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7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 10:00
 
Rennes. Une femme de 22 ans
tuée par un tir d’arme à feu
lors d’une interpellation

Mercredi 7 septembre 2022, lors d’une interpellation, une femme âgée de 22 ans est morte après avoir été touchée par une balle d’arme à feu vers 1 h 30, sur la rocade de Rennes (Ille-et-Vilaine).

Ce mercredi matin, la police judiciaire ainsi que le procureur de la République, Philippe Astruc, sont sur place pour conduire des investigations.
Ouest-France
Samuel NOHRA et Sophie MARECHAL.
 
Mercredi 7 septembre 2022, vers 1 h 30, lors d’une interpellation opérée sur la rocade de Rennes (Ille-et-Vilaine), à la hauteur d’une sortie route Lorient, une femme âgée de 22 ans est morte après avoir été touchée au niveau du thorax par un tir d’arme à feu policier.

Passagère arrière d’une voiture

Cette jeune femme était passagère arrière d’une voiture au moment des faits. Un autre passager du véhicule a également été blessé au poignet.

 
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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 09:21
Des punaises dans la plaie
d’un détenu de Fresnes :
«On est bien loin de l’image  du karting»

Deux sud-américains étaient jugés ce lundi pour des vols dans des bijouteries, notamment d’une Rolex à 150 000 euros. L’un d’eux est arrivé à l’audience sur des béquilles car l’évier de sa cellule lui est tombé dessus il y a un mois et la plaie s’est infectée...

Par Nicolas Goinard 
Le 30 août 2022 à 12h55

Il y a les images de cette course de karting au milieu des bâtiments de la prison de Fresnes (Val-de-Marne) et des épreuves de Kohlantess s’inspirant du célèbre jeu télévisé Koh-Lanta. Il y a la polémique lancée sur les réseaux sociaux par quelques responsables politiques et syndicats de police. Fresnes serait, selon eux, le « club med ». Puis il y a cette réalité rappelée par Cristiàn, un Chilien de 48 ans jugé ce lundi par le tribunal correctionnel de Paris pour deux vols dans des bijouteries et une tentative de vol. Le quadragénaire peine à s’installer dans le box des prévenus, s’appuyant sur sa béquille et poussant un soupir lorsqu’il parvient enfin à s’asseoir sur le banc perturbant la plaidoirie d’une avocate dans une affaire.

L’état de sa jambe, il le doit à sa détention pendant deux mois à Fresnes où il a été incarcéré en attendant d’être jugé. Lorsqu’il prend la parole, la quadragénaire s’excuse pour ses erreurs auprès de « la République française ». Mais il lance aussi que Fresnes est « pire qu’un camp de concentration ».

« Une fois les karts rangés, les détenus repartent s’entasser dans les cellules »

Dans sa cellule, son évier s’est cassé et lui est tombé dessus. Vingt points de sutures sur la jambe et cinq sur le pied. Mais la plaie s’est infectée et des punaises s’y sont glissées. « Aujourd’hui, je ne peux plus bouger les orteils. Depuis un mois, je n’ai vu le médecin qu’une seule fois », dit-il. Son avocate plaide : « On est bien loin de l’image d’Épinal du karting. Ce qu’il a commis, il le paie extrêmement cher aujourd’hui. S’il reste en détention, ce monsieur va perdre sa jambe. »

Cette sombre réalité, Dominique Simonnot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) l’a rappelée dans plusieurs médias depuis la polémique Kohlantess : « Une fois le kart rangé, les détenus repartent s’entasser à trois dans des cellules où les cafards côtoient les puces de lit : voilà ce que c’est la prison.
 
 
 
«Des parloirs dans cet état, c’est impossible» :
après la polémique Kohlantess,
deux sénateurs visitent la prison de Fresnes

Prévu initialement avant l’été et la polémique autour du «Koh-Lanta des cités» et son épreuve de karting, le déplacement des deux parlementaires (PCF) Laurence Cohen et Pascal Savoldelli a duré quatre heures. Ils en sortent, entre autres attentes, avec l’espoir que l’état des parloirs, vétustes et insalubres, évolue rapidement.

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 09:15

https://www.rtl.fr/actu/justice-faits-divers/enquete-rtl-refus-d-obtemperer-comment-expliquer-la-hausse-des-tirs-mortels-de-policiers-7900180277

publié le 31/08/2022 à 07:45
Les tirs mortels de policiers suite à des refus d'obtempérer explosent : il y en a eu quatre fois plus en quelques mois. La dernière affaire remonte au mardi 30 août : un homme 23 ans a été abattu près de Tourcoing alors qu'il tentait d'échapper aux policiers, au volant d'une voiture volée. Après avoir décortiqué les chiffres du ministère de l'Intérieur, le résultat est sans appel.

Depuis le début de l'année 2022, huit personnes ont été tuées par des policiers après un refus d'obtempérer. En 2021, on n'a compté que deux morts, en 2020 un seul. Ces chiffres sont issus des rapports très publics de l'IGPN, l'inspection de la police nationale, même s'il a fallu faire les additions car ils n'apparaissent pas en tant que tels. 

On peut donc d'ores et déjà parler d'année record. Parmi les affaires les plus marquantes, il y a celle du Pont-Neuf à Paris en avril avec deux frères abattus après avoir redémarré lors d'un contrôle, sur fond de vente de stupéfiants. La justice est saisie, deux policiers ont été mis en examen. On peut également citer le drame de Barbès à Paris en juin, avec une passagère de 21 ans morte d'une balle dans la tête. Là, les policiers impliqués ne sont pas poursuivis à ce stade. On pourrait aussi citer Nice, Lyon ou Aulnay-sous-Bois.

Comment expliquer ces chiffres ?
Huit morts en moins d'un an, ce chiffre est impressionnant et les explications varient en fonction des interlocuteurs. Les syndicats de police y voient d'abord le signe d'une augmentation globale de violence. Preuve en est, selon eux, la multiplication des refus d'obtempérer, désormais un toutes les vingt minutes. Plus de refus donc plus de tirs policiers et ainsi plus de morts.

Cela ne veut pas dire que le problème est nié, au contraire. Exemple avec David Lebars secrétaire général du syndicat national des commissaires. "On ne peut pas nier le fait que c'est une augmentation inquiétante, qui pose la question de la violence à laquelle les policiers font face et celle de la façon dont la police réagit. Il va falloir qu'on regarde ça de près car cette inquiétude-là, je la partage avec les policiers qui sont face à ces drames, eux-mêmes très impactés et traumatisés. Ça n'arrivait pas dans les générations précédentes pour les policiers du quotidien". Des policiers du quotidien confient pour certains leur extrême tension désormais à chaque contrôle, ce qui n'était pas le cas il y a dix ans.

