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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:35
Mobilisations contre la réforme des retraites :
un rapport dénonce les nombreuses
gardes à vue abusives

Le Contrôle général des lieux de privation de liberté s’est penché sur les motifs des gardes à vue lors des récentes journées de manifestations contre la réforme des retraites. Près de 80 % des interpellés ont été relâchés sans la moindre poursuite.

 
Les 24 et 25 mars, au lendemain de la 9e journée de mobilisation contre la réforme des retraites, des contrôleurs ont visité les locaux de garde à vue de neuf commissariats de la capitale. LP/Jeremy Paoloni
Les 24 et 25 mars, au lendemain de la 9e journée de mobilisation contre la réforme des retraites, des contrôleurs ont visité les locaux de garde à vue de neuf commissariats de la capitale. LP/Jeremy Paoloni
 
 
Par Pascale Égré 
Le 3 mai 2023 à 06h00

Alors que le bilan du ministère de l’Intérieur fait état de 305 personnes interpellées à Paris lors du défilé du 1er Mai, une mission du Contrôle général des lieux de privation de liberté (CGLPL) s’est intéressée aux mesures de garde à vue prises dans le cadre ou en marge des manifestations contre la réforme des retraites. Outre qu’il constate « des atteintes graves aux droits fondamentaux des personnes enfermées », son rapport s’inquiète « d’un recours massif, à titre préventif, à la privation de liberté à des fins de maintien de l’ordre », écrit la Contrôleuse générale, Dominique Simonnot, dans le courrier qu’elle a adressé à Gérald Darmanin, le 17 avril. Transmis au ministre de l’Intérieur ce jour-là, rendu public ce mercredi matin, ce rapport n’a pas reçu de réponse pour l’instant.

Les 24 et 25 mars, au lendemain de la 9e journée de mobilisation contre la réforme des retraites, trois équipes de contrôleurs ont visité les locaux de garde à vue de neuf commissariats de la capitale (couvrant le centre de la capitale et les IXe, Xe, XIIIe, XVIIe et XVIIIe arrondissements). De très nombreux manifestants avaient alors été arrêtés lors des mobilisations, spontanées ou organisées, qui ont suivi le recours au 49.3 pour faire passer le texte à l’Assemblée nationale.

« Coups de matraque, balayette, plaquages au sol »

Selon les données d’un fichier de police cité par le CGLPL : 785 personnes ont été placées en garde à vue entre le 16 mars et la nuit du 22 au 23 mars, dont 37 mineurs et 198 femmes. Or 80 % de ces procédures (599) ont donné lieu à « un classement sec » par le parquet de Paris pour « infraction non caractérisée ou insuffisamment caractérisée ». Le document note aussi que 40 des 74 personnes déférées, jugées en comparution immédiate, ont « quitté libres le tribunal judiciaire ».

Les équipes du CGLPL se sont entretenues avec les personnes gardées à vue et se sont penchées sur les procédures. La plupart d’entre elles s’y trouvaient pour la première fois et ont déclaré avoir été « traumatisées par les conditions de leur interpellation », indiquant « avoir subi des violences ou en avoir été témoins ». « Coups de matraque, balayette, plaquages au sol ou contre un mur », ont-elles décrit, rapportant aussi « des comportements inappropriés » de la part des agents interpellateurs, tels que « tutoiement systématique, injures et menaces ».

Quant aux procédures, les contrôleurs ont constaté de nombreuses irrégularités. Des fiches d’interpellation peu renseignées ou préremplies avec des circonstances peu motivées, sinon par la mention « pendant une charge » ou parce que les intéressés portaient des vêtements sombres, une capuche ou avaient « des cheveux noirs ». Des mesures d’investigation limitées ou absentes et des auditions de très courte durée (cinq à vingt minutes). Avec des levées tardives de garde à vue, quand bien même consigne d’y mettre fin avait été donnée par un parquet globalement difficile à joindre. Avec encore des prolongations de la mesure quand la personne refuse les opérations de signalisation (prise d’empreinte, photo…) ou l’accès aux données de son téléphone portable.

« Consignes et ordres hiérarchiques d’interpeller sans distinction »

Cité dans le rapport, un gardé à vue indique avoir entendu les policiers dire à son propos : « Allez, on va lui mettre dissimulation de visage, puis jet de projectile, tiens ! » Une autre : « Qu’est-ce qu’on va bien pouvoir lui mettre à celle-là ? » Les « carences affectant les documents de la procédure sont particulièrement alarmantes », relève la Contrôleuse générale, qui souligne que la seule participation à une manifestation ne peut fonder l’infraction de « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences (…) ou de destructions de biens », souvent mentionnée sur les fiches et contestée par la majorité des gardés à vue.

