Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 20:11
Refus d'obtempérer à Paris,
un conducteur tué par balle par la police,
deux personnes en fuite
Ce vendredi soir, dans le 12e arrondissement de la capitale, un véhicule a refusé d'obtempérer.
Le conducteur a été par balle par les policiers. Les deux autres passagers ont pris la fuite.
 

Un homme a été tué par balle ce vendredi 14 octobre à Paris lors d'un refus d'obtempérer, a appris TF1/LCI de source policière. Les faits se sont déroulés vers 19h, avenue de la Porte de Vincennes, dans le 12e arrondissement de la capitale.

Selon nos informations, deux fonctionnaires de police ont fait usage de leur arme sur un véhicule, occupé par trois individus, après un refus d'obtempérer, alors que la voiture démarrait dans leur direction. Le conducteur a percuté une autre voiture et est mort après avoir été touché par l'un des trois tirs, malgré un massage cardiaque. Les deux autres occupants du véhicule ont pris la fuite à pied.

Deux enquêtes ouvertes

Une première enquête a été ouverte, confiée à l'IGPN (Inspection générale de la Police nationale), du chef d'homicide volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique. Une deuxième enquête pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique a été confiée au 2e District de Police Judiciaire (DPJ).

--------------------------------------------

Onze morts depuis le début de l'année

Deux enquêtes ont été ouvertes: l'une pour homicide volontaire par personne dépositaire de l'autorité publique, confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la «police des polices», et la seconde pour tentative de meurtre sur personne dépositaire de l'autorité publique, menée par le deuxième district de la police judiciaire, ont précisé les sources judiciaire et policières.

Sur les lieux des faits, un quartier très passant dans une rue adjacente au cours de Vincennes, dans l'est de la capitale, une bâche a été installée pour dissimuler la scène, selon une journaliste de l'AFP. Une voiture rouge se trouvait en travers de cette voie et une couverture de survie était visible au sol.

Depuis le début de l'année, onze personnes sont mortes après des tirs de la police dans le cadre de refus d'obtempérer. En septembre, en l'espace de quelques heures, une femme de 22 ans a été tuée et un homme de 26 ans blessé à Rennes par le tir d'un policier lors d'une interception menée dans le cadre d'une opération antidrogue, puis le conducteur d'une voiture volée a été tué à Nice par un policier.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 11:33
 
En finir avec le mythe du manque de moyens
de la police
Si le discours sur la paupérisation des forces de l’ordre est partout, il n’apparaît pas dans les comptes de l’Etat : les données montrent que les forces de l’ordre sont le véritable enfant chéri des gouvernements depuis près de trente ans, et de loin, rappelle l’économiste Paul Rocher.

 

 
par Paul Rocher, économiste.
publié le 7 octobre 2022 à 21h19

Amélioration des conditions de travail et de salaire

Travers discriminatoires

Dernier livre paru : Que fait la police ? (La Fabrique, 2022).

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
25 septembre 2022 7 25 /09 /septembre /2022 18:41
La Cnil saisie d’un recours
collectif contre la « technopolice »

La Quadrature du Net a recueilli les mandats de 15 248 personnes pour déposer trois plaintes contre les principaux outils de surveillance policière déployés un peu partout en France. Elle demande notamment le démantèlement de la vidéosurveillance et l’interdiction de la reconnaissance faciale. 

C’est un recours d’une ampleur inédite qui a été déposé samedi 24 septembre auprès de la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés) : plus de 15 248 personnes regroupées pour contester peu ou prou l’intégralité du dispositif techno-sécuritaire déployé par le gouvernement ces 20 dernières années.

Pendant presque six mois, l’association La Quadrature du Net a battu le rappel pour récolter les mandats de citoyens et citoyennes souhaitant s’opposer à ce qu’elle a baptisé la « technopolice », terme désignant la vidéosurveillance, les dispositifs algorithmiques de surveillance ou encore la reconnaissance faciale.

Au total, trois plaintes ont été préparées par La Quadrature du Net et déposées symboliquement samedi soir en clôture de son festival « Technopolice », qui se tenait à Marseille. La démarche est de fait particulièrement ambitieuse. Les plaintes s’attaquent en effet à plusieurs des piliers de la surveillance numérique ayant envahi nos villes ces dernières décennies.

La première a tout simplement pour ambition de faire « retirer l’ensemble de caméras déployées en France », et ainsi de mettre un terme à la vidéosurveillance. Pour cela, la réclamation devant la Cnil se fonde sur le règlement général sur la protection des données (RGPD), qui impose à tout traitement de données un certain nombre de bases légales. Toute collecte de données doit ainsi répondre à un intérêt légitime ou encore remplir une mission d’intérêt public.

Or, comme le rappelle la plainte, l’efficacité de la vidéosurveillance dans la lutte contre l’insécurité n’a jamais été démontrée. Elle a même été démentie par plusieurs études universitaires. La Cour des comptes elle-même, dans une étude de 2020 sur les polices municipales, n’avait trouvé « aucune corrélation globale […] entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique, ou encore les taux d’élucidation ». En 2021, une autre étude, cette fois commandée par la gendarmerie, concluait que « l’exploitation des enregistrements de vidéoprotection constitue une ressource de preuves et d’indices peu rentable pour les enquêteurs ».

