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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 12:20
Nice : des policiers déférés
devant le parquet pour
agression et séquestration
Publié le 13/04/2022 à 17h18 Mis à jour le 13/04/2022 à 17h27
Écrit par Margaux Delaunay
 

Après la plainte d'un homme de 21 ans, mis à tabac par les forces de l'ordre, trois policiers sont déférés devant le parquet de Nice ce mercredi 13 avril.

Une information judiciaire est ouverte ce mercredi 13 avril, concernant trois policiers municipaux de Nice, nous confirme le Procureur. Les chefs d'accusation sont les suivants : séquestration ou enlèvement pour faciliter un crime, violences aggravées par trois circonstances, suivie d’une interruption temporaire de travail supérieure à 8 jours.

Pour un des policiers, s'ajoute à cela : menace de crime ou acte d'intimidation, pour inciter une victime à ne pas porter plainte, ou à se rétracter sont visés.

Que s'est-il passé ? 

Un Niçois de 21 ans a accusé des policiers municipaux de l'avoir "enlevé" et "séquestré". Les agents ont été interpellés le 11 avril en début de soirée, et placés en garde à vue. 

Les faits se sont déroulés dans la nuit de dimanche à lundi. La victime aurait décidé de taguer avec une seconde personne, une voiture de police. Une patrouille de policiers municipaux les interpelle, mais son complice a pu prendre la fuite.

Selon la victime, il aurait alors été installé dans le véhicule, puis emmené dans le quartier du Vinaigrier, où il aurait été agressé. 

Le jeune homme aurait alors été menacé de "mort et de viol", puis frappé violemment par l'un des agents. Des coups auraient été portés au visage, avec des gants équipés de "renforcement".

Transféré à l'hôpital, le jeune homme présentait des bleus, des ecchymoses, et avait le visage ensanglanté.

Les images de vidéosurveillance confirment qu'il a bien été conduit sur les lieux de l'agression.

Les politiques ont réagi à cette affaire 

Comme Juliette Chesnel-Le Roux, conseillère municipale de la ville de Nice, et présidente des élus écologistes de la Métropole, "il faut ouvrir une enquête, c'est ignoble", écrit-elle .

Le maire de Nice, Christian Estrosi, s'est prononcé mardi, et il compte bien ne pas créer d'amalgame entre les suspects et leurs collègues. "Je ne laisserai pas l’image d’une police municipale forte de 550 policiers, dont l’attitude a toujours été irréprochable, être ternie par des comportements individuels inqualifiables", a t-il affirmé. Avant d'ajouter :

"Des sanctions sans faiblesse seront prises, en fonction des éléments de l’enquête."

Christian Estrosi, maire de Nice

Jusqu'à 10 ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende 

La peine encourue pour les trois agents est de 10 ans d'emprisonnement et 150.000 euros d'amende. Le parquet a requis un mandat de dépôt contre le policier visé par les quatre infractions. Des réquisitions de contrôle judiciaire ont été prises pour les deux autres avec notamment l’ interdiction d'exercer la profession de policier municipal. L'enquête va donc se poursuivre sous l'autorité d'un juge d'instruction.

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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 06:00
 
 
 
Aulnay-sous-Bois : de violents
affrontements ont embrasé
le quartier de la Rose-des-Vents

Dans ce face à face très tendu entre des groupes de jeunes et les forces de l’ordre, vendredi soir, la police a utilisé de nombreuses munitions de défense. Alors que l’intervention a choqué une partie des habitants, le syndicat de police Unité SGP dénonce, de son côté, un manque de moyens sur ce secteur.

Par Julien Constant et Hélène Haus 
Le 17 avril 2022 à 18h40, modifié le 18 avril 2022 à 07h13

Les échauffourées auraient pu très mal tourner. Dans la soirée du vendredi 15 avril et durant une partie de la nuit, de violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre à des groupes de jeunes encapuchonnés dans la cité de la Rose-des-vents à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), durant lesquels la police a utilisé un nombre impressionnant de munitions de défense. 109 tirs de lanceur de balles de défense et 106 jets de grenades incapacitantes ont été employés, indique une source policière.

Il est environ 18h45, rue Edgar-Degas, quand un équipage prend en chasse le conducteur d’un scooter ayant refusé de se soumettre à un contrôle, relate une source policière. Ce dernier se réfugie alors au cœur de la cité des 3 000 et tente de se cacher au milieu d’un groupe d’enfants. À peine sortis de la voiture, les policiers rapportent avoir été pris à partie par des petits groupes leur jetant des pierres. Une dizaine de voitures sont alors appelées en renfort. Les affrontements durent environ une heure et demie.

Trois CRS légèrement blessés

À 20h15, le calme revient dans le secteur. Et deux heures et demie plus tard, la tension remonte. Des CRS envoyés en renfort sont ciblés par des tirs de mortiers de feux d’artifice et ripostent. Puis un pavé sera jeté sur les policiers. Au total, trois CRS sont légèrement blessés et deux suspects interpellés.

Sur les réseaux sociaux, ce week-end, de nombreux habitants ont fait part de leur incompréhension face à l’arsenal déployé par les forces de l’ordre. Car à l’heure des premières échauffourées, de nombreuses familles étaient encore dehors. « On tenait un stand au village ramadan, et on a entendu que ça se chauffait depuis un moment, mais ça avait commencé beaucoup plus haut dans le quartier. On entendait des coups de flash-ball », décrit une mère de famille, qui s’est finalement retrouvée au cœur de l’intervention.