 

« De cette approche préventive, prévue par aucun texte de droit français, résultent non seulement l’illégalité des mesures coercitives en cause, mais également de nombreuses atteintes aux droits des personnes concernées, majoritairement libérées sans aucune poursuite », poursuit la Contrôleuses générale, qui s’inquiète d’une « banalisation de l’enfermement ». « Les constats effectués par mes équipes (…) ont révélé que certains agents interpellateurs avaient eu pour consignes et ordres hiérarchiques d’interpeller sans distinction toute personne se trouvant dans un secteur ou un autre de la capitale », appuie Dominique Simonnot dans son courrier au ministre.

Le rapport détaille ensuite certaines « atteintes aux droits » des gardés à vue telles que des « fouilles systématiques en sous-vêtements », une notification de droits « tardive et incomplète » avec un document jamais remis, des entraves au droit à appeler un proche, son employeur, ou à l’assistance d’un avocat. Il dresse ensuite un tableau sombre des conditions matérielles de garde à vue : espaces insuffisants en cellule collective, conditions d’hygiène indignes, accès à l’eau et à l’hygiène défaillant… Des photos des 16 cellules visitées l’illustrent, certaines légendées ainsi : « amas de couvertures sales en attente de lavage », « stocks de couvertures et de kits hygiène inutilisés au sous-sol ».

 

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:33
Des policiers s’inquiètent des effets
des gaz lacrymogènes sur la santé
 
Largement utilisé dans le maintien de l’ordre en France, le gaz n’est pas un produit anodin pour la santé même si des études à long terme manquent encore pour connaître avec précisions les risques. Des policiers eux-mêmes s’en inquiètent désormais.
par Ludovic Séré et Olivier Monod
 

«C’est un mensonge»

Invisibles et pernicieux

«La situation mériterait des enquêtes»

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:30
L’Île-Saint-Denis : expulsion des occupants
du squat géant Unibéton,
à deux pas du village olympique

La spectaculaire opération s‘est déroulée tôt, ce mercredi matin. Selon la préfecture de Seine-Saint-Denis, 400 personnes vivaient sur place. Les deux tiers des pris en charge ont eu une proposition d’hébergement en Île-de-France. Mais la méthode est critiquée.

 
Par Claire Guédon et Perrine Kempf 
Le 26 avril 2023 à 20h56

Un mélange de colère et d’incompréhension dominait quelques heures après l’expulsion spectaculaire menée ce mercredi matin, de 300 à 400 personnes qui vivaient depuis mai 2020 dans le squat Unibéton, à L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).

Une opération d’évacuation, dont la soudaineté est difficile à justifier aux yeux des associations les accompagnant, puisque des discussions étaient en cours avec la préfecture de Seine-Saint-Denis et semblaient en bonne voie d’aboutir.

« Les services de l’État avaient fait une proposition aux occupants (le 14 avril), ils avaient accepté sur le principe mais ils avaient demandé au préfet de s’engager par écrit et de clarifier certains points, comme la typologie des hébergements et la durée, détaille Me Matteo Bonaglia, l’avocat mandaté par les intéressés et leurs délégués élus pour les représenter. La réponse nous est parvenue mais sous la forme d’une expulsion manu militari. »

« C’est catastrophique », confirme Yaya, délégué du collectif Unibéton, à l’issue de l’opération menée au petit matin, avec un déploiement impressionnant de policiers. Certains élus qui se sont rendus sur place ont d’ailleurs fait part de leur surprise à la vue du grand nombre de forces de l’ordre. Le groupe écologiste EELV d’Aubervilliers critique par exemple le « dispositif policier démesuré ».

Environ 300 agents et fonctionnaires engagés dans l’opération

La veille au soir, alors que l’information circulait sur une opération d’évacuation imminente, ils n’étaient plus que 300 à l’intérieur du squat — qui a abrité jusqu’à 500 occupants depuis l’arrivée des premiers il y a trois ans —, selon l’association United Migrants qui les épaule.

Dans un communiqué, la préfecture de Seine-Saint-Denis évoque 400 personnes, tout en indiquant que 300 agents et fonctionnaires de différents services étaient quant à eux mobilisés pour l’expulsion.

Ce qui fait réagir Me Bonaglia qui revient sur l’intérêt et l’importance des discussions qui étaient en cours. « L’objectif était que, si un accord se dessinait, les occupants quittent spontanément les lieux, se rendent dans les hébergements et qu’il ne soit pas nécessaire pour l’État d’engager des frais et des ressources humaines, dans le cadre d’une opération d’expulsion aussi importante que celle qui s’est tenue ce matin », rapportait-il dans la journée.