« Or, en droit, il est interdit d’utiliser des caméras de surveillance sans démontrer leur utilité, plaide La Quadrature sur le site de son projet Technopolice lancé il y a trois ans. En conséquence, l’ensemble des caméras autorisées par l’État en France semblent donc être illégales. »

« Dans notre argumentaire, nous nous appuyons sur une décision rendue il y a quatre ans par la cour administrative d’appel de Nantes qui concernait la commune de Ploërmel, explique à Mediapart Noémie Levain, juriste et membre de La Quadrature. Elle avait confirmé l’annulation d’une autorisation préfectorale d’installation de la vidéosurveillance dans la ville au motif, notamment, qu’aucun lien n’était établi entre celle-ci et la baisse de la délinquance. Elle n’était ni nécessaire ni légitime et donc illégale. Nous reprenons ce raisonnement pour l’étendre à toute la France. »

« Pour installer un système de vidéosurveillance, la ville doit demander une autorisation au préfet, qui doit normalement décider de la finalité, du lieu, de la durée…, détaille encore la juriste. Mais, dans les faits, cette autorisation préfectorale est juste formelle. Elle est toujours accordée. Ce qui, pour nous, rend ces actes illégaux. »

« Pour ramener ça au niveau national – la décision de la cour administrative d’appel de Nantes étant locale –, nous soulignons que le ministre de l’intérieur est co-responsable du traitement des données avec les communes, via les préfets qui dépendent de lui, explique encore Noémie Levain. De plus, il y a une très forte incitation de la part du gouvernement visant à pousser les communes à s’équiper via des aides financières. Celles-ci représentent généralement 60-70 % du financement, souvent versé par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD). »

Un éventuel démantèlement du réseau de caméras de vidéosurveillance, même partiel, aurait pour conséquence de rendre inopérant un autre des aspects de la « technopolice » : la vidéosurveillance algorithmique. Celle-ci consiste en l’utilisation de « caméras intelligentes » et de logiciels capables d’analyser les images pour repérer les comportements suspects. En l’absence de caméras, « qui en sont le support matériel », souligne La Quadrature, ces logiciels deviendraient logiquement caducs.

Le traitement d’antécédents judiciaires et la reconnaissance faciale

La deuxième plainte de l’association vise le traitement d’antécédents judiciaires (TAJ), un fichier dans lequel est inscrite toute personne impliquée dans une enquête judiciaire, qu’elle soit mise en cause, juste suspectée ou même victime. Le TAJ est accessible aux forces de police et de gendarmerie et aux services de renseignement, ainsi que dans le cadre des enquêtes administratives menées lors du recrutement à certains postes sensibles.

« Nous attaquons tout d’abord sa disproportion, explique Noémie Levain. Ce fichier comporte plus de 20 millions de fiches, avec aucun contrôle et énormément d’erreurs. Beaucoup de fiches n’ont aucun lien avec une infraction. Et il y a ces dernières années de plus en plus de témoignages de policiers prenant en photos des cartes d’identité de manifestants. »

À travers le TAJ, la plainte vise également la reconnaissance faciale. En effet, le décret du 7 mai 2012 lui ayant donné naissance, en fusionnant deux autres fichiers, précise que peut y être enregistrée la « photographie comportant des caractéristiques techniques permettant de recourir à un dispositif de reconnaissance faciale ».

Et depuis, sur cette seule base légale, les policiers multiplient les recours à la reconnaissance faciale. Selon un rapport sénatorial rendu au mois de mai 2022, 1 680 opérations de reconnaissance faciale seraient ainsi effectuées quotidiennement par les forces de police.

« Le TAJ, c’est une porte d’entrée pour la reconnaissance faciale qui a été ouverte par une simple petite phrase du décret de 2012, pointe Noémie Levain. Nous disons que cette petite phrase ne suffit absolument pas. Il faut un grand débat. D’autant plus qu’avec l’explosion de la quantité d’images issues de la vidéosurveillance, et celles des réseaux sociaux, nous avons changé d’échelle. Cette omniprésence des caméras dans notre société fait craindre une vidéosurveillance de masse. »

Le « fichier des gens honnêtes »

Enfin, la troisième plainte vise le fichier des titres électroniques sécurisés (TES). Créé en 2005, celui-ci incorporait initialement les données personnelles des titulaires de passeports, puis leurs données biométriques avec l’introduction du passeport électronique. En octobre 2016, un décret avait étendu son champ d’application aux cartes d’identité, malgré une vaste mobilisation de la société civile.

Comme le soulignait à l’époque ses opposants, au fur et à mesure des renouvellements de cartes d’identité, c’est l’ensemble de la population française dont les données biométriques seront à terme enregistrées dans le TES, créant ainsi un gigantesque « fichier des gens honnêtes ». Ces données sont de plus stockées de manière centralisée. Le dispositif avait même été critiqué par la Cnil et l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).

L’extension du fichier TES aux cartes d’identité avait à l’époque été justifiée par la lutte contre l’usurpation d’identité et le trafic de faux papiers. Or, selon La Quadrature du net, « ce risque, qui était déjà extrêmement faible en 2016, a entièrement disparu depuis qu’une puce – qui contient le visage et les empreintes – est désormais présente sur les passeports et permet de remplir la même fonction de façon décentralisée ».

En résumé, La Quadrature estime qu’une lecture des données inscrites dans la puce est suffisante à l’authentification du titulaire et qu’un fichier centralisé est désormais inutile et n’a donc plus de base légale. De plus, souligne-t-elle, la présence des photos fait craindre une utilisation du fichier TES par les forces de l’ordre. « Créer un fichier avec les photos de tous les Français ne peut avoir d’autre but que la reconnaissance faciale », pointe Noémie Levain.