Le résultat d'une loi votée en 2017 ?

Un seconde explication est avancée notamment par Sébastien Roché, directeur de recherche au CNRS et spécialiste de la police, auteur de La nation inachevée : les jeunes face à l’école et la police (Ed. Grasset). Pour lui, la multiplication des tirs mortels c'est d'abord la conséquence d'une loi votée en 2017. Celle-ci élargit la possibilité pour un policier d'ouvrir le feu sur un véhicule en fuite. "Cette loi dit finalement : 'tirer sur un véhicule en mouvement c'est légal', et à partir du moment où c'est légal, le policier ne peut pas être tenu pour responsable de ses actes. Généralement on sait que plus vous accordez de protections légales aux fonctionnaires, plus vous allez avoir de violences policières et de tirs", explique-t-il.

Après le vote de la loi le nombre de tirs a d'ailleurs bondi à 202 en 2017. Il est redescendu à 157 l'an dernier mais reste plus élevé qu'avant la loi. Précision importante, qui montre que la question est complexe : du côté des gendarmes, qui font face à autant de refus d'obtempérer que les policiers, les tirs mortels n'augmentent pas.

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 09:03
 
Pontoise : l’auteur du rodéo
ayant blessé deux enfants expulsé
avec sa famille de leur logement

La préfecture du Val-d’Oise a expliqué agir sur instruction du ministre de l’Intérieur et appliquer un jugement du tribunal de Pontoise qui avait mis fin au bail en 2016. Le motard se trouve en détention mais sa famille a dû quitter les lieux qu’elle occupait ce mardi matin.

 

Près d’un mois après le rodéo urbain qui a gravement blessé deux enfants à Pontoise, la famille du suspect a été expulsée de son logement social par la préfecture du Val-d’Oise, sur instruction du ministre de l’Intérieur, indique le préfet Philippe Court.

"J'ai fait procéder ce mardi matin, à l'expulsion des occupants du logement social", a expliqué le préfet. "Il s’agit de la mise en application d’un jugement pour loyers impayés rendu par le tribunal de Pontoise qui a décidé de rompre le bail de cette famille en 2016, soit bien avant les faits".

 

"Cette expulsion correspond dans l'esprit à celles que pratique la préfecture du Val-d'Oise, quand elle estime que les occupants de logements sociaux n'ont pas une "jouissance paisible" du lieu", poursuit le préfet.

"Lorsqu'on habite dans un quartier, on a des droits et devoirs" Philippe Court, préfet du Val-d'Oise.

 

Ce mardi matin, les services de la préfecture, un huissier et le bailleur se sont rendus chez les occupants du logement pour mettre en application la décision judiciaire. Le préfet Philippe Court se félicite de la "sévérité" et de la "rapidité" de l'opération, qui étaient "importantes" à ses yeux. Cela correspond également à la politique que souhaite mener le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin.

"C'est un signal très fort qui est envoyé et dont je me félicite" Stéphanie Von Euw, maire de Pontoise.

 

"Les occupants du logement social ont été expulsés ce matin, le motif qui a permis cette intervention rapide est lié à des loyers impayés", confirme la maire de Pontoise. "Une demande d'expulsion pour motif de jouissance était prévue, mais cette procédure aurait été un plus longue", explique la maire.

Des délais qui peuvent être effectivement très longs, confirme la Confédération nationale du logement (la CNL 95). "Nous avons dans notre organisation des jugements d'expulsions qui dix ans après ne sont pas appliqués", explique la CNL 95.

La fillette renversée par la moto est restée 10 jours dans le coma

La famille du suspect vivait tout près des familles des deux enfants blessés lors du rodéo le 5 août dernier, dans le quartier des Hauts de Marcouville à Pontoise. La fillette de 7 ans, souffrant d'un traumatisme crânien, est restée 10 jours dans le coma après avoir été percutée par la moto du suspect. Un garçon de 11 ans a eu une jambe fracturée.

Le suspect, un jeune homme de 18 ans, a d'abord pris la fuite après les faits, avant de se rendre à la police le lendemain de l'accident. Il a été mis en examen pour "blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois", avec pour circonstances aggravantes le délit de fuite et le manquement à des obligations de sécurité. Il est en détention provisoire en attendant son procès.

 
 
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23 août 2022 2 23 /08 /août /2022 13:21
Documentaire : Frères

Mahamadou Camara, Diané Bah et Farid El Yamni ont chacun perdu un frère à la suite d’une intervention de la police française au cours des dix dernières années. Depuis, ils vivent au quotidien avec la souffrance, l’impossibilité de faire le deuil et la détermination à obtenir justice. Frères est un film documentaire sur les violences policières.

https://blogs.mediapart.fr/freres-le-film/blog/130622/documentaire-freres

Mahamadou Camara, Diané Bah et Farid El Yamni ont chacun perdu un frère à la suite d’une intervention de la police française au cours des dix dernières années. Depuis, ils vivent au quotidien avec la souffrance, l’impossibilité de faire le deuil et la détermination à obtenir justice.

Entretien avec Ugo Simon par Nicole Brenez.

Extraits :

N.B. - Où en sont à présent les trois affaires que vous suivez ?

U.S. - Ce serait long d'entrer dans le détail tant les procédures sont rendues longues et complexes - l'affaire de Wissam, le frère de Farid, date par exemple d'il y a plus de dix ans sans qu'il n'y ait à ce jour eu de procès. Dans chacune des trois procédures entamées par les familles, rien n'avance.

Ce qui se passe systématiquement dans toutes les affaires de meurtres policiers c'est une criminalisation des personnes tuées (on l'a vu par exemple avec la mort de deux jeunes garçons sur qui des policiers ont tiré alors qu'ils roulaient en voiture le soir du second tour des élections présidentielles) et une « bataille d'experts », c'est-à-dire qu'à tour de rôle, des experts mandatés par l'État et par les familles s'opposent leurs analyses respectives sur les raisons du décès. À chaque fois, on observe la même chose : l'expert mandaté par la justice affirme que la personne tuée avait consommé de l'alcool ou de la drogue, ou alors qu'elle avait des problèmes de santé majeurs que personne n'avait décelé jusqu'à présent. Ce à quoi, les familles répondent en payant des experts pour essayer de rétablir la vérité et l'honneur de leur frère.

