données, y compris celles de Disclose, qui ont été recoupées et ont permis d'identifier au final l'auteur du tir, comme le révèle Frédéric Charpier dans son livre.

Dans ses conclusions, selon plusieurs sources proches du dossier contactées par France Inter, l'Inspection générale de la police nationale estime que le tir à partir d'un lanceur Cougar était bien règlementaire sur le principe. Mais qu'il y avait bien un risque, que c'était "une action manifestement disproportionnée" et que l'auteur du tir ainsi que son superviseur (les CRS fonctionnent en binôme) ont fait preuve d'un "manque de discernement" à vouloir tirer dans la direction choisie. Et la directrice de l'IGPN, Brigitte Jullien va jusqu'à préconiser la convocation d'un conseil de discipline, ce qui signifie qu'il y a bien une faute professionnelle et qu'elle est d'un niveau de gravité suffisant pour justifier une telle convocation.

Des recommandations que Fréderic Veaux, le directeur général de la Police Nationale a décidé de ne pas suivre.

Le patron de la police a récemment classé le dossier sans prendre la moindre sanction au-delà d'un stage de formation continue pour les deux CRS concernés. Toujours selon nos informations, le DGPN est en désaccord avec la cheffe de l'inspection générale, estimant qu'il n' y a rien dans le dossier qui démontre qu'il y a une faute grave. Que ce n'est d'ailleurs écrit nulle part. Et qu'au contraire, le rapport décrit bien les conditions d'exercice extrêmes dans un cadre limite insurrectionnel qui ne pouvait au milieu des fumées, en pleine nuit, qu'altérer le discernement des CRS.  Et enfin, que cela ne pouvait en aucun cas leur être reproché.

En revanche, à aucun moment, les enquêteurs marseillais de la police des polices n'ont estimé que le CRS avait délibérément visé la fenêtre où apparaissait Zineb Redouane. Sur ce point-là comme sur le reste, et malgré ce classement administratif, le dossier a été transmis ces derniers jours au juge désormais en charge de cette affaire, qui a été judiciarisée à Lyon.

Éviter une "forme de suspicion"

En août 2019, l'enquête menée jusque-là à Marseille a effectivement été dépaysée à Lyon. C'est le procureur général à Aix-en-Provence, Robert Gelli, qui l'avait annoncé lui-même au journal "Le Monde".

L’information judiciaire avait révélé la présence aux côtés de policiers de la CRS 50, à l’origine des tirs de grenades lacrymogène, d’un "magistrat du parquet". Le procureur général justifiait alors sa décision pour éviter une "forme de suspicion". Comme l'a révélé par la suite Médiapart, le "magistrat du parquet" n'était autre que le numéro deux de l'instance marseillaise, André Ribes.

Depuis un an, les avocats de la famille de Zineb Redouane espèrent que le juge lyonnais réclamera de nouvelles expertises. Ils estiment pour leur part que ce tir tendu était intentionnel et préventif, et que cela est déjà arrivé par le passé pour empêcher des manifestants de jeter des projectiles sur les forces de l'ordre depuis des positions en hauteur.

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 20:11

Dans la lutte menée par Awa Gueye, la sœur de Babacar, des nouvelles demandes d’actes acceptées par la juge d’instruction rendent toujours possible l’ouverture d’une procédure à l’encontre des responsables de sa mort.

Babacar Gueye était une personne exilée. Avec ce statut de "sans-papier", il a passé moins d'un an auprès de sa sœur et de son neveu. Il était venu les rejoindre à Rennes, après un périlleux et long chemin qui le mena du Sénégal, en passant par des étapes difficiles, au Maroc et en Espagne.

Comme chaque année, Awa appelle à un rassemblement pour honorer la mémoire de son petit frère Babacar et rendre public les circonstances réelles de son décès. À nous de répondre à son appel par notre présence pour soutenir Awa dans sa lutte contre la police et la justice et pour que l’histoire de Babacar ne tombe pas dans l’oubli, le samedi 4 décembre 2021 à 14h à Rennes.