Si actuellement les forces de l’ordre n’y ont normalement pas accès, la tentation est en effet grande d’interconnecter le fichier TES avec d’autres fichiers de police. À l’occasion d’un rapport parlementaire sur les fichiers mis à la disposition des forces de sécurité rendu en octobre 2018, les auteurs signalaient qu’il leur avait été « suggéré » lors des auditions, « pour aller plus loin dans la fiabilisation de l’état civil des personnes mises en cause, de créer une application centrale biométrique qui serait interconnectée avec les données d’identité du fichier TES ».

"Notre but est de faire du bruit, de peser sur le débat public." Noémie Levain

Reste à savoir quel sort la Cnil réservera à ces plaintes. La commission dispose en effet de pouvoir limités vis-à-vis des fichiers des forces de l’ordre et des services de renseignement. Longtemps, elle a disposé d’un pouvoir d’appréciation a priori des projets gouvernementaux qui devaient lui être soumis, appréciation validée par elle à travers un « avis conforme ». Mais celui-ci lui a été retiré en 2004 et, désormais, le travail de la Cnil sur les traitements de données régaliens se limite à un rôle de conseil et d’accompagnement du gouvernement.

« Depuis 2004, la Cnil a perdu une grande partie de ses pouvoirs, constate Noémie Levain. Elle peut rendre des avis, des rapports parfois très critiques… Mais le gouvernement peut toujours passer outre. L’idée de cette plainte est qu’elle aille voir les pratiques. Un des problèmes est l’opacité des pratiques de la police. La Cnil dispose des pouvoirs d’investigation pour aller voir ce qu’il se passe. Après ses conclusions, il s’agira d’une question de volonté politique de sa part. On verra si elle instaurera un rapport de force. »

« La Quadrature tape souvent sur eux, mais nous pensons qu’il y a à la Cnil des gens qui font les choses biens, poursuit la juriste. Là, nous lui apportons les éléments pour aller voir ce qu’il se passe. Notre but est de faire du bruit, de peser sur le débat public. D’autant plus que les Jeux olympiques vont être l’occasion de l’expérimentation de tout un tas de technologies. On a déjà vu la Cnil rendre de bonnes décisions. Avec cette plainte, on lui donne la clef pour le faire. »

Partager cet article
Repost0
20 septembre 2022 2 20 /09 /septembre /2022 13:43
 
 
mar. 20 sept. à 13:36
 
 
 
Mort d’Amadou Koumé
lors de son interpellation :
trois policiers condamnés
à quinze mois de prison avec sursis

Ce père de famille de 33 ans avait succombé à une « asphyxie mécanique lente », liée à deux clés d’étranglement. Les trois policiers ont été reconnus coupables de « fautes » en lien direct avec la mort d’Amadou Koumé.

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à 12h08, mis à jour à 12h10

 

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, mardi 20 septembre, trois policiers à quinze mois d’emprisonnement avec sursis pour homicide involontaire, après la mort, le 6 mars 2015, d’Amadou Koumé lors de son interpellation dans un bar de la capitale. Ce père de famille de 33 ans, ce soir-là en crise de démence, avait succombé à une « asphyxie mécanique lente », liée à deux clés d’étranglement et à son maintien au sol au total plus de six minutes sur le ventre, les mains menottées dans le dos.

Le tribunal a condamné à la même peine Anthony B., 46 ans, le gardien de la paix auteur des gestes d’étranglement, Sébastien P., 48 ans, à l’époque brigadier, qui a appuyé son genou sur les lombaires et sur le bras d’Amadou Koumé, et le major Didier M., 62 ans, plus haut gradé ce soir-là. Ils ont été reconnus coupables de « fautes » en lien direct avec la mort de M. Koumé, le premier pour son usage de la force, « certes légitime », mais « insuffisamment maîtrisé », ainsi que pour avoir laissé la victime en position ventrale sans s’enquérir de son état de santé.

Sébastien P. a fait preuve d’un « manque évident de discernement » en ne s’« intéressant pas à [son] état de santé après une interpellation très mouvementée » et alors qu’il ne représentait à ce moment-là « plus aucun danger », selon le tribunal. Didier M. s’est rendu coupable d’« une succession de négligences et de manquements » en tant que « responsable de l’opération », présent dans le bar, pendant le transport en fourgon et à l’arrivée au commissariat, où le décès de M. Koumé a été constaté.

 

« Il y a un bout de justice qui est rendue »

Plus de sept ans après sa mort, la famille, dont la plainte avec constitution de partie civile avait relancé les investigations après un classement sans suite, était venue entendre la décision au tribunal jeudi matin. « Entendre le mot coupable, naturellement, est une satisfaction dans un tel dossier, mais la peine est relativement clémente, donc il y a un bout de justice qui est rendue », a réagi Me Eddy Arneton, leur avocat.

« Ça ne ramènera pas Amadou Koumé, néanmoins sa famille sait aujourd’hui de façon précise les circonstances dans lesquelles il est mort et sait aussi que sa mort est due à des fonctionnaires de police, donc c’est un pas, et nous l’accueillons comme tel », a-t-il ajouté.