N.B. - Vous mettez en ligne votre film à un moment précis : ce 13 juin 2022, entre deux tours d’élections législatives qui ont vu une polémique jamais éteinte flamber à nouveau en raison de l’expression utilisée par Jean-Luc Mélenchon, « la police tue ». [« La police tue et le groupe factieux Alliance justifie les tirs et la mort pour "refus d'obtempérer". La honte c'est quand ? » – Jean-Luc Mélenchon sur son compte Twitter, le 6 juin 2022, commentant la mort d'une jeune femme de 21 ans, Rayana, tuée d’une balle dans la tête lors d'un contrôle de police le 4 juin rue Custine à Paris – à deux pas de la Fémis. À ce jour, les trois policiers impliqués dans ce contrôle ne sont pas poursuivis.] Avez-vous des attentes, des espoirs quant à l’utilité de votre film, et du cinéma en général ?

U.S. - J'ai en effet choisi de rendre public mon film pendant une semaine en raison des élections législatives et du débat public qui s'installe tant bien que mal autour de la police, notamment à la suite de la mort de la jeune femme dans le 18e arrondissement. Cette jeune femme et les deux jeunes hommes dont j'ai parlé plus haut sont morts dans les mêmes conditions que Gaye Camara, le frère de Mahamadou : au volant suite à un apparent « refus d'obtempérer ». Entendre à la télévision ce que Mahamadou clame depuis trois ans (« Pourquoi ils ont tiré ? N'avaient-ils pas d'autres solutions ? Pourquoi ils n'ont pas visé les pneus ? ») m'a convaincu de rendre accessible mon film sur le site de Mediapart de toute urgence.

Je ne sais pas si j'ai beaucoup d'attente vis-à-vis de mon film en particulier, si ce n'est que leur parole soit entendue le plus possible afin de rendre inaudibles une bonne fois pour toutes les horreurs que l'on entend de la part de certains syndicats policiers ou sur certains plateaux de télévision.

Et comme l'utilité du cinéma pourrait constituer en soi une discussion interminable, je dirais d'abord que j'ai une confiance infaillible dans sa capacité à déplacer nos regards, à pouvoir nous faire voir à la place de. Et ainsi à rendre implacable la beauté de discours aussi sincères que ceux que m'ont généreusement offert Mahamadou, Diané et Farid.

 
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18 août 2022 4 18 /08 /août /2022 09:27
 
 
Délits d’outrage et de rébellion:
la botte secrète des policiers violents
Les victimes de violences policières se voient souvent reprocher en retour d’avoir insulté les agents ou de leur avoir résisté. Une criminalisation des plaignants qui peut entraver la justice.
par Fabien Leboucq et Alexandra Pichard
publié le 17 août 2022 à 18h07
 
 

«Amener la personne à la faute»

Pas «d’excuse de provocation»

Le poids déterminant des images

Des procédures à joindre ?

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15 août 2022 1 15 /08 /août /2022 12:10
 
 
 
Projet de loi immigration :
des titres de séjour suspendus
aux « principes de la République » 

Le ministre de l’intérieur veut priver de titre de séjour les personnes étrangères qui manifestent un « rejet des principes de la République ». Cette mesure, déjà intégrée à la loi « séparatisme » de 2021 mais déclarée inconstitutionnelle, resurgit dans le texte qui doit être examiné d’ici la fin de l’année. 

Camille Polloni 12 août 2022 à 18h55

Le projet de loi sur l’immigration porté par Gérald Darmanin devrait occuper le devant de la scène politique pendant plusieurs mois : une « concertation » en septembre, un « grand débat » parlementaire en octobre, puis l’examen du texte, repoussé sur décision d’Élisabeth Borne. 

Début août, Gérald Darmanin a rendu publiques certaines des mesures envisagées pour expulser davantage - notamment les « étrangers délinquants », objet d’une communication effrénée ces dernières semaines –, réduire les délais d’obtention d’un titre de séjour ou encore criminaliser les « passeurs ». 

Le ministère de l’intérieur a déjà rédigé une première version du projet, vouée à évoluer au gré des débats et après l’avis du Conseil d’État. En l’état actuel du texte, que Mediapart a pu consulter, Gérald Darmanin prévoit la possibilité de refuser ou retirer leur titre de séjour aux étrangers qui manifesteraient un « rejet des principes de la République ».

 

Ce n’est pas la première fois que l’idée émerge. À l’initiative du sénateur LR Roger Karoutchi, cette mesure avait déjà été introduite dans la loi « confortant les principes de la République » (dite « loi séparatisme ») du 24 août 2021. Mais le Conseil constitutionnel avait finalement censuré cette disposition, qui n’est jamais entrée en vigueur.

 
Les Sages jugeaient l’article 26 trop imprécis : 

 

« S’il est loisible au législateur de prévoir des mesures de police administrative à cette fin, il n’a pas, en faisant référence aux “principes de la République”, sans autre précision, et en se bornant à exiger que la personne étrangère ait “manifesté un rejet” de ces principes, adopté des dispositions permettant de déterminer avec suffisamment de précision les comportements justifiant le refus de délivrance ou de renouvellement d’un titre de séjour ou le retrait d’un tel titre. » 

Lors des débats parlementaires, la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, avait d’ailleurs exprimé ses « réserves » sur l’amendement défendu par les sénateurs LR et anticipé une censure. « Se pose à notre humble avis la question de la caractérisation du degré de rejet des valeurs de la République. Ça nous semble difficile et nous expose à un risque constitutionnel », affirmait alors la ministre.  

Liberté, égalité, fraternité, laïcité… 

Un an plus tard, Gérald Darmanin remet pourtant le couvert. Dans sa version actuelle, le projet de loi prétend donner « une définition suffisamment claire et précise de ce que recouvrent les termes de rejet des principes de la République » pour satisfaire les exigences du Conseil constitutionnel. 

En réalité, il ne s’attarde toujours pas sur les comportements qui pourraient caractériser un tel « rejet », laissé à l’appréciation du préfet, mais s’attache plutôt à citer les valeurs devant être respectées. Un nouvel article serait ainsi introduit dans le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) : 

« Aucun document de séjour ne peut être délivré à un étranger dont le comportement manifeste qu’il ne respecte pas les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de dignité de la personne humaine, les symboles de la République au sens de l’article 2 de la Constitution [le drapeau tricolore, La Marseillaise et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » – ndlr] ou le caractère laïc de la République. Tout document de séjour détenu par un étranger dans une telle situation est retiré. » 

Cet article s’appliquerait notamment pour les cartes de séjour temporaire de un an, les cartes de séjour pluriannuelles ou les cartes de résident·e de dix ans, qu’il s’agisse d’une première demande, d’un renouvellement ou d’un titre en cours de validité. Contacté par Mediapart pour des précisions, le cabinet de Gérald Darmanin n’a pas souhaité s’exprimer.  

