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2 février 2012 4 02 /02 /février /2012 12:22

Directeur de la publication : Edwy Plenel

PAR LOUISE FESSARD

ARTICLE PUBLIÉ LE MARDI 31 JANVIER 2012


Suite aux pressions de syndicats de police, le préfet
du Val-d'Oise a ordonné hier au maire d'Argenteuil de
retirer une plaque, déposée le 14 janvier 2012 par un
collectif, en mémoire d'Ali Ziri, un retraité algérien,
décédé en juin 2009 après son interpellation.


« Pour l’Etat, la plaque constitue une atteinte à
la présomption d’innocence, précise le cabinet du
maire d'Argenteuil, cité ce matin par Le Parisien.
L’Etat menace la ville d’un recours devant le tribunal
administratif si nous n’y donnons pas suite. »
D'après Ludovic Collignon, représentant du syndicat
Alliance Police dans le Val-d'Oise, le ministre
de l'intérieur Claude Guéant se serait empressé
d'annoncer la « bonne » nouvelle à ce syndicat,
proche de la droite, lundi soir au Paradis latin, un
cabaret parisien du Ve arrondissement. « Le ministre de
l'intérieur nous a annoncé que le maire avait accepté
le retrait de la plaque lors d'un entretien avec le préfet
lundi », affirme Ludovic Collignon.
Mais selon le cabinet du maire, joint mardi matin, « la
Ville n'a pas encore pris cette décision, une réunion
avec le maire à ce sujet devant avoir lieu cet aprèsmidi
».
L'objet de la polémique est l'inscription portée par la
plaque, dévoilée le 14 janvier par monseigneur Gaillot
et à l'initiative du collectif vérité et justice pour Ali
Ziri : « Ali Ziri, 69 ans, mort le 11 juin 2009, suite à
son interpellation par la police nationale, ici même. »
Interpellé le 9 juin 2009 par trois policiers, Ali Ziri
était tombé dans le coma le soir même et était décédé
le 11 juin. La commission nationale de déontologie de
la sécurité avait évoqué un « traitement inhumain et
dégradant » et deux expertises médicales lient la mort
d'Ali Ziri à l'utilisation de techniques de maintien sur
un homme âgé et fortement alcoolisé (2,4 grammes par
litre).
La dernière, en date du 15 avril 2011, concluait à
« un épisode hypoxique (une diminution de la quantité
d'oxygène apportée aux tissus - ndlr) en rapport avec
les manoeuvres d'immobilisation et les vomissements
réitératifs ». Des techniques de maintien (le «pliage»
notamment) récemment pointées du doigt dans la
mort de Wissam El-Yamni à Clermont-Ferrand.
Malgré ces rapports mettant en cause le rôle des
policiers, le parquet de Pontoise a requis en décembre
2011 un non-lieu. Le juge d'instruction, qui n'a jamais
entendu les trois policiers interpellateurs, doit encore
se prononcer sur un éventuel non-lieu, qui mettrait fin
à toute poursuite.
La plaque, autorisée par un arrêté du maire PS
d'Argenteuil, Philippe Doucet, était donc selon la Ville
«provisoire», en l'attente de la décision de la justice.

 
Surenchère des syndicats


Mais jugeant l'inscription « diffamatoire » et
« insultante » envers les policiers, les syndicats de
gardiens de la paix sont aussitôt montés au créneau. Le
syndicat Alliance Police avait menacé le 23 janvier de
déposer plainte pour diffamation.
Tandis que le principal syndicat de gardiens de la paix,
Unité SGP Police FO, avait appelé ses troupes à un
rassemblement devant l'hôtel de ville d'Argenteuil le
6 février 2012. Ne manquant pas au passage de saisir
Frédéric Péchenard, le directeur général de la police
nationale, et le préfet du Val-d'Oise.
« Nous ne critiquons pas la pose d'une plaque
commémorative, mais la présence des termes police et
interpellation, argumente Frédéric Jung, représentant
d'Unité SGP FO dans le Val-d'Oise. Là, on a
l'impression que toute la police est incriminée et
ça provoque un tollé dans nos rangs. De plus, la
présomption d'innocence existe toujours pour nos
collègues ! »
   
« Les syndicats jouent sur les mots, regrette-t-on
à la mairie d'Argenteuil. Ils dénoncent le texte en
prétextant que la plaque affirmerait qu'Ali Ziri est
mort “des suites d'une interpellation” alors que ce
n'est pas du tout ce qui est écrit. C'est un fait, Ali Ziri
est effectivement décédé après une interpellation ! Et
le collectif, auteur du texte, a laissé à la justice le soin
de se prononcer sur la responsabilité de la police. »
Pour Me Stéphane Maugendre, l'avocat de la famille
d'Ali Ziri, un retrait serait « un scandale ».
« L'inscription n'est pas diffamatoire puisqu'elle
n'impute pas un fait direct aux services de police, elle
s'inscrit uniquement dans une chronologie », estimet-
il.
Mohamed Nemri, membre du collectif Justice et
Vérité qui regroupe une trentaine d'associations et de
syndicats, n'entend, de toutes façons, pas retirer la
plaque. « Nous ne l'avons pas posée pour la retirer
trois semaines plus tard, déclare-t-il. La population
d'Argenteuil, qui suit cette affaire depuis le début, et
tous ceux qui attendent que les trois policiers soient
enfin entendus par le juge ne comprendraient pas. »
Le coordinateur de l'association des travailleurs
maghrébins de France (ATMF) à Argenteuil regrette
cependant l'ampleur de la polémique. « Dans certains
de nos tracts, nous avions été beaucoup plus loin que
ce qui est inscrit sur la plaque, sans aucune réaction
des syndicats de police, explique Mohamed Nemri. Vu
la période de campagne électorale, c'est clairement
l'occasion pour le gouvernement de taper sur une
municipalité de gauche qui a autorisé l'apposition de
la plaque. »
De son côté; Unité SGP Police FO maintient pour
l'instant son appel pour le 6 février. « Tant que
la plaque n'est pas dévissée, le rassemblement est
maintenu », déclare Frédéric Jung.


Directeur de la publication : Edwy Plenel

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