Le conseil d’Anthony B. n’a pas souhaité s’exprimer dans l’immédiat. La défense, qui avait plaidé la relaxe lors du procès, qui s’est tenu du 27 juin au 4 juillet, a dix jours pour faire appel. La procureure avait requis un an de prison avec sursis à l’encontre des trois policiers. Technique controversée, la clé d’étranglement, proscrite dans la gendarmerie et remplacée officiellement en 2021 dans la police, est au cœur de plusieurs enquêtes ouvertes après la mort d’hommes interpellés.

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 12:13
 
En moins de sept mois, dix personnes, âgées de 20 à 35 ans, sont mortes, tuées par des balles de policiers, après avoir refusé d’obtempérer. Suscitant ces jours-ci l’inquiétude de plusieurs policiers, de grades et de services différents, ainsi que l’a recueilli Pascale Pascariello dans Mediapart.

Mardi dernier, le petit frère de Zied B. tué le 7 septembre 2022 d’un tir mortel de la part d’un fonctionnaire de police de Nice rendait publique une lettre dans le Club de Mediapart pour rétablir quelques vérités et pour que justice soit faite.

En rencontrant des frères de victimes de ces tirs de ces dix dernières années, le réalisateur Ugo Simon s’est attaché à trois morts : celle de Wissam El-Yamni, mort à 30 ans, après avoir passé neuf jours dans le coma, suite à son arrestation violente, dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012 à Clermont-Ferrand. Celle de Gaye Camara, tué à 26 ans au volant de sa voiture, le 16 janvier 2018, au cours d’une opération de police à Épinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Et celle d’Ibrahima Bah, le 6 octobre 2019, à l’âge de 22 ans, survenue à la suite d’une chute de moto à Villiers-Le-Bel en marge d’un contrôle de police.

Trois morts et des plaies jamais refermées pour les familles malgré les manifestations, les comités de soutien et les actions en justice pour comprendre ce qui s’est passé et établir la vérité. 

La richesse des quarante-six minutes de ce documentaire tient essentiellement à deux choses : Farid El-Yamni, Mahamadou Camara et Diané Bah ont en commun d’être des personnes racisées qui depuis la mort de leurs frères militent sans relâche pour obtenir justice. En recueillant leur parole, digne, calme, humble aussi, en laissant le temps aux entretiens, Ugo Simon fait entendre la douleur immense vécue par ces familles et la violence des réponses judiciaires, entre lenteurs procédurales et enquêtes bâclées. À la forme ensuite : les entretiens avec les frères sont intercalés d’images prises au téléphone lors de manifestations où s’expriment la colère et la rage ou de longs panoramiques sur les lieux où ces violences policières se sont déroulées. Il manque les images des faits. 

Pourtant, « les meurtres de chacun de leurs frères se sont passés devant ou à côté d’une caméra de vidéosurveillance, précisait Ugo Simon dans un entretien réalisé par Nicole Brenez dans le Club de Mediapart. Il y a donc d’un côté, dans chacun de leurs combats, cette absence d’images qui auraient pu servir de preuves et donc donner justice. Et de l’autre côté, il y a une prolifération d'’images militantes, prises avec des smartphones dans des manifestations pour partager la parole des comités ». Face à cette absence d’images qui pourraient révéler les faits, reste la vérité des mots de ces frères.

 
 
 

Ce film, déjà proposé du 13 au 19 juin 2022 dans le Club de Mediapart, sera visible pendant un mois sur Mediapart.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 12:04
 
 
Refus d’obtempérer :
des policiers s’inquiètent
de l’usage illégitime des armes

Plusieurs policiers, de grades et de services différents, témoignent de leurs inquiétudes concernant l’augmentation de l’usage des armes lors des refus d’obtempérer. Ils dénoncent le déni du ministre de l’intérieur et du directeur général de la police nationale sur ces dérives. Une position jugée dangereuse et susceptible d’engendrer de nouvelles violences. 

 

Pascale Pascariello 15 septembre 2022 à 16h16

 

En moins de sept mois, dix personnes, âgées entre 20 et 35 ans, sont mortes, tuées par balles par des policiers, lors de refus d’obtempérer. Les fonctionnaires clament leur légitime défense. Pourtant, les éléments des premières enquêtes ouvertes sur les circonstances de ces tirs contredisent cette thèse.

Les investigations menées sur le tir du policier qui, le 26 mars dernier à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), a tué un conducteur, Jean-Paul Benjamin, révèlent que cet agent ne portait pas de brassard et que ni lui, ni ses collègues, ni aucun passant n’étaient en danger.

Comme nous l’avions révélé, les constats de la balistique et des médecins légistes concernant les décès de Boubacar et Fadjigui, le 24 avril, sur le Pont-Neuf à Paris, concluent que les balles mortelles ont été tirées par le policier, sur le côté et dans le dos des victimes, anéantissant la thèse de la légitime défense.

Plus récemment, diffusées sur les réseaux sociaux, les images filmées d’un refus d’obtempérer à Nice (Alpes-Maritimes), le 7 septembre, montrent un agent en tenue tirer quasiment à bout portant sur la vitre d’un conducteur, Zied, qui ne présente alors aucun danger. Touché au thorax, le jeune homme de 24 ans est décédé.  

Compte tenu de ces éléments et du débat qu’a suscité la vidéo sur l’affaire de Nice, Mediapart a interrogé le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, et le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, pour savoir si une réflexion était en cours ou si des mesures seraient prises, afin d’encadrer les conditions de l’usage de l’arme par les policiers, lors des refus d’obtempérer. Nous n’avons reçu aucune réponse de leur part. 