Depuis 5 ans, Awa lutte pour obtenir la vérité sur la mort de Babacar et exposer au grand jour les mensonges des policiers. Son acharnement a permis de mettre en lumière de nouveaux éléments remettant en cause la thèse de la légitime défense avancée par le policer de la BAC qui a tiré 5 balles sur Babacar, dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015

C'est parce que Awa Gueye s'est constituée partie civile en janvier 2017 que la mort de Babacar n'a pas pu se conclure sur un « non-lieu » validant un récit policier sans qu'une réelle enquête soit faite. C'est parce que Awa a demandé que soit ajoutée au dossier une expertise croisant les rapports médico-légal et balistique, qu'en 2019, un début d'enquête voit réellement le jour. Et c'est grâce à ses conclusions qui apportent des éléments matériels que le récit des policiers s'effondre. Elles viennent fissurer la thèse de la légitime défense qui semblait acquise par tous. Aucune des 5 balles tirées n'est arrivée de face. Nous savons que le policier affirme avoir tiré 4 fois sur Babacar sur le palier du 9ième étage à quelques centimètres de lui alors qu'il était face à lui. Mais ce même rapport révèle que les tirs ont des trajectoires descendantes.

Awa dénonce aussi toutes les contradictions des différentes versions policières, l'enquête faite par l'IGPN, l'enquête à charge contre son frère, les pressions qu'elle a subies, la violence des policiers lorsqu'elle se retrouve seule face à eux pour demander le corps de son frère et des réponses sur les circonstances de sa mort.
À la suite de la reconstitution des faits, le 27 septembre 2020, qui n'a fait que confirmer des récits contradictoires et incohérents, le parquet a indiqué que l'enquête « sera clôturée dans les prochaines semaines.». Mais la sœur de Babacar n'en n'est pas restée là !
En février 2021, Awa a demandé de nouvelles expertises acceptées par la juge d'instruction, ce qui assure la poursuite de l'enquête dans la mort de Babacar. Le combat continue !

L'année 2021 était aussi celle de la création du Réseau d'Entraide Vérité et Justice, dont le Collectif justice et vérité pour Babacar Gueye est membre, regroupant des collectifs de familles de victimes de crimes d’État, de familles ayant perdu un proche tué en prison, et de personnes mutilées et blessées par la police. C'est à travers le combat que nous menons ensemble que se construisent la vraie Justice et Vérité !Ce Samedi 4 décembre, nous réunirons nos forces et nous nous rassemblerons dans Maurepas pour la 6e commémoration de la mort de Babacar et demander la mise en inculpation des responsables de sa mort.

Nous partageons tous et toutes la même détermination, donc tant que nous n'aurons pas tous et toutes la JUSTICE, vous n'aurez pas la PAIX !
 
Le Collectif Justice et Vérité Pour Babacar Gueye
 
POUR INFOS : Lien de l'évenement https://fb.me/e/1c5Jny2lH
  • N'hésitez pas à faire relayé auprès de vos réseaux...MERCI !
  • Si vous souhaitez venir séjourner à Rennes et que vous avez besoin d'un hébergement, contacter nous par mail.
  • Si vous pouvez/voulez afficher et tracter par chez vous, les docs sont en PJ...Merci Infiniment !
  • Soirée de soutien le 4 novembre  https://fb.me/e/Qp9BFlvC
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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 13:28

Avec 64 organisations, nous publions cette lettre ouverte contre la loi « drone 2 », actuellement débattue par les sénateurs . Nous invitons vos organisations à signer notre lettre en nous écrivant à contact@laquadrature.net (objet: « signature lettre ouverte drone 2 ») et en diffusant cette lettre sur vos sites et réseaux. Merci beaucoup !