Du regroupement familial aux « contrats d’intégration » 

Cette mesure s’inscrit dans une évolution du droit des étrangers entamée depuis plusieurs années : celui-ci intègre désormais de nombreuses références aux « principes » et « valeurs » de la République qui n’y figuraient pas auparavant. 

La loi Sarkozy du 24 juillet 2006 prévoit que le regroupement familial peut être refusé si le demandeur ou la demanderesse ne respecte pas « les principes essentiels qui régissent la vie familiale en France » : la monogamie, l’égalité femmes-hommes, le respect de l’intégrité physique des enfants, la liberté du mariage, les différences ethniques et religieuses et l’assiduité scolaire. Ces précisions ont été imposées par le Conseil constitutionnel, alors que le texte initial évoquait les « principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». 

Depuis 2011, un étranger ou une étrangère qui souhaite être naturalisé·e français·e doit démontrer son « adhésion aux principes et aux valeurs essentiels de la République ». Jusque-là, ils devaient déjà « justifier de [leur] assimilation à la communauté française », connaître la langue et la culture françaises, ses droits et ses devoirs. 

Depuis 2016, les étrangers et étrangères qui viennent d’arriver légalement en France et souhaitent s’y « maintenir durablement » doivent signer un « contrat d’intégration républicaine ». Celui-ci prévoit la mise en place d’un « parcours personnalisé » qui comprend notamment une formation civique sur les « valeurs et principes de la République ». Ce dispositif succède au Contrat d’accueil et d’intégration expérimenté à partir de 2003, puis généralisé en 2007. Certains titres de séjour y sont soumis, comme la carte de résident ou le visa long séjour pour les salariés. 

Dans un article récent, le professeur de droit public Serge Slama estime que « le contrat d’intégration républicaine pour les étrangers n’a de contractuel que le nom : il ne repose ni sur la négociation ni sur l’échange de volonté, mais uniquement sur des obligations imposées à l’étranger de suivre des formations “prescrites par l’État”, c’est-à-dire concrètement par l’Office français de l’immigration et de l’intégration ». Sous peine de ne pas obtenir de titre de séjour, ou de se le voir retirer.  

La sociologue Myriam Hachimi-Alaoui et la philosophe Janie Pélabay ont analysé, dans un article de 2020, les logiques qui sous-tendent ce processus de « contractualisation de l’intégration » centré sur les « valeurs de la République », dans un contexte d’« obligations légales toujours plus fortes » imposées aux étrangers. 

« La contractualisation de l’intégration participe ainsi d’une politique de contrôle plus poussée pour certaines catégories de migrant·es, dont les caractéristiques sociales autant que les origines culturelles sont perçues comme nécessitant une attention spécifique en matière d’acceptation des “valeurs de la République”. Ce rôle de sélection est à comprendre en lien avec une autre finalité des contrats : renforcer les fondements identitaires de la communauté nationale. » 

En France, l’injonction à respecter les « valeurs de la République » vise quasi-exclusivement les étrangers, comme si les nationaux s’y pliaient naturellement. Elle tend toutefois à s’imposer dans d’autres domaines. 

La loi séparatisme de 2021 oblige ainsi les associations qui sollicitent des subventions à signer un « contrat d’engagement républicain », dans lequel elles promettent de respecter « les principes de liberté, d’égalité, de fraternité et de dignité de la personne humaine, ainsi que les symboles de la République ». Elles doivent aussi s’engager à « ne pas remettre en cause le caractère laïque de la République » et « s’abstenir de toute action portant atteinte à l’ordre public », sous peine de se voir refuser ou retirer ces financements. 

Les modalités de ce « contrat d’engagement républicain » font actuellement l’objet d’un recours devant le Conseil d’État, à l'initiative d’associations et de syndicats. En juillet dernier, la coalition pour les libertés associatives a de nouveau appelé les « nouveaux et nouvelles député·es » à l’abroger.

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11 août 2022 4 11 /08 /août /2022 07:42

https://www.leparisien.fr/faits-divers/cest-devenu-banal-la-multiplication-des-attaques-de-commissariats-inquiete-les-policiers-11-08-2022-URPVOSM4KNCB3O7SY67KK23O4U.php?ts=1660203780258

«C’est devenu banal» :
la multiplication des attaques
de commissariats inquiète les policiers

Les policiers de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) sont les derniers en date à avoir vécu une attaque au mortier d’artifice et cocktail Molotov. Avant eux, ceux de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), de Pontault-Combault (Seine-et-Marne) et des Ulis (Essonne) ont connu de tels assauts.

Des cocktails Molotov préparés dans des bouteilles de whisky, cachés aux abords du commissariat. Et des mortiers d’artifice calés entre les barreaux d’un escalier qui ont été sciés pour l’occasion, dirigés vers le parking, prêt à être allumés sans être tenus en main. Dans la nuit du 31 juillet au 1er août, l’attaque du commissariat de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) avait été minutieusement préparée, un peu à la manière de l’attaque au cocktail Molotov de Viry-Chatillon (Essonne) durant laquelle, en octobre 2016, quatre policiers ont été blessés alors qu’ils étaient postés à l’entrée du quartier de la Grande-Borne.

Le mode opératoire à Vitry-sur-Seine montre une préméditation et un repérage des lieux. Les issues avaient été bloquées. « Ils étaient venus pour tuer », avance Matthieu Valet, commissaire en poste dans le Val-de-Marne et porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police. Cet assaut était une réponse à une interpellation survenue quelques heures plus tôt sur fond de trafic de stupéfiants. « Ça a pu arriver, mais ça devient habituel, on l’a vu ces dix derniers jours, reprend Matthieu Valet. Il y a eu Limoges (Haute-Vienne) ou Sevran (Seine-Saint-Denis). »

À Vitry, deux policiers ont été blessés et du matériel endommagé. Une cinquantaine d’impacts ont été relevés sur une voiture. Le filet installé au-dessus de la cour, comme dans une prison, a retenu des cocktails Molotov. Cet assaut a été exceptionnel dans sa préparation mais aussi dans sa longueur. Il a duré quarante-cinq minutes. Un gradé de la police peste : « Avant, les commissariats étaient des lieux sanctuarisés où les gens venaient éventuellement se réfugier. Maintenant, il n’y a plus aucun respect. »

Il y a deux types d’attaques de commissariat. Celles qui sont prévisibles à des dates précises. Les 13 et 14 juillet, Halloween, la nuit de la Saint-Sylvestre et lors des soirs de grands matchs de foot, finales de la Coupe du monde, par exemple, ou de la Coupe d’Afrique des nations. « Ces soirs-là, on renforce les protections, on sait qu’on va être attaqués », constate Charlie (le prénom a été changé), qui travaille de nuit au commissariat des Ulis (Essonne), où on ne compte plus les tirs de mortiers d’artifice en direction de la façade.