L'Ile-Saint-Denis, le 14 avril. Le site d'Unibéton était occupé depuis trois ans.
L'Ile-Saint-Denis, le 14 avril. Le site d'Unibéton était occupé depuis trois ans.

Dans l’après-midi, Yaya, qui a trouvé un toit précaire dans un squat de Vitry (Val-de-Marne), cherchait à recenser les points de chute où étaient expédiés les expulsés ayant accepté la solution temporaire de l’État. « Certains d’entre nous sont dans le 95, le 91 et le 77 », énumère Yaya, en citant le Val-d’Oise, l’Essonne et la Seine-et-Marne.

Selon la préfecture, deux tiers des pris en charge ont été hébergés en Île-de-France et le tiers restant, ailleurs, en province, sans plus de précision sur le protocole d’accompagnement. « Et les autres vont aller où ? C’est la rue qui les attend », s’inquiète Yaya.

« Si l’expulsion a eu lieu maintenant, c’est parce que cela fait vraiment tache d’avoir un bâtiment avec 400 personnes accueillies dans ces conditions, dans le paysage des Jeux olympiques qui se dessine, à proximité du site touristique que va devenir L’Île-Saint-Denis pour les JO 2024 », regrette Me Bonaglia.

Réfugiés statutaires, demandeurs d’asile et déboutés du droit d’asile

Le squat en bord de Seine se situe en lisière de la ZAC de l’écoquartier fluvial, qui accueillera une partie du Village des athlètes en 2024. À quelques tours de roues de ce vaisseau peuplé d’exilés qu’était devenue l’ancienne cimenterie, les immeubles sortent de terre comme des champignons et les grues pivotent sans relâche.

Réfugiés statutaires, demandeurs d’asile ou déboutés du droit d’asile, les occupants d’Unibéton venaient en majorité du Soudan et du Tchad mais aussi de Somalie, d’Érythrée, du Congo, du Mali, de Centrafrique. Ils travaillent, sont en formation, apprennent le français. Quelques jours avant l’expulsion, Le Parisien s’était rendu sur place, à leur rencontre.

« Je n’ai jamais trouvé de logement », expliquait Abdallah, qui vient du nord du Soudan, un pays en guerre depuis des années. En 2018, il a obtenu le statut de réfugié. « Chaque année, je renouvelle ma demande dans la ville où je suis domicilié, mais sans réponse. Depuis 2019, je travaille en intérim dans le bâtiment, la restauration, l’hôtellerie. »

À l’extérieur de l’imposant édifice de béton en partie couvert d’une fresque, des hommes étaient en train de laver et de réparer des voitures, au moment de notre venue. « Je travaille dans la menuiserie, en intérim », précisait Mohamed, devant un capot ouvert avec un chiffon à une main. Ce réfugié soudanais, lui non plus, n’a pas reçu de réponse à sa demande de logement. Ces récits pointent aussi la défaillance de l’État dans sa capacité à prendre en charge les demandeurs d’asile et les réfugiés.

La décision de justice datait de… 2020

Un escalier en colimaçon perce les quatre niveaux du bâtiment et fait office de puits de lumière. À chaque étage, dans un dédale de couloirs aux murs décatis, se succèdent des pièces où dormaient entre deux et vingt personnes. Dans les espaces disponibles, des cloisons avaient été montées avec des matériaux de récupération, créant ainsi des chambres pour accueillir plus de monde.

Les conditions de vie étaient loin d’être confortables. Dans le bâtiment vivaient aussi quelques familles dont les enfants étaient scolarisés. « Je suis au lycée, confiait Aïcha en souriant, son petit frère dans les bras. Plus tard, j’aimerais faire médecine. »

 
L'Ile-Saint-Denis, le 14 avril. Des négociations étaient en cours avec les services de l'Etat pour trouver une solution de relogement aux occupants du site.

Unibéton, filiale de Heidelberg Materials, avait demandé l’expulsion du squat dès l’arrivée des premiers migrants, ce qui a été validé par un jugement fin octobre 2020, avec un délai d’un an avant que le concours de la force publique ne puisse être accordé. On est alors en pleine crise sanitaire du Covid-19 et il n’y a pas d’urgence liée à un projet.

C’est finalement en mars dernier que le processus de négociation s’est accéléré. Un moment clé selon la préfecture, qui évoque un accident survenu ce mois de mars. « Un occupant soudanais de 28 ans a chuté de 7 m et a été transporté en urgence à l’hôpital », révèle-t-elle.