« On n’a pas compris »

« La police n’a pas trouvé mieux que d’attendre d’être à l’endroit où il y avait le plus de monde pour gazer alors qu’on n’avait rien à voir. On n’a pas compris ce qu’il se passait, elle n’était pas en train d’être attaquée à ce moment-là », déplore-t-elle, affirmant que sa fille d’un an et sa nièce de 8 ans ont été indisposées par le gaz lacrymogène inhalé.

Contactés, ni le maire d’Aulnay-sous-Bois, Bruno Beschizza (LR), ni son adjointe à la sécurité n’étaient disponibles ce dimanche pour commenter les événements.
De son côté, le syndicat Unité SGP police dénonce ce dimanche un manque de moyens pour intervenir sur le terrain. « Les charges étaient si violentes que les collègues ont été forcés de se replier car à un moment, ils se sont retrouvés à court de munitions », déplore Erwan Guermeur, délégué unité SGP 93. « La nuit sur Aulnay et Sevran, seules une patrouille et une voiture de la brigade anticriminalité circulent », ajoute-t-il, affirmant qu’en douze ans la Seine-Saint-Denis a perdu près de 400 policiers sur la voie publique.
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17 avril 2022 7 17 /04 /avril /2022 11:56
 
 

 

Le 12/04/2022 à 20:33, DAL - Secrétariat Fédé a écrit :
 

Droit au Logement
Fédération Droit Au logement – 29 Avenue Ledru-Rollin 75012 Paris
tél : 01 40 27 92 98 • fax 01 42 97 40 18  • <http://www.droitaulogement.org/>

 COMMUNIQUE
 
Paris le 12 avril 2022 

 

 

Interpellation musclée de Jean-Baptiste Eyraud, porte parole du DAL et répression violente contre les familles « Oubliées du DALO »


Aujourd'hui, mardi 12 avril 2022, les familles « Oubliées du DALO » ont manifesté devant le ministère du Logement. Alors qu'elles rejoignaient la chaussée comme prévu dans la déclaration de manifestation déposée en Préfecture, les forces de l'ordre sont intervenues brutalement. Elles ont violemment plaqué au sol Jean-Baptiste Eyraud, tout en gazant les familles qui ont ensuite été nassées plus d'une heure. Le porte parole du DAL a été emmené au commissariat d'Invalides où on lui a signifié sa garde à vue pour « rébellion ». Suite à l'intervention, plusieurs des manifestant-e-s sont blessés.

Cette arrestation violente lors d'une manifestation pacifique de femmes, d'hommes et d'enfants est une nouvelle attaque contre les mal logés et leurs soutiens. Les familles « Oublié-e-s du DALO » se relaient nuit et jour depuis plus d'un mois place de la Bastille pour demander l'application de la loi DALO, leur relogement ! Le ministère du Logement reste sourd à leur demande et ne répond que par la violence !

Nous dénonçons la répression et les violences qui touchent le DAL, son porte-parole Jean-Baptiste Eyraud et les familles mal-logé-e-s, sans logis, menacées d'expulsion,

Nous demandons la libération immédiate de Jean-Baptiste Eyraud ainsi que l'arrêt de toute poursuites à son encontre

Nous demandons le relogement des 220 familles « Oubliées du DALO » de la place Bastille.

Nous demandons l'application des lois DALO, de réquisition et d'hébergement inconditionnel des sans abris.

https://www.droitaulogement.org/2022/04/interpellation-musclee-jb-eyraud-et-repression-familles/

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 11:30

 

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 11:21
 
 
https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/tir-policier-mortel-a-sevran-lhomme-abattu-etait-une-figure-emblematique-du-quartier-des-beaudottes-30-03-2022-PJGSS6VQXRGVPJLCOZ64RL63VU.php?ts=1648724297612
Jean-Paul Benjamin, dit "JP", est décédé samedi dernier. Il a été abattu par un policier entre Sevran et Aulnay-sous-Bois, alors qu'il se trouvait au volant d'une fourgonnette signalée volée. DR
Jean-Paul Benjamin, dit "JP", est décédé samedi dernier. Il a été abattu par un policier entre Sevran et Aulnay-sous-Bois, alors qu'il se trouvait au volant d'une fourgonnette signalée volée. DR
 
 
Par Nathalie Revenu 
Le 30 mars 2022 à 12h48, modifié le 31 mars 2022 à 06h54

Ce samedi 26 mars, la police abattait un homme au volant d’une fourgonnette signalée comme étant volée entre Aulnay-sous-Bois et Sevran (Seine-Saint-Denis). La balle, entrée au niveau de l’omoplate, a été fatale au conducteur. Le véhicule en fuite a fini par s’immobiliser un kilomètre plus loin, allée de La Pérouse, dans le quartier des Beaudottes. Depuis ce drame, les violences urbaines se succèdent au fil des nuits dans le secteur.

Ici, tout le monde appelait la victime « JP ». Un surnom plus connu que son nom complet, Jean-Paul Benjamin. C’était « un grand black » de 33 ans. Il était père de deux jeunes enfants. « Comme tout jeune de la cité, il faisait son match de foot le dimanche, se souvient un ami d’enfance. Il mettait de la bonne humeur. »

Le trentenaire était à la tête d’une entreprise de livraison. « Il avait une quinzaine de camions. Faute d’emplacement, il les garait un peu partout dans le quartier », en sourit encore ce proche. L’empreinte de l’autoentrepreneur était partout. « C’était une figure emblématique qui était très, très appréciée », souligne Sébastien Bastaraud, adjoint au maire de Sevran. À voir le visage décomposé d’Idris dans la commune voisine d’Aulnay, sa popularité rayonnait au-delà des Beaudottes. Les deux villes sont aujourd’hui plongées « dans une tristesse énorme ».