« Dès qu’on les titille, ça les dérange et ils nous le font comprendre »

Et il y a les attaques de représailles après des interpellations. « La rumeur fait aussi beaucoup de mal », reprend Matthieu Valet. Plusieurs fois, des attaques ont été perpétrées après que des rumeurs de violences policières se sont répandues. À Vitry-sur-Seine, fin juillet, il y avait notamment eu la rumeur de violences exercées durant la garde à vue.

La dernière fois aux Ulis, c’était le 13 juillet dernier. Pas de vengeance donc, juste la tradition. Une dizaine de mortiers ont été lancés sur ce commissariat atypique puisqu’en façade, comme un commerce au pied d’un immeuble avec des logements au-dessus. « On a balancé quelques grenades lacrymogènes à l’aveugle, se souvient Charlie. Et tiré au LBD 40. » Une caméra perchée au-dessus de l’immeuble et un retour dans le commissariat ont permis de suivre deux assaillants, qui ont été interpellés. L’un d’eux a 17 ans. Au cours de la même nuit, c’est une patrouille en voiture qui sera visée par trois tirs de mortier d’artifice.

Mais aux Ulis, il y a aussi des représailles. Charlie dépeint la situation : « C’est une plaque tournante du trafic de stupéfiants. Dès qu’on les titille, ça les dérange et ils nous le font comprendre. » L’agent se souvient : « Il y a un an et demi environ, ils avaient barré les rues avec des poubelles en feu pour retarder les renforts pendant qu’on se faisait attaquer ».

Des travaux ont été réalisés en 2017 pour assurer la sécurité. Barriérage, rideau métallique, sas de sécurité, vitres renforcées… Ces aménagements ont été réalisés dans le cadre d’un lifting du commissariat. Coût : 350 000 euros. Mais les attaques ne se sont pas arrêtées pour autant, provoquant chez les policiers une forme de lassitude. Charlie reprend : « C’est devenu banal. Quand ça arrive, on sait se défendre. L’essentiel, c’est qu’il n’y ait pas de blessé. Quand c’est matériel, c’est embêtant mais c’est moins grave. »

En toute impunité sous l’œil des caméras

À Champigny-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, face à la cité du Bois-l’Abbé, un autre commissariat en proie aux attaques régulières. Ici aussi, des aménagements ont été réalisés, avec un filet pour rattraper tout ce qui pourrait être jeté dans l’enceinte du commissariat. Les policiers ont déjà reçu des boules de pétanque. Des grillages hauts surplombent les murs pour diminuer encore ce risque.

Les caméras permettent d’interpeller plus facilement les auteurs. Tout comme les investigations menées sur les projectiles utilisés. Un jeune homme de 22 ans vivant dans le quartier des Pyramides, à Évry-Courcouronnes, a pu être identifié grâce aux empreintes génétiques laissées sur un mortier d’artifice. Dans la nuit du 6 au 7 juillet, il avait participé à une attaque sur la guérite qui sécurise l’entrée réservée au personnel de la direction départementale de la sécurité publique de l’Essonne (DDSP 91). Pour se défendre, les fonctionnaires avaient fait usage de grenades lacrymogènes, faisant fuir les individus. Le 1er août, le jeune homme a été condamné par le tribunal correctionnel d’Évry-Courcouronnes à dix mois de prison ferme, plus six de révocation de sursis.

Selon ce qu’il a expliqué aux enquêteurs, il s’agirait en fait de représailles contre la police municipale, mais la petite bande dont il fait partie aurait choisi de s’en prendre à la police nationale implantée à côté de leur quartier, ce qui leur permettait de fuir plus facilement.

La liste des commissariats franciliens ainsi attaqués ces dernières années est particulièrement longue : Massy, Évry-Courcouronnes (Essonne), Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), Trappes (Yvelines), Saint-Denis, Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), Pontault-Combault (Seine-et-Marne)… Cette liste n’est pas exhaustive.

La police pâtit d'un climat de défiance entretenu depuis plusieurs années. LP/Matthieu de Martignac

La fin des renseignements généraux n’a pas aidé

« C’est l’œuvre de voyous, mineurs, désinhibés par le passage à l’acte », dénonce Matthieu Valet. Et ces attaques sont également, selon le commissaire, l’une des conséquences de la suppression des renseignements généraux (RG) en 2008. « Les RG rédigeaient des notes sur l’ambiance dans les quartiers. Ils prenaient la température. En province, le renseignement territorial assure cette mission. À Paris et en petite couronne, la direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) considère que ce n’est pas son rôle. Le renseignement remonte par les patrouilles. »

Pour Guillaume Roux, secrétaire départemental de l’Essonne du syndicat Unité SGP-Police, « les tirs de mortiers d’artifice sur la police se sont généralisés et banalisés. Cela fait vingt ans que je travaille dans le département et, quand on allait dans des quartiers, on savait qu’on pouvait être caillassés, mais c’était exceptionnel. Maintenant, c’est récurrent avec, en plus, des attaques de commissariat. Il faut une réponse pénale exemplaire. »

Même point de vue chez Alliance. « Tant qu’il n’y aura pas de réponse pénale très forte, ça continuera », estime Yvan Assioma, secrétaire régional Île-de-France du syndicat. Et d’ajouter : « Il y a un contexte général de défiance à l’égard des policiers alimenté par des prises de position politiques notamment de la France insoumise. C’est devenu presque normal de s’en prendre à des policiers. » Guillaume Roux, d’Unité SGP, conclut : « S’attaquer à un commissariat, c’est s’attaquer à la République. »

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9 août 2022 2 09 /08 /août /2022 07:42
 
 
Maintien de l’ordre :
des mitrailleuses sur 90 blindés
commandés par la gendarmerie

Le nouveau modèle de camion blindé de la gendarmerie, utilisé lors de manifestations, sera équipé d’une mitrailleuse lourde, d’un lanceur de grenade multi coups et d’une caméra d’identification à longue distance.

 
par
 
Au salon de l’armement Eurosatory, qui s’est déroulé en juin à Villepinte, le ministère de l’intérieur a présenté pour la première fois son nouveau camion blindé de 14 tonnes et de plus de 7 mètres de long.