Lettre ouverte contre la loi « Drone 2 »

Le gouvernement est de retour pour autoriser les systèmes de surveillance qui, d’abord prévus dans la loi Sécurité globale, avaient été censurés par le Conseil constitutionnel en mai 2021. Cette nouvelle loi « relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure », a déjà été adoptée par l’Assemblée nationale le 23 septembre dernier. Le Sénat l’examinera le 18 octobre. Il doit la rejeter : contrairement à ce que prétend le gouvernement, ces systèmes de surveillance nuiront tant à notre liberté qu’à notre sécurité, dès lors qu’ils organisent l’escalade technologique des violences policières.

Les articles 8 et 9 autoriseront la surveillance par drone, hélicoptère et voiture. Depuis plus d’un an, la police déploie illégalement des drones pour nous surveiller, malgré deux interdictions du Conseil d’État, une sanction de la CNIL et une censure du Conseil constitutionnel. Les drones sont inutiles aux actions de médiation, d’apaisement et de dialogue avec la population. Ce sont des outils démultipliant les capacités de surveillance et de contrôle, qui facilitent avant tout les interventions violentes de la police, notamment en manifestation afin de dissuader les militant·es d’exercer leurs libertés de réunion et d’expression politique.

L’article 7 autorisera la vidéosurveillance des cellules de garde-à-vue. Le gouvernement prétend agir pour « diminuer les risques de suicide, d’automutilation, d’agression », comme s’il se souciait soudainement du bien-être des personnes qu’il réprime. Plutôt que de protéger les personnes arrêtées, il s’agira de renforcer les pressions et violences psychologiques causées contre elles par l’enfermement et une surveillance de chaque instant sans aucune garantie ni limitation sérieuse.

L’article 16 autorisera la police à recourir à la violence physique pour obtenir les empreintes digitales et la photographie des personnes suspectées d’avoir commis une infraction punissable d’au moins trois ans de prison. Cette violence pourra s’exercer contre des enfants de 13 ans, pour peu que la police les suspecte d’avoir commis une infraction punissable de cinq ans de prison. Les empreintes et photos ainsi obtenues pourront être recoupées avec les fichiers de police existants, notamment par reconnaissance faciale.

Cette loi organise un monde où les développements technologiques renforcent et justifient les violences que la police peut exercer contre la population. Cette escalade de la violence ne repose sur aucun besoin objectif qui serait soutenu par des études ou des chiffres concrets. Elle ne semble viser qu’au développement d’un État policier qui, une fois en place, ne s’encombrera pas des limites que le droit aurait tenté de lui poser (les quatre interdictions rendue l’an dernier n’ont pas empêché la police de déployer des drones, encore aujourd’hui1).

Pour ces raisons, l’ensemble de ces mesures doivent être rejetées.

 

Liste des signataires

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18 octobre 2021 1 18 /10 /octobre /2021 07:14
 
Val-d’Oise : plus de 200 personnes
marchent en hommage à Olivio Gomes,
abattu par un policier

Une marche blanche était organisée ce dimanche à Argenteuil, la ville où a grandi cet homme de 28 ans abattu le 17 octobre 2020 par un policier à Poissy. Si l’agent a assuré être en état de légitime défense, l’enquête a remis en question ses déclarations et il a été mis en examen pour « homicide volontaire ».

Argenteuil, ce dimanche. Une marche en hommage à Olivio Gomes était organisée par sa famille. Le cortège s'est élancé de la gare du Val-d'Argenteuil pour rejoindre le parc des Cerisiers. LP/Anne Collin

 
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Par Anne Collin 
Le 17 octobre 2021 à 17h24

Son nom s’affiche partout dans le défilé. « En mémoire d’Olivio Gomes », peut-on lire sur les pancartes et les tee-shirts portés par de nombreux participants. Plus de deux cents personnes ont pris part ce dimanche après-midi, à Argenteuil, à une marche blanche organisée par ses proches, en hommage à cet homme de 28 ans abattu il y a un an jour pour jour par un policier à Poissy (Yvelines). Si l’agent auteur des trois coups de feu a assuré être en légitime défense, l’enquête a remis en question ses déclarations et il a été mis en examen pour « homicide volontaire ».