« Il a fait des bêtises dans sa jeunesse mais c’est pas un voyou »

Samedi 26 mars, peu avant midi, quand le trentenaire est tué au volant de la fourgonnette, la nouvelle se répand à tous les étages. « On était tous en état de choc, témoigne un habitant, de deux ans son aîné. On savait qu’il était à l’hôpital. On s’est dit : Il s’est mangé une balle mais il va se relever ! C’est Jean-Paul, c’est pas un foufou. De là à s’imaginer qu’il ne survivrait pas… » Ce proche ne tient pas à s’afficher pour ne pas froisser la famille. Une famille dévastée. Pour elle, « JP était le pilier », poursuit-il.

Il enrage de voir son ami dépeint comme « une racaille » : « Il a fait des bêtises dans sa jeunesse mais c’est pas un voyou. » Une source policière confirme : « Il s’agissait de faits anciens. Il s’était rangé. » Il a été dénombré jusqu’à « 34 mentions (une mention n’entraîne pas forcément une condamnation) entre 2003 et 2015 pour des outrages, des vols aggravés ou non ». Puis plus rien à l’approche de la trentaine.

Une embrouille avec un client serait à l’origine du drame

« Il avait rebondi, explique l’ami d’enfance des Beaudottes. Il avait créé il y a quelques années sa propre entreprise de livraison. Il s’était bien développé. » Pendant la pandémie de Covid, il avait travaillé « comme un acharné » pour approvisionner les foyers confinés. Il mettait ses fourgons à la disposition des habitants. « Il faisait des déménagements gracieux, se remémore son copain. Et quand on allait acheter un meuble chez Ikea, on appelait JP. »

Une marche blanche sera organisée ce samedi

Ce samedi-là, Jean-Paul était allé réclamer son argent. Sans succès. En pétard, il aurait dit à son débiteur « Je te prends un camion » et, d’autorité, serait monté à bord d’un véhicule de l’entrepreneur. Ce dernier a immédiatement déposé plainte au commissariat.

Peu après, la brigade anticriminalité de Sevran repère ce véhicule signalé volé arrêté à un feu rouge rue Suzanne-Lenglen, à Aulnay. Comme l’indique le parquet de Bobigny, « un policier se porte à la hauteur de la vitre du conducteur et, dans des circonstances qui restent à déterminer, a fait usage de son arme — un seul coup de feu — au moment où la camionnette redémarrait brusquement ». « Il a pu paniquer », imagine son ami.

L’enquête sur les circonstances du tir a été confiée à l’IGPN (Inspection générale de la police nationale). Le policier de 32 ans qui a fait usage de son arme n’a toujours pas pu être entendu. « Il est sous le coup d’un choc post-traumatique », indique Matthieu Vallet, porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police. Ce dernier renonce « à refaire le match en l’absence du témoignage » de l’agent et plaide pour son collègue : « Si on s’arrête aux injonctions de la police, il n’y a pas de problème. Si le policier a utilisé son arme, c’est qu’il a senti que sa vie était en danger. »

Après ça, les Beaudottes et d’autres quartiers alentour ont connu quatre nuits de violences. Les amis de « JP » appellent au calme et condamnent les violences. Une marche blanche se tiendra ce samedi.

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 11:15
 
 
dim. 27 mars à 14:44
 
 
 
A Sevran, le conducteur d’un véhicule
volé, tué par un policier,
des tensions éclatent
Le trentenaire a été tué par un policier de la BAC à un feu rouge. Le maire de cette ville de Seine-Saint-Denis a appelé au calme. L’inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de l’enquête.

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à 11h35, mis à jour à 11h5

Un trentenaire qui conduisait une camionnette volée est mort, samedi 26 mars, après avoir été touché par le tir d’un policier qui tentait de l’interpeller à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a appris l’Agence France-Presse auprès du parquet de Bobigny. Les circonstances du drame restent à déterminer, selon la même source.

Transportée à l’hôpital dans un état critique à la mi-journée, la victime née en 1988 est morte à la suite de ses blessures, a précisé le parquet.

 

Les faits se sont déroulés à la jonction de deux villes voisines du département, Aulnay-sous-Bois et Sevran.

Averti vers 12 h 30 du vol d’une camionnette, un équipage de la brigade anticriminalité (BAC) repère rapidement le véhicule et cherche à le contrôler à un feu rouge, a retracé le parquet.

Pour des raisons qui demeurent floues à ce stade, l’un des fonctionnaires a utilisé son arme de service une fois, « d’une balle qui a touché le conducteur » du véhicule dérobé, a détaillé la source.

L’automobiliste a malgré tout continué son trajet sur « quelques centaines de mètres », avant de terminer sa course en percutant des voitures en stationnement, dans une allée du quartier des Beaudottes, à Sevran, a-t-elle poursuivi.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a été saisie de l’enquête.

Le quartier « sous le choc »

Le policier, hospitalisé en état de choc, n’a pas pu être entendu samedi. Les auditions de ses collègues étaient en cours.

Des tensions ont eu lieu à Sevran à la suite du drame. Des forces de l’ordre ont été envoyées en renfort et resteront mobilisées pour la nuit, selon une source policière.