Incarnation d’un « savoir-faire efficace et moderne », d’après un gendarme présent au salon, le Centaure, c’est son nom, est le nouveau véhicule blindé de la Gendarmerie. Le ministère de l'Intérieur en a commandé 90.

Polyvalent, le Centaure sera utilisé en maintien de l’ordre en manifestations mais aussi dans le cadre de la lutte anti-terroriste ou en soutien lors de catastrophes naturelles.

Mitrailleuse calibre 7.62

Sur son toit, le camion est orné d’un fusil mitrailleur de type FN MAG 58, capable de tirer 1000 coups à la minute d’un calibre 7.62. Une arme de guerre, pilotée depuis l'intérieur du véhicule grâce à une caméra intégrée au système, qui restera fixée au blindé même lors de mission de maintien de l’ordre.

« Démonter et remonter l’arme en fonction des missions prendrait trop de temps et limiterait le blindé sur le terrain », explique un représentant de la gendarmerie lors du salon de l’armement. Contacté, le ministère de l’intérieur répondra, signe de l'importance de dossier, via le conseiller presse de Gérald Darmanin qui affirme de son côté que les équipements, dont la mitrailleuse, orneront les blindés uniquement lorsque ça sera nécessaire. « Il possède la même gamme d’équipement que les véhicules actuels et la mitrailleuse ne sera montée que pour des missions particulières comme en Opex - opérations extérieures. »

Or du côté de la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (qui a répondu à Politis après que nous ayons révélé ce nouveau modèle sur les réseaux sociaux), un général, chef de la communication etfin connaisseur du parc blindé, confirme que « la mitrailleuse ne sera pas forcément retirée car cette opération est assez complexe, plus que sur les anciens Véhicules blindés à roues de la Gendarmerie (VBRG) ». Conscient des polémiques possibles sur la présence de ce type d’arme lors de manifestations, il précise que celle-ci sera « dans une housse et sans munitions ».

Pour le moment, aucune consigne claire n’a été donnée sur le maintien de l’arme en maintien de l’ordre : le blindé n’est pas encore en service.

Mais présente ou non, pour le général « ça ne changera pas grand-chose car de toute manière l’arme ne sera pas utilisée dans les manifestations, bien évidemment ». Le haut gradé termine en précisant que la Gendarmerie réfléchit aussi à inclure des écrans sur les véhicules pour mieux communiquer avec les manifestants « lors des sommations par exemple ».

 
Le véhicule Centaure sur le stand de Soframe lors du salon Eurosatory en juin 2022. Crédit : Maxime Reynié Sirvins

Lance grenades et caméras

Le Centaure dispose aussi sur son toit, d’un lance-grenades lacrymogène, venu de Corée du sud, capable de tirer 30 munitions à deux reprises lors des manifestations. C’est 30 fois plus que les anciens VBRG qui disposent d’un lance grenade mono-coup.

Derrière ce lance grenades, une imposante caméra de l’entreprise française Syt Technologie. D'après le catalogue du fabricant, ces caméras sont capables d'identifier une personne à plus d’une dizaine de kilomètres en plein jour et à quelques kilomètres de nuit. Tout à l'arrière, on trouve enfin, une tourelle composée de quatre micros dédiés à la détection acoustique de tirs par l’entreprise Metravib Defence membre du GICAT, un groupement d’entreprises privées françaises qui organise le salon. On retrouve cette technologie sur de nombreux véhicules de l'armée.

57 millions d’euros

Cela fait plusieurs années que la Gendarmerie cherche à remplacer ses vieux VBRG, dont les premiers, des Berliet VXB 170, datent des années 70. Ces blindés se répartissent aujourd’hui entre le groupement blindé de gendarmerie mobile de Satory, le centre national d’entraînement des forces de la gendarmerie de Saint-Astier et des détachements outre-mer. Ils sont prévus pour les situations de crise où les forces classiques de maintien de l'ordre se révèlent insuffisantes, mais le recours à l’armée, excessif. Ainsi ils peuvent résister à tout genre de projectiles, comme des cocktails Molotovs, voire des tirs d’armes à feu. Ils sont utilisés pour la première fois en métropole en 1979, lorsqu’un village, Chooz, dans les Ardennes, se révolte contre la construction d’une centrale nucléaire.

Aujourd’hui ils sont principalement mobilisés pour franchir des barricades en métropole, en Corse et en Outre mer. Plusieurs VBRG avaient ainsi été déployés lors des manifestations des gilets jaunes ou de l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

En 2020, le parc devenant difficile à entretenir, l'État avait opté pour une rénovation expérimentale à 200.000€ par blindé. L’opération est finalement abandonnée et le ministère de l'Intérieur décide donc d’acquérir 90 Centaure pour 57 millions d’euros. « La commande de la gendarmerie n’est pas la plus grosse pour nous mais cela va nous donner une excellente image à l'internationale. C’est un sacré label pour nous », précise un représentant de la société Soframe, qui a remporté le marché public le 27 octobre 2021.

D’après cette entreprise, 1 800 exemplaires de ce blindé ont été vendus dans le monde entier.

Quatre-vingt-dix autres à l'Arabie saoudite alors que le royaume est impliqué dans la guerre au Yémen depuis 2015. En 2018, Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer armes à Amnesty International France, confirmait l'acquisition de ces blindés par la garde nationale saoudienne après le début du conflit. Début 2022, l'ONU a estimé à près de 400 000 le nombre de morts causés par cette guerre.

Pour Soframe, le Centaure qui équipera la gendarmerie est une « pépite de savoir-faire. » Imposant, il est un sujet de fierté pour des gendarmes qui le présentent : « Ça va vraiment nous changer ! » se réjouissent-ils.

Un changement que percevront aussi les manifestants français.

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 15:22
Le nœud-coulant de la dématérialisation