« Ce site, impropre à l’habitation, présentait des risques pour ses occupants », assurent les services de l’État. « Ces constats ont participé à la décision d’évacuation prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis afin de mettre en sécurité les lieux et les personnes s’y trouvant », justifiaient-ils ce mercredi après-midi.

 

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:29
Un manifestant anti-Macron
a perdu un testicule
après un tir de LBD à Nantes
Le parquet a ouvert une enquête confiée à l’IGPN afin de «déterminer si ce tir a été réalisé dans des conditions régulières».
 
 
par LIBERATION et AFP
publié aujourd'hui à 8h30
 
 

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:27

Appel à la constitution d'un comité

de soutien Vérité et Justice

pour Safyatou, Salif et Ilan
 

Dans la nuit du 13 avril, trois mineurs de 13, 14 et 17 ans qui circulaient sur un scooter ont été poursuivis par la police. Selon plusieurs témoignages : « un véhicule de police les a percutés volontairement, les faisant ainsi chuter », la conductrice, une jeune fille de 17 ans, a été hospitalisée avec pronostic vital engagé. Son petit frère de 13 ans est blessé au foie et l'autre jeune, âgé de 14 ans est sorti d'hospitalisation.

 

Dès les premiers instants, la police a essayé de camoufler cet énième acte de violence policière en simple accident de la route. Les témoins ont été intimidé·e·s, menacé·e·s. Les enfants qui voulaient juste rentrer chez eux criminalisé·e·s.

Comme l'a dénoncé Me Alimi, l'avocat des familles, il y a « une volonté de dissimulation manifeste, une volonté de faire détruire des preuves, une volonté aussi d'organiser une procédure qui viserait à criminaliser les enfants eux-mêmes ».

 

Dans notre arrondissement, de Lamine Dieng à Boubacar et Fadigui, aux traques quotidiennes nous connaissons le rapport inquiétant, raciste, insupportable et renouvelé de la police avec les habitant·e·s, notamment les jeunes.

Une plainte a été déposée pour « tentative d'assassinat par personnes dépositaires de l'autorité publique avec arme par destination ».

 

Habitant·e·s, mères, pères, frères, sœurs, ami·e·s nous ne pouvons pas nous taire.

Associations agissant dans le 20è arrondissement pour l'égalité des droits, nous nous tenons aux côté des familles pour que la vérité soit établie, pour que cesse la criminalisation des victimes et l'impunité policière.

C'est grâce aux témoignages et à la solidarité exprimée par les personnes sur place que les mensonges des policiers ont été dévoilés.

Continuons cette solidarité !

 

Pour exiger vérité et justice pour Safyatou, Salif et Ilan, nous vous appelons à venir mercredi 26 avril à 19h au 70 rue des Rigoles 75020 Paris pour constituer un comité de soutien.

 

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:25
États-Unis : l’écologiste tué
par la police a été touché par 57 balles
21 avril 2023 à 18h02
 
https://reporterre.net/Etats-Unis-l-ecologiste-tue-par-la-police-a-ete-touche-par-57-balles?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne
 
 

57 blessures par balle d’après le rapport d’autopsie de 19 pages. C’est ce que relaie le Guardian, concernant la mort de l’activiste environnemental Manuel Esteban Paez Teran, dit « Tortuguita » (la petite tortue) le 18 janvier 2023.

Cet homme de 26 ans luttait depuis l’été 2021 contre l’implantation d’un centre de formation de la police et des pompiers menaçant une forêt aux États-Unis. Selon l’État de Géorgie, il aurait tiré le premier lors d’un affrontement mortel avec la police. Une version que l’autopsie a démenti : aucun résidu de poudre n’ayant été trouvé sur ses mains ni sur ses vêtements.

Sept opposants ont été arrêtés pour « terrorisme domestique » lors de cette même opération policière, et six autres lors de la manifestation qui a suivi. Le projet contre lequel il se battait porte le nom de « Cop City » (la « ville des flics »), un centre d’entraînement pour la police.

Manuel Esteban Paez Teran partageait son temps entre la défense de la forêt d’Atlanta et des collectifs d’entraide communautaire pour les victimes d’ouragans en Floride.