 

Le cortège s’est élancé vers 14h30 derrière une grande banderole et dans un grand silence emprunt d’émotion depuis la gare du Val d’Argenteuil. Pour un parcours à travers le quartier qui a vu grandir Olivio, avant son déménagement à Poissy et où sa famille vit toujours, jusqu’au parc des Cerisiers. « Nous sommes là tout d’abord pour sa mémoire. C’est d’autant plus important que l’an dernier la marche n’a malheureusement pas pu avoir lieu à cause du Covid », rappelle son frère, Léonel.

«Une explosion de tristesse»

« Aujourd’hui, ce n’est pas une manifestation, c’est une marche pour honorer Olivio, pour que l’on puisse faire notre deuil », affirme au micro Irène, sa cousine, « sa grande sœur », juste avant le départ de la marche. Celle qui l’a « quasiment élevé » a appris la mort de ce dernier la veille de son mariage. « Cela devait être une explosion de joie pour ma famille, ce fut une explosion de tristesse », souffle-t-elle.

Argenteuil, ce dimanche. Des collectifs étaient également présents lors de la marche blanche. LP/A.C.

Mais les participants entendent cependant faire passer certains messages. « On a reçu beaucoup de soutiens sur les réseaux sociaux, mais des personnes ne connaissent pas encore l’affaire donc on explique aussi », soulignent deux jeunes cousines, une pile de tracts « Stop à l’impunité policière » à la main. Ses proches demandent notamment plus de sévérité à l’égard du meurtrier présumé. « Je suis là pour Olivio, bien sûr, mais aussi pour demander justice afin qu’il puisse reposer en paix car cette personne exerce toujours aujourd’hui », souligne sa belle-sœur, en référence au changement d’affectation du policier.

« Et puis nous ne sommes malheureusement pas la seule famille dans ce cas », ajoute Léonel. « Ce n’est pas le premier et ce ne sera sans doute pas le dernier », regrette Irène. Pour beaucoup de participants, parmi lesquels des collectifs contre les violences policières, la marche du jour a une symbolique forte. « C’est important de soutenir la famille mais pas seulement. Il y a aussi la cause, car on se dit que cela pourrait arriver à n’importe qui », précisent notamment trois jeunes femmes du quartier.

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 09:54

 

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13 octobre 2021 3 13 /10 /octobre /2021 09:43

 

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 02:54
 
https://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/qui-a-tue-ibo-250-personnes-marchent-en-memoire-dibrahima-mort-sur-sa-moto-a-proximite-de-la-police-09-10-2021-WGTXEGL2UFBTZJCNU2VPOWTNDY.php?ts=1633832926735
 
Par Thibault Chaffotte 
Le 9 octobre 2021 à 20h04, modifié le 9 octobre 2021 à 20h10

 

Sarcelles, samedi 9 octobre 2021. Près de 250 personnes ont participé à la manifestation organisée pour les deux ans de la mort d'Ibrahima Bah. LP/Thibault Chaffotte.
 

Les cris, la rage, les deux-roues pétaradant. Deux ans après la mort d’Ibrahima Bah, le collectif Justice pour Ibo – son surnom – a organisé une marche à Sarcelles pour honorer sa mémoire mais aussi demander à la justice de sévir. Le dimanche 6 octobre 2019 vers 17 heures, le jeune homme de 22 ans s’engage au guidon de son moto-cross bleu dans la rue Faidherbe à Villiers-le-Bel.

Plus loin, au carrefour du boulevard Salvador-Allende et de l’allée des Bleuets, trois véhicules de police achèvent un contrôle routier. À l’arrivée du jeune homme casqué, un fourgon de police, stationné perpendiculairement au trottoir, réalise une manœuvre pour « repartir des lieux de l’intervention », selon la police. Le jeune Sarcellois s’engage alors sur le trottoir, percute violemment un poteau. Malgré un massage cardiaque des policiers, il décède peu de temps après le choc.

