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19 février 2024 1 19 /02 /février /2024 20:27
Affaire Legay : ils ont tous menti,
Macron le premier

Le 23 mars 2019, Geneviève Legay, 73 ans, est grièvement blessée à Nice lors d’une manifestation des gilets jaunes. Macron, Estrosi et le procureur de la République se précipitent pour disculper les policiers. Mais Pascale Pascariello va pulvériser leurs mensonges en démontrant la responsabilité du commissaire Souchi. La journaliste de Mediapart raconte son travail avant le procès, qui se tient le 11 janvier 2024.

 

Michaël Hajdenberg et Pascale Pascariello  7 janvier 2024 à 15h05

Mars 2019 : la France est jaune. Tous les week-ends, un peu partout dans le pays, des manifestants se mobilisent pour leur pouvoir d’achat. La répression est féroce : les forces de l’ordre gazent, éborgnent, mutilent. À Nice, une militante d’Attac, Geneviève Legay, 73 ans, est bien décidée à braver l’interdiction qui est faite de manifester place Garibaldi, et elle le fait savoir à différents médias venus couvrir l’événement.

Mais alors que la foule fait pacifiquement connaître son mécontentement, le commissaire Souchi ordonne aux forces de l’ordre de charger. Quelques instants plus tard, Geneviève Legay se retrouve à terre, blessée, inanimée. Sa photo alimente immédiatement les réseaux sociaux et les chaînes d’info. Que s’est-il passé ?

Pour le président Emmanuel Macron comme pour le maire de Nice, Christian Estrosi, il est hors de question d’assumer un tel loupé. Mais plutôt que de charger les policiers, ils vont les dédouaner : Geneviève Legay a dû trébucher. Ou être renversée par un journaliste.  

Spécialiste des violences policières à Mediapart, la journaliste Pascale Pascariello décide de mener une enquête, qui conclura à la responsabilité de l’autorité policière. 

Le jeudi 11 janvier, fait rarissime, c’est donc un commissaire qui sera jugé pour les ordres qu’il a donnés. Tandis que le policier qui a renversé Geneviève Legay n’a pas été poursuivi .

 

Chronologie

  • 23 mars 2019 : Manifestation des gilets jaunes à Nice. Lors d’une charge policière, Geneviève Legay, 73 ans, est renversée. Bilan : une hémorragie dans les méninges, des nombreux hématomes et plusieurs fractures dont une au crâne.
  • Le jour même :  Jean-Michel Prêtre, procureur de la République de Nice, ouvre une enquête « en recherche des causes des blessures » et affirme que la militante d'Attac a chuté « et s’est cognée contre un pylône fixe ».
  • 25 mars 2019 : Dans un entretien avec Nice Matin, le président de la République assure que « cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ».
  • 28 mars 2019 : Mediapart publie une enquête qui contredit ces affirmations. Un procès verbal rédigé par un officier de police judiciaire, qui date du 23 mars (jour de la manifestation) à 19h05, relate que « selon les premiers éléments recueillis, la septuagénaire aurait été bousculée par un homme qui portait un bouclier ». Le lendemain, une instruction est ouverte pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique ».
  • 8 avril 2019 : un nouvel article de Mediapart révèle que la policière en charge de l’enquête, Hélène Pedoya, n'est autre que la compagne du commissaire Souchi qui a donné l'ordre de charger les manifestants.
  • 16 juin 2019 : Rabah Souchi et Hélène Pedoya sont médaillés par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner. Créée en 2012, la médaille de la sécurité intérieure est « destinée à récompenser les services particulièrement honorables notamment un engagement exceptionnel (...), et à récompenser des actions revêtant un éclat particulier » 
  • 24 juin 2019 : Mediapart publie un rapport de gendarmerie qui date du 25 mars et dans lequel les gendarmes expliquent avoir refusé de participer à la charge décrétée par le commissaire Souchi, car la jugeant « disproportionnée ».
  • 10 juillet 2019 : l'instruction est dépaysée à Lyon.
  • 1er août 2019 : le procureur Jean-Michel Prêtre est muté.
  • 9 avril 2020 : dans le cadre de l’enquête judiciaire, l’IGPN rend ses conclusions : elle juge elle aussi la charge dispropotionnée.
  • 9 novembre 2020 : le commissaire Souchi est mis en examen pour « complicité, par ordre ou instruction, de violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ».

  • 11 janvier 2024 : procès du commissaire Souchi.
  • Geneviève Legay

    Cette militante de l’association Attac était âgée de 73 ans lors du mouvement des « gilets jaunes ». Le 23 mars 2019, munie de son drapeau arc-en-ciel, elle a été renversée et gravement blessée lors de la charge des forces de l’ordre. Elle en garde des séquelles encore aujourd’hui.

  • Jean-Michel Prêtre

    Procureur de la République de Nice, il déclare le 25 mars 2019 écarter toute responsabilité des forces de l’ordre alors que les premiers éléments policiers montrent le contraire. Il a aussi confié l’enquête sur les responsabilités policières à la compagne du commissaire mis en cause, tout en connaissant leur lien, et s’est félicité de l’enquête visant à trouver nos sources. Il a finalement été muté à Lyon.

  • Rabah Souchi

    Le commissaire était à la tête du service d’intervention d’aide et d’assistance à la population (SIAAP). C’est lui qui a donné l’ordre de charger les manifestant·es, en dépit de l’opposition du capitaine de gendarmerie. Renvoyé devant le tribunal, il n’a cependant pas eu de sanction administrative. Mieux : il a reçu du ministère de l’intérieur la médaille de la sécurité intérieure, « destinée à récompenser les services particulièrement honorables ».

  • Hélène Pedoya

    Commissaire en cheffe de la sûreté départementale, elle a été chargée par le procureur de la République de mener l’enquête sur l’origine des blessures de la manifestante pacifique. Elle est pourtant la compagne du commissaire à l'initiative de la charge. Un conflit d’intérêts intenable. Elle aussi a reçu la médaille de la sécurité intérieure.

  • Ludovic F.

    Simple agent administratif, il a été choqué par les mensonges à répétition dans cette affaire. Ne pouvant pas être entendu par sa hiérarchie, directement impliquée dans les faits, ni alerter le procureur, qui couvrait la police, il a confié son désarroi à Mediapart, avant d’être victime d’une chasse aux sources. Il explique avoir fait son devoir.

  • Emmanuel Macron

    Dans un entretien accordé à Nice-Matin, le 25 mars 2019, le président de la République déclare que « pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable ». Emmanuel Macron ajoute que « cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre ».

 
 

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