« Le préfet m’a assuré que tout sera fait pour déterminer les circonstances exactes de ce drame » qui a touché un Sevranais « père de famille » et plongé les habitants de son quartier « sous le choc », a déclaré dans un communiqué Stéphane Blanchet, le maire de Sevran. « Dans l’attente et pour la sécurité de tous, il est essentiel que nous gardions notre calme », a-t-il exhorté.

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1 avril 2022 5 01 /04 /avril /2022 11:07
 
 
mar. 22 mars à 13:06
 
 
https://reporterre.net/La-police-a-espionne-les-opposants-aux-megabassines?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

Des dispositifs de surveillance ont été découverts près du lieu habituel de réunion des opposants aux mégabassines, dans les Deux-Sèvres. Les appareils ont été installés par la police.

Une caméra, un routeur et des batteries lithium, le tout dissimulé sous des filets de camouflage. C’est l’attirail qu’a découvert, jeudi 17 mars, Julien Le Guet, porte-parole du collectif Bassines non merci (BNM). Le dispositif de surveillance était orienté vers le domicile de son père, Christian Le Guet, qui accueille régulièrement les réunions des opposants aux mégaretenues d’eau dans le marais poitevin. Ce dernier a déposé plainte contre X, mardi 22 mars, pour « surveillance illégale ». « Nous avons été espionnés, tempête son fils, joint par Reporterre au téléphone. Ça pose la question de la liberté d’expression, de la liberté de se réunir et de s’organiser. »

Un « dispositif militaire » installé par la police nationale, a finalement admis la préfecture des Deux-Sèvres lundi 21 mars, « afin de préparer la sécurisation de la manifestation des 25, 26 et 27 mars prochains », a-t-elle indiqué dans un communiqué adressé au journal Le Courrier de l’ouest. En fin de semaine, le collectif Bassines non merci organise un rassemblement festif et militant, le Printemps maraîchin.

Mais « pourquoi fliquer ainsi des militants pacifistes » s’interroge Frédéric Amiel, des Amis de la Terre, soutien du collectif poitevin. À demi-mot, les autorités expliquent craindre de nouveaux sabotages de bassines, après les démantèlements et débâchages menés en novembre et en mars par des opposants aux retenues d’eau — sans que le rôle de Bassines non merci dans ces actions n’ait été prouvé. « Ce dispositif par ailleurs posé dans le strict respect du cadre légal a été rendu nécessaire par l’implication du collectif BNM dans l’organisation de manifestations ayant entraîné de graves troubles à l’ordre public ces derniers mois dans le département des Deux-Sèvres et dans les départements voisins », a ainsi indiqué la préfecture.

Le collectif BNM a dénoncé un « Water Gate » et des « méthodes de barbouze » et a appelé à un rassemblement de soutien à Christian Le Guet, mardi 22 mars à 17 h 30 devant la préfecture de Niort « pour protéger notre liberté d’expression, notre liberté d’opinion, notre liberté à manifester, notre liberté de circulation, le respect de nos vies privées, fussent elles militantes ».

 

Dans un communiqué de soutien au collectif deux-sévrien, le mouvement des Soulèvements de la Terre fait directement le lien avec Démeter, la cellule de gendarmerie mise en place afin de surveiller les opposants à l’agriculture productiviste. Il rappelle également que la nouvelle préfète des Deux-Sèvres, Emmanuelle Dubée, est une proche de Gérald Darmanin : elle était jusqu’au mois dernier directrice adjointe du cabinet du ministre de l’Intérieur. « Cela s’inscrit dans cette tendance dramatique, très renforcée sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, de criminalisation des mouvements associatifs », estime Frédéric Amiel, des Amis de la Terre, joint par Reporterre.

 

En 2020, des caméras de surveillance dissimulées avaient été découvertes par les habitants de la Zad du Carnet (Loire-Atlantique), en lutte contre un projet de zone industrielle sur une zone naturelle. Tous les indices semblaient montrer qu’elles avaient été posées par la gendarmerie.

Les tensions ne cessent de s’aiguiser entre les promoteurs d’une agriculture intensive et irriguée et celles et ceux qui défendent une transition agroécologique. Fin février, le porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat engagé contre les réserves d’eau des Deux-Sèvres, était agressé en marge du Salon de l’agriculture. Quelques semaines plus tôt, ce dernier avait été entendu par la gendarmerie, suite au démontage d’une bassine en novembre 2021. Le 15 janvier, pro et anti-bassines s’étaient retrouvés lors d’un face-à-face tendu, près de la réserve de Mauzé-sur-Mignon (Deux-Sèvres).

La découverte de la caméra de surveillance intervient donc quelques jours avant le Printemps maraîchin. Objectif de la manifestation : obtenir l’arrêt des travaux — la première des seize réserves prévues dans la Sèvre niortaise a été achevée à la fin de l’année dernière —, la mise en place d’un moratoire sur les projets de « mégabassines », et « remettre la question des usages de l’eau et des pratiques agricoles au cœur du débat public », d’après l’appel à participation. Les organisateurs espèrent donc une mobilisation d’ampleur : plusieurs dizaines d’organisations ont signé l’appel à manifester, et des bus sont affrétés depuis différentes villes de France. « Il est en train de se passer quelque chose d’important dans les Deux-Sèvres, insiste Frédéric Amiel. L’accès équitable à l’eau est essentielle pour construire un monde apaisé ; on ne peut pas laisser quelques-uns s’accaparer la ressource, sinon, on va droit vers une guerre de l’eau. » Les Amis de la terre seront ainsi présents cette fin de semaine, aux côtés des autres organisations membre du collectif Plus Jamais ça.