« On veut les vidéos »

Deux ans plus tard, les suspicions ont fait place aux convictions. « Qui est-ce qui a tué Ibo ? », lance à la foule Diané Bah, frère aîné d’« Ibo ». « La Police ! », scandent les manifestants à plusieurs reprises. La famille du défunt a été reçue par la juge d’instruction qui supervise l’enquête confiée à la police des polices. « Elle nous a donné lecture du dossier, mais notre avocat pouvait déjà le consulter, on le connaît déjà », indique-t-il. Elle aurait souhaité connaître des éléments sur la personnalité d’Ibrahima Bah. Ce n’est pas ce qu’attendait la famille.

« Ibo, on veut les vidéos », a scandé la foule tout au long du parcours. Les proches d’Ibrahima Bah ont fait du visionnage des vidéos de surveillance de la scène un impératif. Deux ans après les faits, ils n’ont pu voir les images. « Notre avocat n’a pu voir qu’une seule des trois vidéos », précise Diané Bah. La caméra n’aurait pas capté le moment de l’impact mais la scène qui a précédé et celle qui a suivi ce moment fatal.

Selon Diané Bah, elle pourrait étayer la thèse d’une manœuvre délibérée par la camionnette de police pour bloquer la route au jeune motard. « Il n’y avait aucune raison de tourner à droite, à part pour bloquer la route », soutient-il. Reste la vitesse à laquelle roulait le jeune homme. « Même s’il allait trop vite, cette manœuvre existe bien », ajoute-t-il.

Près de 250 personnes ont participé à la marche, mais aussi une cinquantaine de deux-roues. Alors que le cortège devait s’élancer depuis le haut de l’avenue du 8-Mai-1945, une vingtaine d’entre eux a fait son apparition, moteurs hurlants, sous les vivats des manifestants. Diané Bah a alors pris le micro pour déclarer que de nombreux jeunes à motos ne pouvaient se rendre à la manifestation.

Des motards et scootéristes dans le cortège

« Ils peuvent venir s’ils sont casqués avec des véhicules homologués et des plaques d’immatriculation dévoilées », a répondu le commissaire chargé de l’encadrement de la manifestation. De nombreux motards présents à la manifestation ne répondaient pas à ces critères. Le commissaire a assuré qu’aucun deux-roues n’était retenu. Quelques minutes plus tard, d’autres motards et scootéristes ont rejoint le cortège qui a pu alors commencer sa progression.

Tout au long de la marche, des intervenants se succèdent au micro pour narrer leur histoire et mettre en cause les forces de l’ordre dans le décès d’un proche. Il est question notamment de Gaye Camara, abattu par un policier à Épinay-sur-Seine en 2018, Lamine Dieng mort dans un fourgon de police à Paris en 2007, Babacar Diene tué par un tir de policier à Rennes en 2018.

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 20:17

 

 

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 20:12
https://www.leparisien.fr/societe/aux-etat-unis-letat-civil-a-oublie-17-000-deces-dus-a-la-police-ces-40-dernieres-annees-01-10-2021-CSSLLCVR2BFP5IOC2FS6CRFF6M.php
Par Antoine Beau 
Le 1 octobre 2021 à 14h03

Aux États-Unis, combien d’homicides impliquant la police échappent aux registres officiels et permettent ainsi l’impunité de leurs auteurs ? Si les affaires George Floyd, Mario Gonzalez, Daunte Wright ont immédiatement entraîné la mise en cause des agents de police, grâce aux images enregistrées ou à la mobilisation citoyenne, tous n’ont pas connu cette exposition.

En réalité, l’implication de la police durant les interpellations qui conduisant à la mort de citoyens américains est majoritairement passée sous silence. C’est ce que démontre une étude de l’université de l’Université de Washington, parue ce vendredi dans la revue scientifique The Lancet.

Les chercheurs ont comparé les registres de l’état civil américains aux décomptes de Fatal Encounters, Mapping Police Violence ou The Counted, des initiatives citoyennes ou journalistes. Résultat, entre 1980 et 2018, 17000 décès impliquant la police ont été mal classés ou n’ont pas été signalés.


