
Ce samedi 26 mars, la police abattait un homme au volant d’une fourgonnette signalée comme étant volée entre Aulnay-sous-Bois et Sevran (Seine-Saint-Denis). La balle, entrée au niveau de l’omoplate, a été fatale au conducteur. Le véhicule en fuite a fini par s’immobiliser un kilomètre plus loin, allée de La Pérouse, dans le quartier des Beaudottes. Depuis ce drame, les violences urbaines se succèdent au fil des nuits dans le secteur.
Ici, tout le monde appelait la victime « JP ». Un surnom plus connu que son nom complet, Jean-Paul Benjamin. C’était « un grand black » de 33 ans. Il était père de deux jeunes enfants. « Comme tout jeune de la cité, il faisait son match de foot le dimanche, se souvient un ami d’enfance. Il mettait de la bonne humeur. »
Le trentenaire était à la tête d’une entreprise de livraison. « Il avait une quinzaine de camions. Faute d’emplacement, il les garait un peu partout dans le quartier », en sourit encore ce proche. L’empreinte de l’autoentrepreneur était partout. « C’était une figure emblématique qui était très, très appréciée », souligne Sébastien Bastaraud, adjoint au maire de Sevran. À voir le visage décomposé d’Idris dans la commune voisine d’Aulnay, sa popularité rayonnait au-delà des Beaudottes. Les deux villes sont aujourd’hui plongées « dans une tristesse énorme ».
« Il a fait des bêtises dans sa jeunesse mais c’est pas un voyou »
Samedi 26 mars, peu avant midi, quand le trentenaire est tué au volant de la fourgonnette, la nouvelle se répand à tous les étages. « On était tous en état de choc, témoigne un habitant, de deux ans son aîné. On savait qu’il était à l’hôpital. On s’est dit : Il s’est mangé une balle mais il va se relever ! C’est Jean-Paul, c’est pas un foufou. De là à s’imaginer qu’il ne survivrait pas… » Ce proche ne tient pas à s’afficher pour ne pas froisser la famille. Une famille dévastée. Pour elle, « JP était le pilier », poursuit-il.
Il enrage de voir son ami dépeint comme « une racaille » : « Il a fait des bêtises dans sa jeunesse mais c’est pas un voyou. » Une source policière confirme : « Il s’agissait de faits anciens. Il s’était rangé. » Il a été dénombré jusqu’à « 34 mentions (une mention n’entraîne pas forcément une condamnation) entre 2003 et 2015 pour des outrages, des vols aggravés ou non ». Puis plus rien à l’approche de la trentaine.
Une embrouille avec un client serait à l’origine du drame
« Il avait rebondi, explique l’ami d’enfance des Beaudottes. Il avait créé il y a quelques années sa propre entreprise de livraison. Il s’était bien développé. » Pendant la pandémie de Covid, il avait travaillé « comme un acharné » pour approvisionner les foyers confinés. Il mettait ses fourgons à la disposition des habitants. « Il faisait des déménagements gracieux, se remémore son copain. Et quand on allait acheter un meuble chez Ikea, on appelait JP. »
Une marche blanche sera organisée ce samedi
Ce samedi-là, Jean-Paul était allé réclamer son argent. Sans succès. En pétard, il aurait dit à son débiteur « Je te prends un camion » et, d’autorité, serait monté à bord d’un véhicule de l’entrepreneur. Ce dernier a immédiatement déposé plainte au commissariat.
Peu après, la brigade anticriminalité de Sevran repère ce véhicule signalé volé arrêté à un feu rouge rue Suzanne-Lenglen, à Aulnay. Comme l’indique le parquet de Bobigny, « un policier se porte à la hauteur de la vitre du conducteur et, dans des circonstances qui restent à déterminer, a fait usage de son arme — un seul coup de feu — au moment où la camionnette redémarrait brusquement ». « Il a pu paniquer », imagine son ami.
L’enquête sur les circonstances du tir a été confiée à l’IGPN (Inspection générale de la police nationale). Le policier de 32 ans qui a fait usage de son arme n’a toujours pas pu être entendu. « Il est sous le coup d’un choc post-traumatique », indique Matthieu Vallet, porte-parole du Syndicat indépendant des commissaires de police. Ce dernier renonce « à refaire le match en l’absence du témoignage » de l’agent et plaide pour son collègue : « Si on s’arrête aux injonctions de la police, il n’y a pas de problème. Si le policier a utilisé son arme, c’est qu’il a senti que sa vie était en danger. »
Après ça, les Beaudottes et d’autres quartiers alentour ont connu quatre nuits de violences. Les amis de « JP » appellent au calme et condamnent les violences. Une marche blanche se tiendra ce samedi.