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5 juillet 2023 3 05 /07 /juillet /2023 11:21
Un policier condamné à trois mois
de prison avec sursis après des tirs
au bois de Boulogne en 2019
Alexis B. avait tiré à deux reprises sur un véhicule le 30 avril 2019 sans brassard ni gyrophares. Le tribunal judiciaire de Paris a considéré que les tirs n’entraient pas le cadre de la légitime défense.
par Ludovic Séré
 

«Je ne vise pas»

«Mettre du droit à la place du ressenti individuel»

«Je suis désolé»

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18 avril 2023 2 18 /04 /avril /2023 02:59
Une course-poursuite finit en drame :
la police accusée d’avoir percuté
trois ados sur un scooter

Le 13 avril, trois mineurs à scooter de 13, 14 et 17 ans ont chuté alors qu’ils tentaient d’échapper à un contrôle de police, dans le XXe arrondissement de Paris. Trois témoins affirment que la voiture de police les a volontairement percutés. Une enquête a été confiée à l'IGPN.  

Camille Polloni et Mathieu Molard (StreetPress) 17 avril 2023 à 19h59

Pour Ilan, cela ne fait aucun doute : les policiers les ont percutés volontairement. Dans une note vocale envoyée à StreetPress et Mediapart avec l’accord de sa famille, l’adolescent de 13 ans rembobine la scène : « Ils nous ont tamponnés avec l’avant de leur voiture. Ils ont mis un coup de volant pour nous tamponner le scooter et nous faire un accident. » 

L’un des autres occupants du scooter – ils étaient trois sur le deux-roues – et trois témoins directs de la scène confirment cette version. Avant de répondre à nos questions, ces témoins ont livré leur déposition au Service du traitement judiciaire des accidents (STJA). 

Illustration 1
Quelques minutes après l'accident, le 13 avril à Paris. © Document Mediapart et Streetpress

L’affaire est d’une extrême gravité. Safyatou, la conductrice du scooter, âgée de 17 ans, est toujours hospitalisée dans un état critique. Elle a été placée en coma artificiel, avec un pronostic vital engagé. Elle a également subi plusieurs interventions chirurgicales. Son petit frère de 13 ans, Salif, également hospitalisé, est blessé au foie mais son état est jugé encourageant par les médecins. Ils portaient tous les deux un casque. Ce n’est pas le cas du troisième passager, Ilan, 14 ans. Sa mère, Amanda, souffle qu’il « s’en sort bien » : il n’est que légèrement blessé à la jambe. 

Lundi 17 avril, les familles de ces mineurs sont allées porter plainte à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) pour « tentative d’assassinat », accompagnées de leur avocat, maître Arié Alimi. 

Contactée, la préfecture de police de Paris indique que « le conducteur a refusé de s’arrêter et, pour échapper au contrôle, a emprunté une rue à contresens, avant de perdre la maîtrise de son scooter dans des circonstances qui restent à établir ». De son côté, le parquet de Paris indique qu’« un choc a été évoqué par plusieurs personnes entre le véhicule de police et le scooter », et qu’en parallèle de l’enquête sur le refus d’obtempérer, une autre a été confiée à l’IGPN.

Deux vidéos, que Mediapart et StreetPress se sont procurées, montrent les policiers porter les premiers secours aux blessés avant l’arrivée des pompiers. À l’angle de la rue de Bagnolet et de la rue de Lesseps, dans le XXe arrondissement de Paris, le scooter gît sur le trottoir, devant la porte close du restaurant Lou Tiap. Un véhicule blanc siglé « police » est garé le long de la chaussée, gyrophare et deux-tons allumés, avant qu’une policière aille éteindre la sirène. Six policiers s’affairent autour de trois silhouettes au sol : les passagers du deux-roues, éjectés. 

Une soirée infernale

Que s’est-il passé lors de cette course-poursuite ? Grâce aux témoignages de cinq témoins, de deux des victimes et de membres de leurs familles, StreetPress et Mediapart sont en mesure de retracer le fil de cette soirée infernale.

Jeudi 13 avril au soir, les trois adolescents se sont rendus ensemble, avec le feu vert de leurs parents, dans une mosquée du XXe arrondissement. Ilan et Salif sont copains de classe. Safyatou est la grande sœur de Salif. Avec l’accord de leurs familles, StreetPress et Mediapart ont pu échanger avec les deux garçons. 

Il est bientôt 23 h 45 quand ils enfourchent un scooter en libre service de la marque Cityscoot. Ils sont trop nombreux sur le deux-roues et l’un d’entre eux ne porte pas de casque. Cela, nul ne le conteste. Safyatou conduisait pour rentrer, son frère derrière elle, et Ilan – sans casque – encore derrière.