Mais l’État pourrait bien jouer les trouble-fête : « On est engagé dans un bras de fer avec la préfecture des Deux-Sèvres, qui va tout faire pour que le rassemblement n’ait pas lieu, craint Julien Le Guet, qui rappelle que les précédents rassemblements n’avaient pas été autorisés par les pouvoirs publics. On s’attend à un important dispositif de la gendarmerie, mais également à une contre-manifestation des agriculteurs irriguants de la Coordination rurale. » Quid d’un éventuel sabotage de bassine, que semblent craindre les autorités ? « En novembre, si on s’est retrouvé à proximité de la bassine de Cramchaban, et que celle-ci a été démantelée, c’est bien parce que la préfecture avait interdit le tracé initial de notre marche, et que les gendarmes nous ont arrosé de lacrymos, se défend M. Le Guet. La violence commence toujours du côté de l’État. »

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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 08:35
 
 
 
 
«C’est un peu le George Floyd français» :
Claude Jean-Pierre, mort en Guadeloupe
après un contrôle routier

Le Guadeloupéen de 67 ans a perdu la vie en décembre 2020 après un contrôle de gendarmerie sur le bord d’une route de Deshaies, en Basse-Terre. Sa fille et son beau-fils manifesteront ce samedi à Paris « contre le racisme, les violences policières et pénitentiaires ».

Claude Jean-Pierre est décédé en Guadeloupe après une interpellation musclée. DR
Claude Jean-Pierre est décédé en Guadeloupe après une interpellation musclée. DR
 
Par Zoé Lauwereys 
Le 19 mars 2022 à 07h24

Il gît sur l’asphalte, en plein soleil, sur le bord d’une route. Les deux agents des forces de l’ordre tentent de le déplacer. Mais son corps est inerte, comme une poupée de chiffon. Claude Jean-Pierre, 67 ans, est dorénavant tétraplégique. Et il décédera 12 jours plus tard, au CHU de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe).

Cette scène s’est déroulée le 21 novembre 2020 à Deshaies, petit bourg de pêcheurs typique de l’île caribéenne, là où le jeune retraité a passé sa vie. Ses maisons en bois, ses plages paradisiaques. Et ses violences policières. C’est en tout cas ce que veulent faire reconnaître Fatia Alcabelard, la fille de Claude Jean-Pierre et son compagnon Christophe Sinnan, qui n’hésitent pas à parler d’une « affaire George Floyd à la française », en référence à cet Afro-Américain, dont les images de la mort violente lors d’une interpellation par des policiers ont fait le tour du monde.

Une information judiciaire a été ouverte contre X pour « homicide involontaire » et deux gendarmes ont été placés sous le statut de témoin assisté dans ce dossier qui suscite de nombreuses protestations en Guadeloupe. « On a des éléments vidéo que beaucoup de familles de victimes n’ont pas la chance d’avoir », assurent Fatia et Christophe, qui participeront ce samedi à 14 heures à Paris à une marche « contre le racisme, contre les violences policières et pénitentiaires ». Fatia nuance cependant : « Je ne pense pas que mon père ait été victime de violence raciste, mais je pense que s’il n’avait pas été noir, ça se serait passé autrement. »

Fatia Alcabelard et son compagnon Christophe Sinnan se battent pour que l'enquête sur la mort de leur père et beau-père avance. DR
Fatia Alcabelard et son compagnon Christophe Sinnan se battent pour que l'enquête sur la mort de leur père et beau-père avance. DR

« On est Guadeloupéens, on a l’habitude des injustices, renchérit Christophe Sinnan. Claude est un peu le George Floyd français, mais on ne veut pas le reconnaître. Malgré nous, on est devenus des militants. On pense à l’intérêt commun ».

Extrait brutalement de sa voiture

Ce 21 novembre 2020, Claude Jean-Pierre, surnommé « Klodo » par ses proches, boit quelques verres et revient des courses au volant de son fourgon gris. Il est 14 heures lorsque le sexagénaire est prié de se garer sur le bas-côté par une patrouille de deux gendarmes. Les images de vidéosurveillance montrent que cet ancien maçon ne paraît pas s’opposer au contrôle d’alcoolémie que les fonctionnaires lui imposent. Toujours assis au volant de sa voiture, il semble discuter avec les gendarmes, sa jambe gauche sortant nonchalamment de la voiture. Une autre patrouille de gendarmerie passe, sans s’arrêter, ce qui laisse penser aux proches du Guadeloupéen que le contrôle se déroule normalement.

Mais tout d’un coup, Claude Jean-Pierre est violemment saisi par le bras et les gendarmes tentent de l’extirper de l’habitacle. « Klodo » est immense, il mesure 1,90 m et son corps semble se plier sous la contrainte des militaires. Ces derniers forcent et l’interpellé tombe sur la route. Inerte.

Quelques minutes plus tard, un gendarme tente de lui relever la tête, mais elle retombe sur le bitume. Claude Jean-Pierre est inconscient. Selon les images de vidéosurveillance, le sexagénaire est laissé là pendant quinze longues minutes. Tout juste une passante apporte un chapeau pour le protéger du soleil. L’un des deux gendarmes le maintiendra avec son pied sur la tête du blessé. On le saura plus tard, mais « Klodo » est devenu tétraplégique à ce moment-là. Aux secours, les gendarmes diront que le sexagénaire a été victime d’un malaise.