« Ce n’est pas vraiment l’état d’esprit du moment », a regretté auprès de Mediapart un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur, avant d’ajouter : « C’est inquiétant. Le nombre de personnes décédées depuis le début de l’année ne peut pas nous laisser indifférents. »

Ce fonctionnaire ne parvient pas à dissimuler son embarras. « Le ministre pourrait a minima s’adresser aux familles des jeunes passagères décédées. Les syndicats de police sont dans une surenchère, à quelques mois de leurs élections. Ce qui est beaucoup plus préoccupant, c’est que le ministre les suit, en tout cas n’ose pas se les mettre à dos en reconnaissant qu’il y a un problème », conclut-il, sans souhaiter s’exprimer davantage sur « le regrettable poids des syndicats auprès du ministre ».

Si Gérald Darmanin est dans le déni, certains policiers, à des postes de commandement ou sur le terrain, s’interrogent, eux, et déplorent la position de leur ministre et de leur directeur général.
"Ne pas remettre en question ces homicides commis par des policiers met en péril à la fois l’institution mais surtout en danger la population."
Laurent, commandant de police

« Pour Nice, le policier qui tire n’est absolument pas en légitime défense. Les images font peur et sont d’une extrême violence. Il n’est pas en danger et il a d’autres choix comme casser la vitre, commente Laurent, un commandant de police, qui a préféré garder l’anonymat, compte tenu « des risques encourus lorsqu’on conteste aujourd’hui l’institution ».

Il regrette que la loi de 2017 ait ajouté du « flou à la notion de légitime défense ». Un policier ne peut faire usage de son arme qu’en cas « d’absolue nécessité » et de façon proportionnée. En somme, « face à un danger immédiat, il faut qu’il n’ait pas d’autre solution pour protéger sa vie ou celle d’autrui », résume ce commandant.  

Mais à la fin du quinquennat de François Hollande et sous la pression des syndicats, une loi a élargi pour les policiers le cadre de la légitime défense, en créant l’article 435-1  du Code de la sécurité intérieure. Désormais, les policiers, comme les gendarmes, peuvent faire usage de leur arme pour immobiliser des véhicules dont les occupants refusent de s’arrêter et « sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui », y compris d’autres usagers de la route. 

« Avec cet article, constate Laurent, les policiers se sont sentis davantage autorisés à faire usage de leur arme. » À cela, « vous rajoutez un niveau de recrutement qui est très bas et un manque de formation, et vous avez le résultat dramatique que l’on constate depuis quelques années : des policiers qui ne savent pas se retenir et qui ne sont pas suffisamment encadrés ou contrôlés. Certains policiers veulent en découdre sans aucun discernement ».

Membre d’un jury de recrutement, Laurent a d’ailleurs décidé de « ne plus y participer » : « J’ai vu le dossier d’un candidat qui était incapable de s’adapter à la vie en collectivité. Il n’écoutait que lui. C’était si flagrant que c’était relevé dans son dossier comme une inaptitude qui représente en soi un danger. Il a quand même été recruté au sein de la police. Depuis ce jour, je n’ai pas souhaité que ma responsabilité soit engagée dans de tels recrutements. »

(...)

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
18 septembre 2022 7 18 /09 /septembre /2022 11:56

 

 
 
Marche blanche pour Zied :
famille, amis et associations réunis
pour "demander justice"
 

Dans le silence et en tête de cortège, la mère de Zied vêtue de noire, la mine grave, ouvre le pas à la centaine de marcheurs par-dessus lesquels flottent des ballons blancs et des pancartes. • © LAURENT VERDI

 
Publié le 18/09/2022 à 12h30
Écrit par Nisrine Manai

La marche blanche pour Zied, tué suite à un refus d'obtempérer le 7 septembre, a démarré du boulevard de la Madeleine. Famille, amis, associations ou encore habitants se sont réunis pour réclamer justice.

Une manifestation très attendue pour certains, redoutée par d’autres. "Pas de débordement, on vous fait confiance !", avertit une jeune femme avant le départ. En fin de matinée à Nice, le cortège de la marche blanche pour Zied a décollé du 93 boulevard de la Madeleine en direction du palais de justice, à l’autre bout de la ville.

Aujourd’hui, famille, amis et associations ne sont pas réunis pour rendre hommage mais pour "demander justice". Dans le silence, la mère de Zied, vêtue de noire, ouvre le pas à la centaine de marcheurs par-dessus lesquels flottent des ballons blancs et des pancartes. "La France n’est pas les Etats-Unis", peut-on lire sur l’une d’entre elles. Sur les tee-shirts blancs portés par certains d’entre eux, une inscription : "Justice pour Zied, un ange parti trop tôt".

Pour l'une des manifestantes, cette marche est l'occasion de dénoncer plus largement les affaires de violences policières, qui font de plus en plus l'actualité ces dernières années. "Il faut absolument qu'elles cessent. Il faut peut-être une meilleure formation pour l'ensemble des policiers municipaux, pour que ça s'arrête quoi. Il y en a trop !"

Le policier mis en examen 

L’homme, âgé de 24 ans, a été tué le 7 septembre dernier par un tir de policier suite à un refus d’obtempérer. Au volant d’une voiture déclarée volée, Zied aurait tenté de se soustraire à un contrôle de police qui avait repéré le véhicule sur la voie Mathis, avant de prendre la fuite vers l'avenue Matisse. Pris en chasse par la brigade de sécurité routière, il aurait par la suite fait demi-tour avant de percuter frontalement le véhicule de la brigade policière. C’est à ce moment que le policier adjoint de 23 ans aurait ouvert le feu.