Après vérifications et authentification des décomptes, les chercheurs estiment ainsi que l’US National Vital Statistics System (NVSS), le système gouvernemental qui rassemble tous les certificats de décès aux États-Unis est passé à côté de 55 % des décès en lien avec des violences policières, échouant à les identifier comme tel.

Les données alternatives, plus fiables que le recoupage officiel

Les auteurs concluent que « les données en libre accès constituent une ressource plus fiable et plus complète pour contribuer à l’élaboration de politiques susceptibles de prévenir la violence policière et de sauver des vies », dans un communiqué. Ils légitiment le travail de décompte alternatif, entrepris en 2014 après la mort de Michael Brown, tué par la police alors qu’il n’était pas armé.

Pour Fablina Sharara, coauteure principale de l’étude, ces morts oubliées par l’administration américaine « ne font qu’obscurcir le problème plus vaste du racisme systémique qui est ancré dans de nombreuses institutions américaines, y compris les forces de l’ordre ». Parmi les 32 000 décès identifiés au total, les noirs sont 3,5 fois plus nombreux que les blancs.

Pour expliquer un tel échec dans l’établissement de statistiques sur les violences policières, les chercheurs évoquent le manque d’indépendance de ceux qui certifient les décès, souvent membre eux-mêmes de la police, ainsi que le manque de formation et de clarté dans les démarches administratives.

Une question récurrente, sur fond de racisme policier

La question du recensement des meurtres commis par des policiers est récurrente aux États-Unis. En 2003, une étude publiée dans la revue American Journal of Public Health faisait déjà état de la situation, mais évoquait une sous-estimation moins importante, de l’ordre de 29 %.

Consciente du problème, l’administration américaine patine : « La police fédérale américaine a du mal à établir un décompte exact, car elle n’a pas le droit de contraindre la police locale », explique Didier Combeau, politologue spécialiste des États-Unis.

Mais la situation pourrait évoluer dans les prochaines semaines : « Le Bureau des statistiques judiciaire a proposé et validé une méthodologie hybride qui combine à la fois des données officielles et des données de source ouverte pour obtenir de meilleures estimations ; cette méthode pourrait être adoptée par le NVSS », détaille Fablina Sharara


De quoi renforcer la pression sur Joe Biden, qui promeut une réforme de la police pour apaiser les tensions, tout en devant lutter contre l’augmentation récente de la violence par arme à feux.
« Ces deux objectifs ne sont pas contradictoires en soi, mais sont présentés comme tels par l’opposition de droite, opposée au contrôle des armes mais favorable à une répression implacable des porteurs d’armes illégales », analyse Didier Combeau. Pas de quoi lui faciliter la tâche.

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 20:08
« Le passe sanitaire est un moyen
extrajudiciaire de désactiver
socialement les gens »
25 septembre 2021 à 10h40

Selon le professeur de droit Guillaume Zambrano, le passe sanitaire est une atteinte aux droits fondamentaux ainsi qu’une sanction extrajudiciaire. La pérennisation de ce dispositif signifierait d’après lui la normalisation de l’atteinte à l’intégrité physique des individus et de la privation de sortie et de mouvement.

Guillaume Zambrano est maître de conférences en droit privé à l’université de Nîmes. Face à la loi imposant le passe sanitaire, il a lancé une requête collective auprès de la Cour européenne des droits de l’homme.

 
 



Reporterre : En quoi le passe sanitaire porte-t-il atteinte aux droits fondamentaux ?

Guillaume Zambrano : Être exclu des transports publics, hôpitaux, cafés, restaurants, bibliothèques, associations sportives et culturelles et autres lieux de réunion est une privation de liberté extrêmement lourde : c’est une privation du droit de réunion, de la liberté d’aller et de venir, une véritable exclusion de la vie sociale. Le plus grave est qu’il s’agit d’une sanction extrajudiciaire. Depuis le XVIIᵉ siècle et le Bill of Rights anglais destiné à limiter l’arbitraire des souverains, notre tradition juridique est fondée sur le principe de l’habeas corpus : toute personne privée de liberté a le droit de passer devant un juge. De fait, quand une personne est assignée à résidence ou condamnée à porter un bracelet électronique, la mesure doit être approuvée par le juge des libertés et de la détention. Quand on condamne des personnes pour des dommages sociaux comme le vol, la fraude fiscale, les coups et blessures, elles ont eu droit à un procès. Et généralement, le but visé est la réinsertion sociale : même pour des délits graves, il y a du sursis, des aménagements de peine. Mais avec le passe sanitaire, toute une catégorie de personnes reçoivent une sanction pénale maximale sans qu’il y ait eu de jugement, sans même avoir pu se défendre.