Une goutte d’eau contient toute la mer, dit la sagesse populaire.
La mort d’Omar contient ce que Macron a proclamé dans son premier discours en 2017 : la « Start-up Nation » à construire sous le drapeau de la révolution numérique et de sa « dématérialisation ».
Omar est mort le 15 juin à la frontière franco-italienne, touché par une balle de police. Il vivait et travaillait comme ouvrier dans le BTP en France depuis 13 ans. Il faisait partie des 600 000 sans-papiers qui construisent les bâtiments et les tunnels, qui nettoient les déchets, livrent les colis, soumis à la surexploitation par le patronat et à la répression par l’État.
Omar avait gagné le droit à une régularisation grâce à ses années de labeur, mais il n’a jamais pu déposer sa demande. En dépit de mois d’efforts, de nuits passées face à un écran, le portail informatisé, dématérialisé de la préfecture est resté fermé : impossible de prendre rendez-vous.
Il partageait le sort des dizaines de milliers de sans papiers qui deviennent expulsables à cause de ce barrage informatique délibéré. En désespoir de cause, Omar a suivi des conseils qui lui ont été donnés : en Italie, il pourrait obtenir une carte de séjour valable en France moyennant quelques arrangements.
C’est en revenant d’Italie qu’il est tombé, à Vintimille, entre les mains des passeurs. La suite est un grand classique. Le camion frigorifique dans lequel Omar était enfermé avec d’autres sans-papiers a été pris en chasse par la police française, les passeurs refusent de s’arrêter malgré le tir qui a déjà touché Omar à la nuque ; il meurt à Nice, exsangue. Les passeurs, eux, se sont évaporés dans la ville.
Le corps d’Omar intègre la longue file de ceux tombés sous les balles policières, légalisées par le permis de tirer sous le nom de « refus d’obtempérer ». Mais, attention ! La police ne fait qu’appuyer sur la détente. Dans ce monde dématérialisé le seul objet matériel est certes la balle qui transperce les chairs mais il y a aussi la réalité d’une mort douce qui fait des millions de victimes : sans-papiers, chômeurs, vieux, handicapés, SDF, précaires… jetés sans défense entre les dents mortifères des algorithmes des préfectures, des CAF, de l’URSSAF, de Pôle-Emploi, de la Sécurité Sociale de la « Start-up Nation ».
Les récentes révélations sur la danse collé-serré de Macron, ministre de l’économie puis président, avec le géant sinistrement célèbre Uber, montrent comment cette dématérialisation a servi à invisibiliser et légaliser les exactions des riches. Un exemple ? L’utilisation détournée du logiciel coupe-circuit « Switch-Kill » par Uber a permis de rendre impénétrables par la justice ses ordinateurs et donc insaisissables les traces de son fonctionnement vorace et sordide.
Des voix officielles, Conseil d’état et Défenseure des Droits, se sont émues du sort réservé aux populations repoussées à la marge par la dématérialisation « à marche forcée ». Réaction juste mais à côté de la plaque : cette brutalité numérique du pouvoir est révélatrice de sa nature, elle ne fait qu’accroître l’appauvrissement galopant des pauvres et l’enrichissement sans pudeur des riches.
Ce nœud coulant de la dématérialisation/ numérisation ne pourra pas être tranché par des joutes parlementaires. Ça paraît difficile à imaginer, à prévoir mais finalement c’est la rue qui tranchera la corde.



 

Refus d’obtempérer, le permis de tuer en action !

Depuis l’article 435-1 du code de la sécurité intérieure voté sous Holande en 2017 qui prévoit que les policiers peuvent faire usage de leur arme pour immobiliser un véhicule dont le conducteur n’obtempère pas et peut porter atteinte à leur vie ou à celle d’autrui, les cas s’enchaînent (voir RE204)...
Le 4 juin vers 11h trois policiers à vélo remarquent une voiture dont le conducteur ne porte pas sa ceinture de sécurité. Mohamed au volant et un ami raccompagnent deux jeunes filles de 21 ans à leur domicile. Au moment du contrôle la voiture refuse de s’arrêter. Mohamed n’a pas de permis. La police rattrape le véhicule bloqué dans la circulation et tire alors 9 cartouches. Le conducteur est atteint au thorax, la passagère avant, Rayana, touchée à la tête, décède le lendemain. Pour les policiers Mohamed aurait voulu leur foncer dessus, mais le témoignage d’Ines, passagère arrière, est tout autre, « tout est allé très vite. Je n’ai même pas entendu “Sortez de la voiture” ou “Mains en l’air”. Ils ont cassé les vitres en tapant avec leurs armes. La scène était très violente. On a entendu (une dizaine de) coups de feu, la voiture qui repart ». Plusieurs autres témoins confirment.
Dans la nuit du 6 au 7 juin à Argenteuil un nouveau « refus d’obtempérer » vient conclure une course poursuite. De source policière le jeune homme aurait redémarré au moment du contrôle et une policière se serait trouvée coincée entre sa voiture et le véhicule de police. Le conducteur alors visé par un tir policier est blessé à l’omoplate.
Le 25 juin à Carcassonne dans la soirée un véhicule refuse de se soumettre au contrôle d’une équipe de la BAC, le conducteur âgé d’une quarantaine d’années est touché à deux reprises par des tirs policiers. Les agents de la BAC justifient leurs tirs en expliquant que le conducteur aurait fait marche arrière dans leur direction alors qu’ils venaient de sortir de leur véhicule, blessant l’un d’eux au genou. Pourtant une vidéo publiée sur les réseaux sociaux crée le doute. Elle montre l’homme courant poursuivi par des policiers de la BAC, pistolets à la main. Il s’écroule quelques secondes plus tard avant d’être immobilisé par deux agents. Blessé à la cuisse et à l’épaule, il a été hospitalisé.
A chaque fois L’IGPN est saisie pour déterminer les conditions d’usage de l’arme et le conducteur est poursuivi pour tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique. Si les premiers éléments et témoignages mettent souvent à mal la version policière, la police est immédiatement soutenue par la hiérarchie et les syndicats policiers. Légitime défense.
Avec le temps les éléments d’enquête laissent percevoir une autre réalité. Ainsi dans l’affaire du Pont-Neuf, à Paris on apprend que les balles mortelles ont atteint les victimes par le côté et l’arrière, mettant à mal la thèse policière.
Idem concernant un agent de la BAC cherchant à contrôler une camionnette qui a fait usage de son arme et tué Jean-Paul Benjamin, 33 ans, le 26 mars à Aulnay-sous-Bois. Le policier qui parle dans un premier temps d’un tir accidentel se justifie ensuite en disant avoir été mis en danger par la conduite de Jean-Paul. Mais au moment du tir, « aucun danger apparent n’est visible sur la vidéo », notent les enquêteurs. Le tir se fait à plus de deux mètres, et atteint Jean-Paul dans le dos.



 

Bon débarras !

Didier Lallement préfet de police de Paris est parti à la retraite. Avec Alexis Marsan et Paul-Antoine Tomi, et grâce au soutien sans faille de l’État macroniste, il s’est illustré comme le cador du «  savoir-faire  » répressif à la française, mention spéciale Ligue des champions. En guise d’hommage rappelons qu’il a réintroduit les «  voltigeurs  » (interdits après la mort de Malik Oussekine) devenue les Brigades (motocyclistes) de répression de l’action violente (BRAV) et est co-responsable de la mutilation de nombreux manifestants.