"En France, la peine de mort a été abolie en 1981 donc qu’une personne soit exécutée par des employés de l'Etat c'est aberrant. On fait passer la mort de ce jeune homme pour quelque chose de justifié, ce qui n’est pas valable !", s’émeut Macha-alla Chihi, un voisin proche de Zied présent ce jour qui dénonce l'opération de "déshumanisation" mise en place autour de l'homme décédé pour "faire accepter aux français que cela est normal".

Après une garde à vue entre les murs de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), l’auteur du tir a été mis en examen pour "violences volontaires ayant causé la mort sans intention de la donner" et a été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction de port d’arme.

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
12 septembre 2022 1 12 /09 /septembre /2022 09:53

https://paris-luttes.info/suite-des-manifs-du-10-septembre-l-16187?lang=fr

Paris Luttes Info
Suite des manifs du 10 septembre :
l’audition libre pour tou.te.s ou
comment continuer à dépouiller les pauvres

Suite aux divers rassemblements GJ du samedi 10 septembre à Paris, une nouvelle méthode semble faire son apparition : la convocation en audition libre dans la semaine suivant l’interpellation.
Il est si sympa le nouveau préfet de police...
Alors comment y faire face ?

La rentrée a donné lieu samedi 10 septembre à divers rassemblements Gilets Jaunes à Paris. Nasses, violences policières, contraventions, tout l’arsenal habituel a ressurgi pour étouffer la contestation qui gronde face à la crise et à un gouvernement qui couve les riches éhontément.
Sa solution à tout, on la connaît, c’est racler les poches des pauvres : faire du RSA un nouveau contrat de travail, traquer les allocataires, ces « fainéant.e.s », dézinguer le moindre service public encore debout etc.
Et samedi, il semble avoir trouvé une nouvelle arme pour nous dépouiller un peu plus.

On s’explique !
Samedi, outre les traditionnels PV pour manifestation interdite qui ont ou vont pleuvoir sur les personnes dont l’identité a été contrôlée, la pref s’enorgueillit de 103 interpellations.

NB : pour contester les PV, voir cet article : https://paris-luttes.info/contre-la-matraque-financiere-15653

Et surprise : on constate que dans la grande majorité des cas, la garde à vue a été levée ou même n’a pas commencé car les personnes sont ressorties avec une convocation en « audition libre » dans les semaines à venir !
Nouveau préfet, nouvelle méthode et nouvelle sournoiserie du pouvoir : ça va être bien pratique pour tou.te.s les manifestant.e.s de province de venir pointer à Paname pour se faire interroger ou ré-interroger par les keufs.
Déjà qu’on n’arrive plus à joindre les 2 bouts, il va falloir repayer un déplacement, probablement poser un jour au travail, voire plusieurs (sauf si bien sur, on fait partie de ces « nanti.e.s » d’allocataires, lol).

Bref une belle opé de dissuasion pour la préfecture. De quoi échauder les esprits !

Alors comment faire face à ces convocations :

  • déjà on peut décider de ne pas s’y rendre, surtout si vous habitez loin de Paris
    bien sur les flics risquent d’insister, mais bon ils ne feront pas toujours le déplacement pour venir vous chercher jusque chez vous.
  • on peut de toute façon demander à ce qu’elle soit repoussée pour des raisons d’indisponibilité

Si on s’y rend tout de même, les choses à ne pas oublier :

  • on peut garder le silence en audition libre.
    Les flics risquent de pas aimer mais c’est leur problème. Ils menaceront certainement de vous placer en garde-à-vue, tenez bon. Le silence permet de n’incriminer personne : ni vous ni les autres manifestant.e.s et c’est un droit !
  • il vaut mieux se renseigner avant sur des noms d’avocat.e.s de confiance qui pourront vous assister si l’audition tourne à la garde-à-vue. Les avocat.e.s se déplacent rarement en audition libre.
    NB : la liste des avocat.e.s proches de la legal team de Paris se trouve ici : https://rajcollective.noblogs.org/les-collectifs-locaux/paris/
  • les flics ne peuvent pas prendre vos empreintes, votre adn ou des photos de vous si vous êtes en audition libre, ils doivent pour cela vous placer en garde-à-vue et avoir des réquisitions du procureur.
  • si vous voulez ne pas qu’ils vous mettent la pression pour obtenir vos codes de téléphones, laissez votre portable chez vous !!!
  • prévenez un proche que s’il n’a pas de nouvelles de vous à une heure précise, il peut partir du principe que vous avez été placé.e en garde à vue, auquel cas il est bon de lui laisser le numéro de la legal team : 07 52 95 71 11. Il est souhaitable aussi de lui avoir confié des documents « garanties de réprésentation » qui peuvent vous servir si la garde-à-vue débouche sur un procès (les garanties de représentation sont des documents prouvant votre « insertion sociale » et garantissant au juge que vous viendrez à votre procès s’iels vous laissent libre avant l’audience, par exemple quittance de loyer, facture edf, attestation d’hébergement, contrat de travail, attestation RSA, attestation de scolarité etc. etc.)
  • ne signez rien. On ne peut pas vous reprocher de ne pas signer un procès-verbal.
  • si vous aviez déjà été placé.e en garde-à-vue pour les faits reprochés et que les flics décident de vous y replacer, les 1res heures passées en GAV seront décomptées de cette nouvelle privation de liberté : la GAV totale ne peut pas excéder 48h (hormis pour des faits à la qualification terroriste)

Les méthodes changent, la répression reste.
Pour lui faire face, faites circuler un maximum ces conseils dans vos cercles de proches.
Si vous n’avez pas aimé Lallement, on doute fort que vous deveniez fan de Nuñez.