Une patrouille de police qui les croise entreprend de les contrôler. Dans sa note vocale, Ilan reconnaît que lorsque la voiture de police a commencé de les suivre, la conductrice a pris peur et accéléré. « Dès que je vois ça, je lui dis de s’arrêter, mais elle ne m’a clairement pas entendu », raconte l’adolescent. Après ce refus d’obtempérer, la voiture met son gyrophare et se lance à leur poursuite. 

Méline, 37 ans, les aperçoit. Elle descend la rue des Pyrénées depuis la place Gambetta à bord de sa Twingo. Arrêtée à un feu rouge, elle voit le scooter « suivi de près par une voiture de police » remonter en sens inverse et tourner à gauche dans la rue de Bagnolet. « Quand je les vois de profil, je me rends compte qu’ils sont trois et que ce sont des enfants, ils ont de tout petits corps », se souvient cette livreuse et chauffeuse routière. Elle s’engage juste derrière la voiture de police, dans la rue de Bagnolet. 

« Le scooter des petits roule droit, il ne fait pas de zigzags, la route n’est pas mouillée », affirme Méline, encore « sidérée » par ce qu’elle voit ensuite. « La voiture de police se met sur la gauche du scooter et ouvre une portière côté droit, tout en roulant, pour essayer de les déséquilibrer. Ça ne marche pas. Quelques secondes après, ils mettent un coup de volant sur la droite pour les percuter volontairement. Ils tapent entre l’aile droite et la portière avant droite. Les passagers sont projetés du scooter et tombent sur le trottoir. »  

"Ils nous ont tamponnés."  Ilan, l’un des blessés

Dans sa note vocale, Ilan se rappelle que le véhicule de police leur a d’abord mis « un coup de pression » en se plaçant juste derrière le scooter. « On ne peut vraiment pas freiner, sinon on se fait tamponner par la voiture. » Il se souvient que la voiture se positionne ensuite sur la gauche du scooter.

« La policière qui était à l’arrière, porte droite, nous a menacés avec un pistolet, je crois. Ensuite ils reviennent derrière nous très peu de temps, et se remettent à côté. J’entends un bruit de portière. Je crois qu’ils ont ouvert leur portière, qu’ils l’ont fermée et qu’une seconde après ils nous ont tamponnés avec l’avant de leur voiture. Ils ont mis un coup de volant pour nous tamponner le scooter. » Ilan fait « un vol plané » et tombe. Sa jambe droite lui fait mal. 

Dans une autre note vocale envoyée depuis sa chambre d’hôpital, Salif, le blessé de 13 ans, raconte ce qu’il a retenu de la course-poursuite. Selon lui, dans la rue de Bagnolet, « une policière baisse la vitre de la voiture, elle nous menace avec son pistolet. À ce moment-là, la voiture de police se met à notre hauteur et ils nous percutent ».  

Illustration 2
Une reconstitution de la scène. © Infographie Caroline Varon / StreetPress

Un deuxième témoin assiste à la scène. Camille, 35 ans, est la plus proche du choc : quatre à cinq mètres tout au plus. Elle rentre à vélo d’un dîner avec son mari. Alors qu’elle arrive à l’angle de la rue de Lesseps et de la rue de Bagnolet, Camille entend des gyrophares puis voit la voiture de police, à gauche du scooter. Par la fenêtre ouverte, elle entend crier : « Arrêtez-vous, arrêtez-vous ! » Puis elle voit, très clairement dit-elle, « la voiture de police dévier légèrement sur la droite pour les taper, pour qu’ils s’arrêtent ». « Il y a eu un choc. Je l’ai vu et entendu. Je pense que ça a tapé à l’avant de la voiture, j’ai vu le rétro du scooter voler. Ils les ont cognés, ça ne fait pas de doute. Le scooter s’éclate et les enfants s’écrasent. »  

Un troisième homme voit la scène. Almamy, 30 ans, arrive en sens inverse. Ce livreur à vélo sort d’un magasin Flynt situé au 71 rue de Bagnolet, juste en dessous de la rue de Lesseps. Il vient de commencer une course quand il entend la sirène de police. Il aperçoit d’abord la voiture qui se rapproche de lui, puis le scooter. « Je vois la voiture de police qui fait un mouvement à droite et cogne le scooter. Ça a fait un bruit, “cong”, et après le scooter tombe. » Almamy insiste à plusieurs reprises : « Je n’ai rien contre la police, je témoigne pour dire la vérité. » 

Un homme attablé à la terrasse d’un café, L’Abribus, dit lui aussi avoir aperçu l’accident. Et une voisine qui vit juste au-dessus des lieux a, quant à elle, « entendu un choc et ensuite un scooter qui tombe ». Le bruit l’a attirée à la fenêtre, comme « cinq ou six personnes de [son] immeuble ». Elle sort ensuite dans la rue. 