« Le mouvement d’hyperextension forcée de la tête contre le toit du véhicule (…) a été directement responsable d’une fracture luxation (des cervicales C4 et C5) entraînant une lésion médullaire avec tétraplégie », écrit un médecin dans une contre-expertise rendue en novembre 2021 et que nous avons consultée. Toujours selon l’expert, « l’espace disponible au niveau de la portière était relativement réduit pour les manœuvres d’extraction du véhicule ».

Le 21 novembre 2020, Claude Jean-Pierre se gare sur le bas-côté à Deshaies. DR
Le 21 novembre 2020, Claude Jean-Pierre se gare sur le bas-côté à Deshaies. DR

Dans un premier temps, le procureur de la République, Xavier Sicot explique que c’est la « conduite hésitante » de « Klodo » qui a déclenché le contrôle des gendarmes. « L’homme était manifestement alcoolisé et cela s’est vérifié par les examens réalisés », ajoute le magistrat, pour qui il n’y a « rien d’irrégulier » dans cette opération. Pendant ce temps, Claude Jean-Pierre est opéré en urgence au CHU de Pointe-à-Pitre. Mais « l’hyperactif » que décrit Fatia Alcabelard, sa fille unique, ne reprendra jamais connaissance. Il décède le 3 décembre. Sa fille dépose plainte et une information judiciaire contre X pour « homicide volontaire » est ouverte le 10 décembre.

Les proches mettent plusieurs semaines à obtenir les images de vidéosurveillance qui les bouleversent, eux qui assurent avoir « toute confiance en la justice ». « Ils lui brisent le cou, lui posent un pied sur la tête, ne l’aident pas, ne lui prodiguent pas les premiers secours », décrit Christophe Sinnan. Fatia, elle, refuse de voir le film et préfère « garder une image joviale » de son père. « Ce qui nous fâche, c’est qu’ils ne lui ont laissé aucune chance. Il n’y avait pas de danger de fuite imminent, la clé était retirée du contact. »

Mais depuis, plus rien. Ou presque. Des manifestations réclamant « Justice pour Klodo » sont organisées dans toute l’île des Antilles et même en métropole. Confrontée à la lenteur de la justice, la famille de Claude Jean-Pierre se rassure un peu avec les préconisations de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), recommandant notamment l’audition du médecin du Smur qui a pris en charge Claude Jean-Pierre.

Les gendarmes auditionnés quatre heures

En tout et pour tout, notent Fatia Alcabelard et Christophe Sinnan, les deux gendarmes mis en cause ont été auditionnés quatre heures, n’ont pas été démis de leurs fonctions et placés au printemps dernier sous le statut de témoin assisté, un régime moins incriminant que la mise en examen fondée sur l’existence d’indices graves ou concordants.

« Ce que l’on veut, c’est la mise en examen des deux gendarmes, explique justement Me Maritza Bernier, porte-parole du collectif d’avocats qui représente les intérêts des proches de Claude Jean-Pierre. On se dirige vers de nouveaux actes d’enquête pour questionner certains événements et notamment la nécessité de l’extraction de la voiture. Egalement si le protocole a été respecté et si ces gendarmes ont bien apprécié la situation. Ces éléments sont de nature à justifier une mise en examen et pas seulement un statut de témoin assisté », estime l’avocate. Sollicité, le parquet n’a pas donné suite.

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11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 14:37
Main arrachée : le CRS auteur du tir
de GLI-F4 est mis en examen
Au cours de l’acte 2 des « gilets jaunes », le 24 novembre 2018 à Paris, Gabriel Pontonnier a eu la main mutilée par une grenade explosive, GLI-F4. Le CRS auteur du tir a été mis en examen pour blessures involontaires, commises en violation du cadre légal. Ce policier est visé par une autre enquête judiciaire pour avoir blessé, le même jour, un autre manifestant. Pour autant, la direction générale de la police nationale n’a pris aucune mesure contre lui.

Pascale Pascariello 11 mars 2022 à 12h13

Le 24 novembre 2018, aux alentours de 18 heures, en bas des Champs-Élysées, à Paris, alors que les « conditions de visibilité ne sont pas suffisantes », selon ses propres déclarations auprès des enquêteurs, le major Jacky D. de la CRS 7 décide de lancer une grenade explosive, GLI-F4, en direction de manifestant·es qui ne représentent alors aucun danger. Gabriel Pontonnier, 21 ans, a la main mutilée par cette grenade, tandis que son frère Florent et son cousin Marvin sont blessés par plusieurs éclats. Apprenti chaudronnier, Gabriel Pontonnier a dû subir vingt et une opérations, dont onze à la main, amputée de trois doigts. 

L’ensemble des investigations conduites depuis deux ans dans le cadre de l’instruction accablent le major Jacky D., mis en examen, le 10 février, pour « blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail (ITT) supérieure à trois mois ». Tout cela en violation manifestement délibérée des préconisations légales et réglementaires. En effet, les enregistrements vidéo et radio ainsi que les différentes auditions révèlent non seulement la disproportion du recours à une telle arme dite de « force intermédiaire » et depuis interdite, mais également les nombreuses entorses à la réglementation par l’auteur du tir, effectué malgré l’absence de visibilité et sans sommation.