Pour plus d’infos sur la conduite conseillée suite à une convocation :

Pour plus d’infos sur la conduite conseillée en garde-à-vue :

Voir les commentaires

Partager cet article
Repost0
11 septembre 2022 7 11 /09 /septembre /2022 07:53
 
Refus d’obtempérer mortel à Nice :
"Zied ne méritait pas de mourir
en se prenant une balle en pleine poitrine"
EXCLUSIF. La mère du jeune conducteur tué mercredi à Nice (Alpes-Maritimes) lors d’une action de police controversée se confie au Parisien - Aujourd’hui en France.
«Contrairement à ce qu’ont dit certains policiers, aucun danger justifiait qu’on tue mon fils, il n’y avait ni policier devant, ni policier derrière la voiture», assure la mère de Zied, mort mercredi à Nice (Alpes-Maritimes) par un tir de policier alors qu’il tentait de se soustraire à un contrôle. DR
«Contrairement à ce qu’ont dit certains policiers, aucun danger justifiait qu’on tue mon fils, il n’y avait ni policier devant, ni policier derrière la voiture», assure la mère de Zied, mort mercredi à Nice (Alpes-Maritimes) par un tir de policier alors qu’il tentait de se soustraire à un contrôle. DR
 
 
Par Jérémie Pham-Lê et Jean-Michel Décugis 
Le 10 septembre 2022 à 14h45, modifié le 11 septembre 2022 à 07h43

« Anéantie. » C’est le mot qui revient le plus dans la bouche de la mère de Zied B., ce jeune homme de 24 ans tué mercredi à Nice (Alpes-Maritimes) par un tir de policier alors qu’il tentait de se soustraire à un contrôle. L’auteur du coup de feu mortel, un jeune fonctionnaire de police de 23 ans, a été mis en examen vendredi soir par un juge d’instruction pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » et placé sous contrôle judiciaire avec l’interdiction de porter une arme. Une décision en décalage des réquisitions du parquet de Nice, qui avait retenu, à ce stade, l’infraction « d’homicide volontaire ».

 

Les faits se sont déroulés mercredi vers 16h30 quand Zied B., circulant sans permis à bord d’un véhicule volé, a été repéré sur la voie rapide de Nice en raison de sa conduite dangereuse. Le jeune homme, en compagnie d’un ami sur le siège passager, refuse de s’arrêter pour être contrôlé, et accélère avant de terminer sa course sur l’avenue Henri-Matisse, dans les quartiers ouest de la ville. Freiné par la circulation, Zied B. opère un demi-tour et percute le véhicule de police en pleine face. En dépit de plusieurs sommations de s’arrêter, il tente de redémarrer et c’est à ce moment-là qu’un des policiers, descendu du véhicule, ouvre le feu depuis la fenêtre côté conducteur. Un unique coup qui se révélera mortel, touchant le thorax.

Les investigations montreront par la suite que Zied B. avait déjà été condamné pour conduite sans permis, infractions à la législation sur les stupéfiants et vol. Son ADN avait par ailleurs été relevé dans une affaire survenue au mois de juin à Sospel (Alpes-Maritimes) : ce jour-là, il aurait été au volant d’un véhicule transportant des migrants en provenance d’Italie qui avait forcé un barrage. Les policiers avaient ouvert le feu et un migrant avait été mortellement blessé. Le jeune homme était recherché depuis que son ADN avait été découvert dans le véhicule. Toutes ces informations étaient ignorées au moment du tir des policiers mercredi.

Meurtrie par la perte de son aîné, scandalisée par certaines déclarations de syndicalistes policiers, la mère du conducteur tué a accepté de se confier au Parisien - Aujourd’hui en France. « Qu’importent les circonstances ou la réalité de son comportement antérieurement, il n’y avait pas de danger de mort qui justifie qu’on tue de sang-froid cet homme », appuient ses avocats.

« Nous notons qu’encore une fois, on cherche à salir la mémoire de Zied. On dit qu’il était recherché depuis trois mois mais comment sa mère pouvait-elle être au courant ? Il n’y a jamais eu de perquisition ni d’intervention au domicile. En tout état de cause, cette soi-disant information n’a aucun rapport avec l’affaire puisque Zied n’était pas identifié au moment du tir mortel », soulignent Mes Ouadie Elhamamouchi et Sefen Guez Guez, qui vont se constituer partie civile au nom de la famille de Zied B. dès lundi.

Comment avez-vous appris la mort de votre fils ?

LA MÈRE DE ZIED. Au départ, le mercredi, des jeunes sont venus me dire que mon fils avait eu un accident. Ils n’ont probablement pas osé me dire les choses directement. J’ai alors cherché à me renseigner auprès de l’hôpital et du commissariat mais personne n’a pu me fournir d’informations. Vers 1 heure du matin, une femme m’a contactée en me disant qu’elle avait vu la vidéo (de l’intervention de police, diffusée par Nice-Matin) et qu’elle en a déduit que c’était mon fils qui était décédé. Mais du côté des autorités, j’ai dû attendre 24 heures avant que quelqu’un ne vienne me confirmer la mort de Zied. Pendant 24 heures, je suis restée avec l’espoir de revoir mon fils. J’ai depuis l’impression de vivre dans un cauchemar, que tout cela n’est pas réel. J’ai perdu l’être le plus cher à mes yeux. Rien ne justifiait que Zied soit tué. Je me sens anéantie.