Illustration 3
Quelques minutes après l'accident de scooter, le 13 avril à Paris. © Document Mediapart et Streetpress

Juste après l’accident, selon les récits de tous ces témoins, les trois policiers descendent de leur voiture. Méline décrit « un policier black, un Européen et une femme » qui se penchent sur Safyatou et Salif, pendant qu’Ilan « sautillait parce qu’il avait mal à la jambe ». Un autre équipage, également composé de trois policiers, arrive presque aussitôt en renfort. Ilan est menotté. 

Les vidéos tournées par les témoins commencent à cet instant. Sur l’une d’entre elles, on entend Méline s’adresser directement aux six policiers présents : « Ils les ont percutés volontairement ! Appelez les pompiers, n’enlevez pas le casque, ne les mettez pas plus en danger, c’est pas normal ce qui se passe. C’est des enfants ! » Sur une autre, c’est Almamy qui dit : « Les policiers, ils les ont fait tomber. [...] Ils les ont percutés de ouf. Oui, oui, j’ai vu ça, oui, oui. » 

Des témoins invités à « circuler » 

Méline, Almamy, Camille et son mari Alban demandent aux policiers de faire attention à leurs gestes sur les blessés et d’attendre les pompiers. Tous tiennent à rester sur place pour pouvoir apporter leur témoignage. Ils affirment en avoir été dissuadés par les policiers, qui leur ont demandé de s’écarter et de circuler, sans prendre leurs coordonnées. 

Après avoir échangé leurs numéros entre eux, les témoins finissent par progressivement quitter les lieux, à l’exception de Méline. Celle-ci assiste à l’évacuation des blessés par les pompiers, qui emmènent d’abord Ilan (démenotté entre-temps) sur une chaise roulante, puis Salif et Safyatou sur des civières gonflables. 

Méline continue de filmer une partie de ses échanges avec les policiers, insistant toujours sur ce qui lui semble crucial : le scooter a été « tamponné volontairement ». « Si le collègue fait de la merde, je dirai qu’il fait de la merde, mais là, j’étais pas là », lui répond l’un des agents venus en renfort, alors que Méline lui montre l’avant de la voiture de police et soutient que le choc a laissé des traces sur la carrosserie. Sur les images, il semble la contredire. « Des policiers qui n’ont même pas vu me disent que ça ne s’est pas passé comme ça », s’indigne Méline, trois jours plus tard.  

Vers 1 h 30 du matin, des policiers du service de traitement judiciaire des accidents arrivent. Méline a téléphoné à Almamy, le livreur à vélo, pour qu’il revienne. Après avoir laissé entendre qu’il faudrait se rendre au commissariat du XXe arrondissement, les policiers prennent leur première déposition sur place et notent leurs coordonnées, pour pouvoir les convoquer. L’un des fonctionnaires sur place aurait, selon Almamy, affirmé que leur témoignage était « diamétralement opposé » à ceux des policiers. Méline confirme : les policiers ont dit qu’ils n’avaient pas touché le scooter. 

L’un des blessés en garde à vue 

Pendant ce temps, Ilan a été placé en garde à vue à l’hôpital Trousseau, dans le XIIe arrondissement. Sa mère, Amanda, n’est pas autorisée à le voir et ne connaît pas les circonstances exactes du refus d’obtempérer qui lui est reproché. Elle est, à ce moment-là, dit-elle, « très en colère » contre lui. Elle prévient une avocate qui assistera Ilan lors de son audition. 

Amanda n’entend le récit détaillé de son fils que le vendredi en fin d’après-midi, lorsque celui-ci évoque le « coup de volant » des policiers et le « choc » de l’accident. « Je débarque complet », explique-t-elle. Je n’arrive pas à accepter que les policiers m’aient traitée de la sorte, qu’ils m’aient menti alors qu’on m’a appris à leur faire confiance. » La mère d’Ilan estime avoir été, notamment par manque d’information, poussée par les policiers à déposer plainte contre la conductrice du scooter. Ce qu’elle a fait pendant la garde à vue de son fils. Elle souhaite désormais la retirer. 