Malgré les éléments recueillis par l’IGPN, la direction générale de la police nationale (DGPN) n’a pris aucune sanction contre le major qui continue d’exercer à ce jour. De sources policières, la CRS 7, dirigée par le commandant Bruno H., est tristement réputée. Un autre CRS de cette compagnie du Val-d’Oise est mis en examen pour avoir grièvement blessé à l’œil un manifestant en lançant une grenade sans aucune habilitation ni formation pour le faire.

Quant au major Jacky D., chargé au sein de la compagnie d’une quinzaine d’agents (une section), il est visé par une autre enquête, toujours en cours, pour avoir grièvement blessé, toujours le 24 novembre 2018, également avec une GLI-F4, un autre manifestant, Pierre. Ce cadre de 29 ans a eu de lourdes séquelles, notamment auditives. Et comme Gabriel Pontonnier, il ne représentait aucun danger lorsque le CRS a tiré une grenade explosive. Quelques semaines après, en décembre, Jacky D. a de nouveau blessé un autre manifestant, au pied, avec une GLI-F4. L’enquête a été classée sans suite, le parquet retenant la légitime défense. 

À ce jour, le major Jacky D. continue son « activité comme commandant et manageant des fonctionnaires CRS, ainsi qu’il l’explique lors de ses auditions. Il n’y a donc pas eu de difficulté professionnelle ».

Contactée par Mediapart, la direction générale de la police nationale n’a pas souhaité répondre à nos questions. 

"Les conditions de visibilité n’étaient pas suffisantes." Jacky D., le CRS auteur du tir de grenade
 
Comme nous l’avions relaté, en cette fin d’acte 2 des « gilets jaunes », Gabriel Pontonnier s’apprêtait, avec sa famille, à quitter la manifestation. Il se trouvait près d’un rond-point en bas des Champs-Élysées. Ainsi que le montrent des enregistrements, provenant des caméras de vidéosurveillance et du téléphone du frère de la victime, plusieurs manifestant·es se dispersaient, conformément aux consignes ; l’un d’eux levait même les mains en l’air, signalant sa non-violence à l’égard des forces de l’ordre. 

« Nous devions rentrer chez nous après une journée fatigante, a expliqué Gabriel aux policiers. Mon frère a commencé à filmer avec son téléphone et soudain quelqu’un a crié “attention !” »

Tétanisé par l’explosion, « je ne me souviens absolument pas de ce qui s’est passé. Je reprends mes esprits en voyant ma main déchiquetée. J’étais en état de choc, je sentais bizarrement à peine la douleur ».

Malgré les images qui attestent le calme des manifestant·es visé·es par le tir, le major Jacky D., auteur du tir, déclare au cours de ses auditions que « des violences et voies de fait étaient exercées contre [ses] hommes » et lui-même. Une barricade se formait sur sa droite avec des personnes lançant des projectiles vers sa section. Mais étant interdit de lancer une grenade explosive vers une source d’incendie, il la tire dans un sens opposé « pour faire reculer les manifestants »

Outre cette incohérence, l’audition du major dévoile les conditions dans lesquelles il a décidé de lancer cette grenade. Aucune sommation n’a été faite avant le tir, alors même que le Code de la sécurité intérieure rend obligatoires deux sommations avant l’usage de cette grenade. Le CRS prétexte qu’il s’agit d’un tir de « réaction », essuyant des tirs de projectiles et afin de « récupérer le terrain », circonstances qui exemptent les forces de l’ordre de procéder aux sommations d’usage. Or, là encore, les vidéos démentent ses dires.  

Par ailleurs, et alors qu’il précise lors de son audition que « les conditions de visibilité n’étaient pas suffisantes » et qu’il ne pouvait « viser avec exactitude un endroit précis », ces constatations ne l’empêchent pas néanmoins de lancer une grenade GLI-F4. 

"Balancez tout ce que vous pouvez." Ordre donné sur les ondes radio des CRS, le 24 novembre 2018

La suite de ses déclarations ainsi que la retranscription des échanges radio de la préfecture de police et des CRS, faite par l’IGPN, traduisent une extrême violence dans les ordres donnés par la hiérarchie. La salle de commandement avait ordonné à plusieurs compagnies de CRS dont celle de Jacky D., la CRS 7, de « venir impacter très fort les manifestants ». Et pour cela, en salle de commandement, le préfet de police de Paris de l’époque, Michel Delpuech, avait donné l’ordre oralement de faire usage des GLI-F4. 

Les bandes audio des échanges entre CRS soulèvent la question de la légalité des ordres donnés. Les stocks de grenades étant rapidement épuisés, les quatre sections de la CRS 7 demandent régulièrement à être ravitaillées. L’ordre est alors donné : « Balancez tout ce que vous pouvez. » À 16 h 18, le commandant Bruno H., à la tête de 70 agents, précise que « s’il n’y a plus rien, prenez les GLI et vous sortez les LBD ».

Puis une heure plus tard, c’est au tour du commandant du groupement opérationnel, Dominique Caffin, connu pour ses pratiques violentes, de donner l’ordre de « faire un mix entre les GLI et les MP7 » (grenades lacrymogènes).

C’est dans le chaos de cette extrême violence que Jacky D. lance, sans la moindre sommation et sans même l’annoncer sur les ondes, une grenade explosive en direction de manifestant·es. Quelques secondes plus tard, sur les échanges radio, le commandant Caffin cherche d’ailleurs l’auteur d’un tir de GLI. « Est-ce que certains de nos effectifs ont balancé une GLI sur le rond-point ? », est-il demandé aux 70 agents de la CRS 7.