La police vous a-t-elle expliqué les circonstances dans lesquelles votre fils est décédé ?

Les policiers sont restés chez moi un quart d’heure, le lendemain, vers 16 heures. Ils m’ont expliqué que mon fils a refusé de s’arrêter en voiture, qu’il a essayé de fuir la police et qu’à ce moment-là, on lui a tiré dessus et qu’il était mort. On m’a dit que deux enquêtes étaient en cours : l’une pour comprendre pourquoi mon fils avait tenté de fuir, et une seconde pour comprendre pourquoi le policier avait tiré.

Des syndicalistes policiers ont très vite soutenu la légitime défense pour défendre l’action de leur collègue. Avant qu’une vidéo ne mette à mal cette thèse. Quelle est votre opinion sur ces images ?

Je suis scandalisée par les mensonges qui ont été dits dans les médias. Heureusement, la vérité a rapidement pu être établie par cette vidéo. Pour moi, le policier n’avait pas le droit de tirer. Les images sont choquantes. C’est comme s’il avait exécuté mon fils à bout portant. Quand on regarde la vidéo, rien ne laisse penser que le tir était justifié. Contrairement à ce qu’ont dit certains policiers, aucun danger justifiait qu’on tue mon fils, il n’y avait ni policier devant, ni policier derrière la voiture (susceptible d’être percuté).

 
« Ils auraient pu l’avertir en tirant ailleurs que directement sur lui, à si courte distance ! »
La mère de Zied

Votre fils a néanmoins refusé à plusieurs reprises d’obtempérer aux sommations de s’arrêter. Il aurait eu une conduite dangereuse auparavant et aurait percuté une première fois la voiture de police. Entendez-vous l’argument selon lequel le policier a dû tirer pour empêcher tout risque d’atteintes aux personnes dans sa fuite, ce que prévoit une loi récente ?

C’est un argument que je ne peux pas entendre. Les policiers auraient pu arrêter mon fils différemment, en tirant sur la voiture, sur les pneus par exemple… Ils auraient pu l’avertir en tirant ailleurs que directement sur lui, à si courte distance ! Si mon fils avait commis quelque chose de répréhensible avant, je n’ai aucun problème à dire qu’il devait être poursuivi et jugé pour cela. Mais il ne méritait pas de mourir en se prenant une balle en plein dans la poitrine. Ce n’est pas parce que Zied était en train de fuir qu’il était nécessaire de le tuer. On aurait pu l’arrêter plus tard et il aurait répondu de ses actes.

Selon vous, pourquoi votre fils a-t-il refusé de s’arrêter ?

Je n’ai pas d’explications. Je n’étais pas dans sa tête malheureusement pour comprendre pourquoi il ne s’est pas arrêté. Je ne sais rien de cette voiture que la police dit volée ni de la personne avec qui il était. Le jour de sa mort, il était sorti de la maison une heure plus tôt mais il ne m’a pas dit où il allait. Le dernier souvenir que j’ai de Zied, c’est lui en train de se coiffer, de se préparer et de me dire qu’il reviendrait un peu plus tard dans la soirée. Son comportement était ordinaire. Il vivait de façon indépendante depuis quatre ans, parfois il était à la maison, parfois il dormait chez des amis.

Sa fuite pourrait-elle être liée au fait qu’il était recherché pour avoir transporté des migrants en juin (information qu’ignoraient les policiers au moment du refus d’obtempérer et du tir) ?

Je n’étais pas au courant de cette histoire. Mais même s’il a eu des démêlés avec la justice, Zied n’était pas quelqu’un de dangereux ou de violent.

Comment avez-vous accueilli la mise en examen du policier qui a tiré sur votre fils ?

C’est un soulagement. Comme il a tué mon fils, il doit évidemment être jugé et condamné. Justice doit être rendue. Mais c’est aussi un policier très jeune, comme Zied. Je trouve cela scandaleux aussi qu’on laisse un policier si jeune et si peu formé manipuler des armes à feu dans ce type de situations.

Partager cet article
Repost0
8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 05:01
 
 
Nice : le conducteur d’un véhicule
tué après un refus d’obtempérer

Selon une source policière, le policier a utilisé son arme alors que le conducteur avait refusé de s’arrêter. Le passager a été interpellé.

Le conducteur d'un véhicule volé a été tué mercredi 7 septembre à Nice par un policier qui a fait usage de son arme lors d'un refus d'obtempérer, a-t-on appris de source policière, confirmant une information de BFMTV. Les faits se sont déroulés à 16 h 30 mercredi, a précisé la même source, en ajoutant que le policier avait tiré « une fois ». Le passager du véhicule a été interpellé.

Cette nouvelle affaire intervient après qu'une femme de 22 ans a été tuée et un homme de 26 ans blessé par le tir d'un policier dans la nuit de mardi à mercredi lors d'une interception menée dans le cadre d'une opération antidrogue à Rennes. Sur 14 240 refus d'obtempérer comptabilisés l'année dernière par la police nationale, 157 cas concernent des « usages d'armes à feu sur des véhicules en mouvement », selon des chiffres de la police.

Partager cet article
Repost0