Qu’est-ce qui justifie cette sanction ? Le fait de ne pas pouvoir (ou ne pas vouloir) présenter un QR code à l’entrée des lieux publics, de ne pas être vacciné ou testé. Ce qui est reproché aux gens, c’est d’être potentiellement contagieux. C’est d’autant plus grave qu’il est très rare en droit que l’on soit condamné pour une infraction par omission. La règle est d’être condamné pour avoir fait quelque chose, et non pour ne pas avoir fait quelque chose. Il existe le délit de non-assistance à personne en danger (article 223-6 du Code pénal), mais ses conditions sont très restrictives et les condamnations rares. Il existe aussi une jurisprudence pour des personnes ayant contaminé d’autres personnes avec le Sida en connaissance de cause, mais les juges ont retenu l’aspect intentionnel : non seulement elles se savaient malades et n’ont pas pris de précautions, mais elles ont déclaré vouloir contaminer d’autres personnes, c’est ce qui a motivé la condamnation [1].

« Ce ne sont plus les juges mais la population elle-même qui applique la sanction. »



Le passe sanitaire — sanction extrajudiciaire selon vous — représente-t-il un basculement ?

Le passe sanitaire sort du cadre ordinaire du droit pénal. Il donne lieu à des sanctions sociales inédites qui sont un mélange de privation de liberté, de stigmatisation et d’incitation à l’humiliation publique. C’est un moyen extrajudiciaire de désactiver socialement les gens, de les débrancher, en quelque sorte. Et ce ne sont plus les juges, mais la population elle-même — les cafetiers, les bibliothécaires, les gardiens de musée ou les employés des hôpitaux — qui applique la sanction. Cela indique que le gouvernement est passé dans une logique de répression massive : comme il ne peut pas mettre un juge derrière chaque citoyen, il se repose sur la population et sur des moyens automatisés pour le faire. C’est une révolution anti-libérale. La seule comparaison possible est celle du crédit social en Chine, une forme de rééducation à la carotte et au bâton : je t’interdis de prendre le train, d’accéder à tel emploi, d’aller au cinéma…



La pandémie de Covid-19 ne justifie-t-elle pas de déroger au droit de manière exceptionnelle ?

Depuis deux siècles, la France a érigé la liberté en tant que principe fondamental, naturel, inaliénable : les restrictions sont des exceptions qui doivent être strictement justifiées et proportionnelles. Dans le cadre d’un raisonnement sur la proportionnalité, les mesures portant atteinte aux libertés fondamentales doivent remplir trois conditions. D’abord, le test d’« aptitude » : la mesure est-elle apte à atteindre l’objectif affiché ? Le passe sanitaire et l’obligation vaccinale peuvent-ils lutter efficacement contre l’épidémie ? On peut en discuter, puisque les vaccins n’empêchent pas forcément la contagion. Ensuite, le test de « nécessité » : y aura-t-il un très grand nombre de morts si le gouvernement ne met pas en place cette mesure ? Vraisemblablement non, ce n’est pas le cas dans les pays qui n’ont pas recours au passe sanitaire comme la Suède ou l’Angleterre. Enfin, le test de « substitution » : existe-t-il des mesures alternatives et moins restrictives qui permettraient de lutter contre les effets de l’épidémie ? Oui : le gouvernement pourrait ouvrir des lits de réanimation, créer des hôpitaux de campagne, vacciner les personnes les plus à risque et les personnes volontaires, et tester fréquemment les soignants, ce qui serait dans ce cas plus efficace que l’obligation vaccinale. Le passe sanitaire et l’obligation vaccinale sont donc des mesures disproportionnées et excessives par rapport à la nature du danger et à leur capacité à y répondre.



