
«Je veux assurer les policiers de toute ma reconnaissance, de tout mon soutien et de toute ma confiance.» Au cours d’une visite du commissariat du XIXe arrondissement de Paris, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a pris la parole pour la première fois depuis le mouvement subversif d’une partie des policiers. Questionné par BFMTV, le seul média autorisé à suivre ce déplacement, sur les propos du directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, qui affirmait dimanche 23 juillet qu’un policier n’avait pas sa place en détention provisoire, Gérald Darmanin l’a pleinement conforté : «Il a parlé comme parle un chef vis-à-vis de ses policiers, je le soutiens totalement et je suis très fier que ce soit mon collaborateur.» Cette prise de parole précédait une rencontre avec les syndicats de la profession, au ministère de l’Intérieur.
A la sortie, ces derniers claironnaient leur satisfaction. «On avait un ministre plutôt à l’écoute, plutôt d’accord avec nos propositions […] il a dit qu’il nous soutenait», résumait Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance, syndicat d’extrême droite et principale force de la coalition arrivée en tête aux dernières élections professionnelles. Le ministère laisse à ces organisations le soin d’exposer le contenu des échanges et leur contentement. Auprès de Libé, l’entourage de Gérald Darmanin fait savoir que «le ministre a accueilli les propositions des syndicats, et demandé au DGPN d’étudier leur faisabilité opérationnelle et juridique». Une nouvelle réunion aura lieu à «la fin de l’été».
«Revenir sur la détention provisoire des policiers»
Les tracts émis par le «bloc syndical» (Alliance et Unsa) et Unité-SGP, qui ont obtenu plus de 80 % des voix aux dernières élections professionnelles, ont déjà des airs de triomphe, chacun listant ce qui était demandé et ce qui a été obtenu. Par exemple : «Le ministre répond favorablement à notre demande d’étudier une modification de l’article de 144 du code de procédure pénale», qui encadre le placement en détention provisoire, écrit la première force syndicale du ministère. C’était la principale revendication des syndicats. Gérald Darmanin se serait donc engagé à «étudier la loi pour revenir sur la détention provisoire d’un policier agissant en mission», selon Unité-SGP, qui rappelle qu’il s’agit de l’«un des critères du statut spécifique du policier mis en examen» réclamé par les organisations.
A en croire Unité-SGP (le tract du «bloc» n’en fait pas mention), ce statut spécifique pourrait être consacré par la création de «juridictions et magistrats spécialisés» pour les affaires mettant en cause des policiers. Il est question de «travailler rapidement avec le garde des Sceaux» sur le sujet. «Rapidement» : l’adverbe revient aussi concernant le fait de lancer «des travaux sur la généralisation de l’anonymisation des policiers», selon le bloc syndical. Soulignant l’obstacle que représente la Constitution à leurs revendications, Unité-SGP complète : cette «anonymisation totale» devra faire l’objet d’un texte «sans craindre de rejet du Conseil constitutionnel».
«Primes maintenues lors de suspensions»
Autre acquis revendiqué par Unité-SGP : le «maintien des primes en plus du traitement lors d’une suspension». Ici se dessine, entre les lignes, une réalité méconnue mais déjà révélée par Libé au sujet de l’éborgnement d’Adnane Nassih, comme de la mort de Nahel : il n’est pas rare que des policiers mis en cause pour des faits de violence, et interdits d’exercer par l’autorité judiciaire, soient de surcroît suspendus par leur administration. Loin d’être une forme de sanction, cette suspension se fait «avec traitement» (le salaire des fonctionnaires). Elle permet donc aux agents d’être payés par le ministère de l’Intérieur alors qu’ils ne travaillent plus. Les syndicats veulent donc aller plus loin dans cette direction, en maintenant pour les agents le complément de revenus que sont les primes. L’affaire semble pliée, puisque le tract du bloc adopte l’indicatif : «Les primes seront maintenues lors d’une suspension.»
Les organisations syndicales promettent de rester «attentives» et «déterminées» quant au «respect de la mise en œuvre» de ces engagements. Celle-ci incombera à la fois au législateur, au ministre de l’Intérieur… Mais celui de la Justice ne devrait pas être en reste. Ainsi, Alliance et l’Unsa concluent en annonçant qu’«une réunion commune avec le garde des Sceaux est prévue pour la rentrée». Depuis le début de cette énième séquence de sédition policière, Eric Dupond-Moretti n’est sorti qu’une fois de son silence, avec un tweet citant un morceau choisi de l’allocution présidentielle du début de semaine. L’ancien pénaliste rappelait que «nul n’est au-dessus de la loi de la République». Cela semble de moins en moins vrai.