Amanda se dit aussi choquée par la phrase d’une policière, qu’elle rapporte ainsi : « Je ne cautionne pas ce que mes collègues ont fait, mais madame, il faut que vous compreniez, aujourd’hui on a des terroristes de 12 ans. » Elle veut désormais obtenir justice : « D’après ce que je comprends, ils les ont percutés volontairement. Est-ce que c’est leur rôle, est-ce qu’ils ont le droit de le faire ? Comment je peux expliquer à mon enfant qu’il doit respecter la police, quand pour lui, la police, c’est ceux qui ont attenté à sa vie ? Je veux lui montrer que la justice s’intéresse aux faits, pour rétablir la vérité. » 

Vendredi, samedi et dimanche, le Service du traitement judiciaire des accidents a auditionné Méline, Almamy et Camille dans le XVe arrondissement. Méline a transmis aux enquêteurs les vidéos qu’elle a tournées. La livreuse raconte qu’à l’issue de son audition, la policière qui l’avait convoquée est entrée dans la pièce pour lui ordonner d’effacer les vidéos de son téléphone, ce qu’elle a refusé de faire. La policière l’aurait alors menacée de « finir en garde à vue » si elle ne s’exécutait pas. Sans succès. 

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18 avril 2023 2 18 /04 /avril /2023 02:56
Jean-Luc Mélenchon et l’avocat Arié Alimi
visés par une enquête pour « outrage »
contre la Brav-M

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris à l’encontre de Jean-Luc Mélenchon et de l’avocat Arié Alimi pour « outrage public envers des personnes dépositaires de l’autorité publique ».

 
Par Jean-Michel Décugis 
Le 31 mars 2023 à 20h15, modifié le 1 avril 2023 à 07h05

« Nous enverrons ces jeunes gens se faire soigner (…) Ce n’est pas une activité normale, d’être candidat pour aller frapper à deux sur une moto des gens dans la rue. » L’ancien candidat à la présidentielle pour LFI, Jean-Luc Mélenchon va devoir s’expliquer sur cette phrase lancée le 26 mars dernier sur la chaîne LCI à l’encontre de la BRAV-M, cette brigade de policiers motorisés spécialisée dans le maintien de l’ordre et controversée.

Selon nos informations, le parquet de Paris a ouvert, le 29 mars, une enquête préliminaire pour des faits d’outrage public envers des personnes dépositaires de l’autorité publique à la suite du signalement du Préfet de Police de Paris, Laurent Nunez auprès de la procureure de la République de Paris. Les investigations ont été confiées à la Brigade de Répression de la Délinquance contre la Personne (BRDP).

Des interventions qui ont suscité moult polémiques

La même enquête vise l’avocat Arié Alimi pour des propos tenus le même jour et jugés également calomnieux par le préfet de police de Paris. « Ils sont lancés dans les rues de Paris avec des matraques et des armes, ils brisent des os, font des chasses à l’homme (…), ce sont d’anciens voltigeurs, ceux qui ont tué Malik Oussekine. J’ai le sentiment que ce qui est cherché aujourd’hui, c’est une tragédie, un drame fatal, une issue fatale pour sortir d’une crise politique de laquelle le Président de la République n’arrive plus à sortir » avait déclaré l’avocat.

Créées au printemps 2019 lors du mouvement des Gilets jaunes, les Brav-M sont des unités de policiers circulant à moto pour assurer le maintien de l’ordre en manifestation, en étant plus mobiles que les compagnies de CRS ou les gendarmes mobiles.

Leur mission est d’aller au contact des casseurs pour faire cesser les dégradations et les interpeller. Leurs interventions, ces dernières semaines en marge des manifestations contre les retraites et autres rassemblements sauvages, ont suscité beaucoup de polémiques, notamment au sein de la gauche qui a demandé leur dissolution, mais pas seulement.

La Brav-M est sous le coup de plusieurs enquêtes judiciaires menées par l’IGPN pour des violences présumées sur des manifestants. Une pétition citoyenne a été lancée sur le site de l’Assemblée nationale pour demander le « démantèlement » des Brav-M. Celle-ci a recueilli plus de 140 000 signatures citoyennes en six jours et pourrait faire l’objet d’un débat en séance publique si elle en recueille 500 000.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui doit être auditionné la semaine prochaine à l’Assemblée nationale sur la « gestion du maintien de l’ordre », sera sans aucun doute interrogé sur le bien-fondé de cette brigade.

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18 avril 2023 2 18 /04 /avril /2023 02:52
Des «armes de guerre» ont bien été utilisées
par les gendarmes à Sainte-Soline,
contrairement à ce qu’affirme
Gérald Darmanin
Le ministre de l’Intérieur a assuré que les autorités n’avaient pas employé d’armes de guerre contre les manifestants antibassines. Pourtant, certains éléments du matériel utilisé sur place sont bel et bien répertoriés comme tels par le code de la sécurité intérieure.
par Fabien Leboucq et Anaïs Condomines
 

Des armes classées en «catégorie A2»

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