La confusion est telle que certains prennent cette question pour un ordre et annoncent qu’ils se tiennent prêts pour lancer des grenades explosives. Rapidement, leur hiérarchie les interrompt : « Non, c’est une question. Il [le commandant du groupement opérationnel – ndlr] veut savoir si c’est nous qui avons lancé une GLI sur le rond-point. »

En retranscrivant ces échanges, les enquêteurs ont pris soin de signaler également le contexte sonore en arrière-fond et en particulier les « détonations » de grenades entendues sur les ondes. Dans ce cafouillage, la section du CRS Jackie D. répond qu’« y a pas de GLI d’utilisée pour l’instant ». Cela, alors même que le major vient de tirer. À 18 heures, l’ordre est donné de ne plus utiliser de grenades explosives. « Stop aux GLI », est-il lancé, alors que Gabriel Pontonnier vient d’avoir la main arrachée. 

Le CRS n’a rendu compte de son tir que six jours plus tard en omettant de signaler qu’il a blessé un manifestant.

Ignorant les conditions de l’utilisation de cette grenade qui a été lancée, le commissaire Ronan Peres, de la préfecture de police de Paris, et chargé des opérations sur le terrain, a néanmoins validé le tir après coup, sans même l’avoir vu. Le major Jacky D. a quant à lui attendu six jours avant de rendre compte par écrit de son tir dans le fichier de traitement relatif au suivi de l’usage des armes (TSUA). Un délai interpelant d’autant plus que le CRS ne fait aucune mention du manifestant grièvement blessé par son tir. En revanche, il précise les blessures de plusieurs policiers sans rapport avec l’usage de cette grenade.   

La liste des irrégularités de la part de la hiérarchie comme du major est inquiétante. Le cadre légal des tirs de grenades GLI-F4 est d’ailleurs longuement rappelé au major Jacky D. au cours de son audition. Selon la réglementation reprise dans une note du ministère de l’intérieur d’août 2017, l’usage des GLI par le fonctionnaire est subordonné à « un ordre de la hiérarchie » et « à la constitution d’un binôme (un superviseur avec un ou plusieurs lanceurs) ». Mais le major Jacky D. explique ne pas connaître ces obligations : « Toute au long de mes formations, et ce depuis 20 ans, jamais à aucun moment il n’a été question ou même évoqué la notion de superviseur pour employer le jet d’une grenade à main qu’elle soit même une GLI. » 

La réglementation qui encadre l’usage de ces armes dites de « force intermédiaire » semble totalement étrangère au CRS. Ainsi, une fois lancée, il n’a pas vérifié où cette grenade avait explosé ni si elle avait occasionné des blessures. « Parce que ce n’est pas un théâtre où on regarde patiemment ce qui va se passer », lance-t-il au magistrat avant de préciser : « Le jet, pour moi, est bien effectué. »

À l’issue de ces deux ans d’enquête, le juge d’instruction a donc eu une tout autre lecture des violences commises et des éléments recueillis par l’IGPN que celle du parquet de Paris qui avait décidé, en décembre 2019, de classer  sans suite, estimant que les investigations n’avaient « pas permis d’étayer les faits de violences illégitimes et de mise en danger de la vie d’autrui ».

Cette mise en examen est, selon les avocats de Gabriel Pontonnier, William Bourdon et Vincent Brengarth, « d’une particulière rareté s’agissant d’un tir de grenade. Mais aussi parce qu’elle tranche avec une pratique trop structurelle de l’institution judiciaire qui entretient l’impunité des auteurs de violences policières, soit au prétexte que l’auteur du tir ne serait supposément pas identifiable soit parce ce que le tir serait nécessairement justifié par un contexte et ne serait donc pas disproportionné ».

Maître Emma Eliakim, également avocate du jeune homme, estime que « cette première victoire est extrêmement importante et permet à Gabriel Pontonnier d’être reconnu en tant que victime ». Mais ce n’est qu’une « première étape. Et on continue à se battre », précise-t-elle avant de rappeler que « cette décision renforce celle prise par la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions [CIVI] du tribunal judiciaire de Paris, le 24 juin 2021. »

En effet, la CIVI avait retenu la disproportion du tir de grenade et accordé 30 000 euros d’indemnisation provisoire à Gabriel Pontonnier, « au regard de la gravité de ses blessures ». Dans cette décision, sur la base de documents médicaux et de vidéos tournées lors de cette manifestation, la commission avait estimé que le tir de grenade n’avait été « ni nécessaire ni proportionné ». Elle avait constaté que « Gabriel Pontonnier n’exerçait pas de violence ou de voie de fait à l’encontre des forces de l’ordre avant les faits » et rappelé que le lancer « s’[était] déroulé dans des conditions de visibilité peu satisfaisantes puisqu’il avait été fait usage de plusieurs bombes lacrymogènes ». « Les faits présentent le caractère matériel d’une infraction », avait conclu la CIVI, excluant « la légitime défense » sans attendre l’issue de l’enquête pénale. Décision contre laquelle le Fonds de garantie des victimes a fait appel.

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16 février 2022 3 16 /02 /février /2022 18:28
 
Mort de Shaoyao Liu:
non-lieu définitif pour le policier auteur du tir
La Cour de cassation rejette ce mercredi un pourvoi de la famille du Chinois Shaoyao Liu, tué en 2017 à Paris par un agent lors d’une intervention à son domicile. La plus haute juridiction met en avant la légitime défense.
par LIBERATION et AFP
publié le 16 février 2022 à 14h57
(mis à jour il y a 38 min)

 

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