 

> C H R O N I Q U E D E L ’ A R B I T R A I R E

Prisons = mort
A la prison d’Osny dans le Val d’Oise (Mavo) où en novembre 2021 déjà un détenu avait été retrouvé pendu dans sa cellule, deux hommes trentenaires sont morts dans ces mêmes circonstances le 19 juin puis le 21 juin. Tous deux étaient emprisonnés pour de courtes peines. Le premier était afghan et s’exprimait mal en français : c’est le prétexte qu’avance l’administration pénitentiaire pour justifier le fait qu’il ait pu rester enfermé dans sa cellule alors que la veille il avait mis le feu à son matelas et manifesté des penchants suicidaires d’après le médecin qui l’avait vu. Selon l’administration, impossible de connaître clairement ses motivations... et ce doit être aussi le cas pour le second homme qui s’est pendu deux jours plus tard... Et pourtant si en IDF le taux moyen d’occupation des prisons est de 130%, dans celle d’Osny il monte à 142%, et pour 822 détenus il y a 180 matelas au sol ! Ajoutez la canicule...

27 morts et des centaines de blessés à Melilla
c’est le lourd bilan de la journée du 24 juin dernier lorsque des milliers de migrants, parqués dans des campements au Maroc sur la frontière de l’enclave espagnole, privés d’accès à l’eau et aux médicaments et constamment violentés, ont tenté d’y pénétrer de force s’affrontant avec les forces des l’ordre. Les associations demandent une enquête approfondie et un changement de la politique migratoire criminelle perpétrée par l’Europe avec la complicité de l’État marocain.

Effet cocktail
Le gaz lacrymogène peut entraîner des blessures au yeux, à la peau, une détresse respiratoire. Le Taser a déjà tué. Et la combinaisons des deux accroît encore leur dangerosité. Un effet cocktail dont a été victime un jeune homme contrôlé au petit matin le 29 mai au Havre par deux policiers municipaux qui affirment avoir été frappés et ont fait usage simultanément d’une gazeuse et d’un pistolet électrique. Résultat, l’adolescent a pris feu, gravement brûlé au torse et au visage, il est depuis hospitalisé au CHU de Rouen.

Lorsque la justice légitime la violence
Juin 2020, Diatou M., enceinte de 7 mois, sans masque ni titre de transport est contrôlée par les agents de la sûreté ferroviaire en gare RER d’Aulnay-sous-Bois. Les agents assurent avoir ignoré sa grossesse et l’accusent d’outrage et rébellion pour justifier leur violence lorsqu’ils l’ont expulsée de la zone tarifaire via les tourniquets parce qu’elle n’empruntait pas la bonne sortie, puis dégagée de la gare et mise à terre par la force pour être interpellée. Deux ans après, le parquet de Bobigny a requis trois mois de prison avec sursis contre Diatou. Arié Alimi l’avocat de la jeune femme explique « La réalité de ce dossier, c’est la volonté d’humilier une jeune femme parce qu’elle n’a pas emprunté le chemin qu’ils ont voulu, de la soumettre. Il s’agit de discipliner le corps d’une femme enceinte, noire, qui n’a pas commis d’infraction pénale à part les contraventions de départ. Elle a été envoyée au tribunal pour éteindre sa parole et la clameur publique. » Verdict le 15 septembre.

Les quartiers et les ascenseurs : la plainte et le deuil !
Du quartier des Musiciens à Argenteuil comme à la cité de l’Europe à Aulnay-sous-Bois ou Paul-Eluard à Bobigny, c’est à chaque fois la même plainte, la même exaspération : des ascenseurs qui fonctionnent par intermittence ou sont à l’arrêt depuis plusieurs mois, des délais d’intervention trop longs et des réparations sans effet. Les bailleurs sociaux sont contraints d’organiser des services de portage pour les personnes âgées, handicapées. Mais il faut aussi compter des drames comme la mort d’Ismael, petit garçon de quatre ans fauché par la chute de la cabine en juin 2018, à Argenteuil. Ce n’est que début juin cette année que Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille a obtenu la mise en examen pour « homicide involontaire » de 5 ascensoristes, dont les sociétés Schindler, Otis, et TK Elevator France. L’instruction a considéré que les obligations de sécurité imposées par la loi et le règlement régissant le fonctionnement et l’entretien des ascenseurs avaient été violées. 350 personnes dont de très nombreux enfants, ont participé dimanche 26 juin à une grande marche blanche, en soutien au combat de la famille pour obtenir justice.

On n’oublie pas
Fin juin a eu lieu au tribunal de Paris le procès des trois flics qui ont causé la mort d’Amadou Koumé, 33 ans, interpellé dans un bar dans la nuit du 6 mars 2015. Après un classement sans suite , la famille avait porté plainte avec constitution de partie civile ce qui avait relancé l’enquête. Le visionnage des vidéos montrant les policiers en train de pratiquer deux clés d’étranglement sur Amadou puis de le maintenir face au sol en pressant sur sa cage thoracique, menotté et entravé aux pieds pendant plus de 6 minutes et les témoignages des proches qui ont expliqué qu’Amadou avait des problèmes psychologiques depuis un séjour en prison mais qu’il n’était jamais violent, ont contraint les juges à retenir contre les policiers la « négligence coupable ». Ils risquent un an de prison avec sursis. Délibéré le 20 septembre.
6 ans après la mort d’Adama Traoré le dossier judiciaire s’est enlisé : aucune mise en examen n’a été décidée alors qu’un expertise médicale commandée par les juges met en cause les gestes des 3 gendarmes qui l’ont interpellé. Le comité justice et vérité pour Adama et ses proches ont à nouveau défilé nombreux à Beaumont le 2 juillet et annoncent une reprise en force de la mobilisation en septembre.
En janvier 2021 Merter Keskin, 35 ans, est mort dans une cellule du comico de Sélestat (Bas-Rhin) où les flics l’avaient enfermé après l’avoir interpellé suite à un appel de son ex-compagne car il s’était rendu à son domicile alors qu’il n’en avait pas le droit. Pour les flics, son décès est du à une prise de cocaïne mais l’avocat de la famille a demandé une contre expertise au juge chargé de l’instruction car son corps présentait des traces de violences. Pour l’instant, l’affaire n’avance pas. Peut-être que les images de vidéo-surveillance de sa cellule de GAV, révélées à la presse en juin, qui montrent que les flics l’ont soumis à un plaquage ventral pendant plus de 3 minutes, vont-elles changer la donne ?



 

> A G I R

Donner une identité fictive
ou imaginaire en garde à vue devient de plus
en plus risqué voir RE204. Conseils à méditer https://paris-luttes.info/un-point-sur-les-identites-16052

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