L’obligation vaccinale des soignants, ou la quasi-obligation vaccinale imposée par le passe sanitaire, sont-elles contraires au droit ?

Le plus fondamental des droits fondamentaux est le respect de la dignité humaine dont le consentement libre et éclairé à l’acte médical est une manifestation. En principe, les atteintes à l’intégrité du corps humain ne sont jamais permises, sauf dans des circonstances particulières et si et seulement si elles sont justifiées par un intérêt médical pour vous [2]. En avril dernier, les juges européens ont rendu un arrêt justifiant la vaccination obligatoire des enfants contre le tétanos (arrêt Vavřička, 8/04/21) : on note que d’une part, la balance bénéfice/risque est positive pour les enfants, car le tétanos est dangereux pour eux, et que d’autre part, l’ancienneté des vaccins permet de connaître leur efficacité et la nature des risques à long terme. Dans le cas des vaccins contre le Sars-Cov2, c’est différent : non seulement leur intérêt médical pour les enfants et les adolescents fait débat [3], mais le fait qu’ils soient basés sur une technologie nouvelle ne permet raisonnablement pas d’en connaître les risques à long terme.

« Ce qui risque de se normaliser n’est plus seulement l’atteinte à la vie privée, mais l’atteinte à l’intégrité physique des individus. »

Ne risque-t-on pas de voir ces mesures d’exception se normaliser ?

Le risque est d’autant plus grand que la menace épidémique n’est pas de nature provisoire. Nous allons devoir vivre avec ce virus, ou avec d’autres virus. Si on est face à un risque permanent, alors il faut mettre en place des mesures permanentes, et celles-ci doivent bien sûr être compatibles avec les libertés. On peut constater que les mesures antiterroristes temporaires ont été dévoyées pour s’installer de manière permanente dans notre droit. Avec l’opération Sentinelle, le fait d’utiliser l’armée pour exercer des pouvoirs de police sur le peuple s’est normalisé. La surveillance de la population aussi : dans les années 1980, les écoutes de l’Élysée ont fait scandale ; en 2020, l’État peut écouter n’importe qui. Les mesures antiterroristes ont donc progressivement fait disparaître du droit la protection de la vie privée. Si on transpose cette situation aux mesures d’exception sanitaires, les conséquences sont vertigineuses : ce qui risque de se normaliser, ce n’est plus seulement l’atteinte à la vie privée, mais l’atteinte à l’intégrité physique des individus, la privation de sortie et de mouvement.



Quels espoirs placez-vous dans la requête que vous portez auprès de la Cour européenne des droits de l’homme ?

Il faut rappeler une chose élémentaire : les droits de l’homme sont au-dessus des lois. C’est la raison d’être de ces textes. Si les droits fondamentaux ont été inscrits dans les juridictions internationales et les constitutions, c’est précisément pour éviter que les gouvernements n’adoptent des lois contraires aux libertés et ne fassent basculer un pays dans la dictature. Il est donc nécessaire (quoique pas forcément suffisant) d’en appeler à la Cour européenne des droits de l’homme dans la situation actuelle. En pratique, le but est d’éviter que l’obligation du passe sanitaire ne soit prolongée au-delà du 15 novembre 2021 par l’adoption d’une nouvelle loi. La Cour est légalement obligée de traiter toutes les requêtes, or ses moyens sont limités. Si elle est saisie par des dizaines de milliers de personnes, elle sera contrainte d’écouter nos arguments, pour éviter d’être complètement paralysée administrativement. En 2020, la CEDH a reçu un total de 40 000 requêtes de toutes natures. C’est ce chiffre qu’il faut dépasser. Nous sommes déjà à plus de 20 000. Toute personne de plus de 12 ans peut attaquer gratuitement et sans risques la loi sur le passe sanitaire.

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