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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 18:10

« Justice pour Ali Ziri »

Mercredi 30 novembre 2011 | Posté par Remi Hattinguais  

Arezki Kerfali et Ali ziri, 69 ans, sont arrêtés par la police en juin 2009. Seul Arezki sortira vivant de la garde à vue. Après enquête, le collectif de soutien d’Ali Ziri s’attend à ce que soit prononcé un non-lieu. il organisait, ce mardi, une manifestation sur les lieux de l’arrestation.

 

 

La scène se déroule à Argenteuil le 9 juin 2009. Vers 20h30, trois jeunes officiers de police interpellent les conducteurs d’un véhicule faisant des « embardées sur toute la largeur de la route». Au volant, un homme de 61 ans, Arezki Kerfali, accompagne son ami Ali Ziri, 69 ans, venu effectuer les ultimes achats pour le mariage de son fils. Les retrouvailles entre ces amis de longues dates ont été bien arrosées et leur taux d’alcoolémie reflète leur joie d’être de nouveau réunis. L’intervention tourne mal et les deux hommes sont conduits au commissariat puis à l’hôpital où l’un d’entre eux, Ziri, tombera dans le coma quelques heures après avant de décéder deux jours plus tard.

Evidemment, les versions de ce qui aurait pu se passer entre ces deux événements diffèrent. Les gardiens de la paix présents dans le véhicule de police ont affirmé avoir fait face à deux individus gesticulant, crachant et les injuriant, très peu disposés à coopérer. Lors de l’enquête menée par l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN), une policière affirma avoir « fait pression » sous les aisselles d’Ali Ziri « en le maintenant, sa tête plaquée sur les genoux » pour le calmer. Devant un tel refus d’obtempérer, des policiers ont même été appelés en renfort pour transférer les dangereux sexagénaires à l’intérieur du commissariat. « Il ne voulait pas sortir de la voiture (…) et donnait des coups de pied dans le vide » explique un policier entendu le 10 décembre par l’IGPN.

Cependant, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a eu accès aux bandes de la caméra du commissariat, et décrit une toute autre scène : Ali Ziri aurait été expulsé du véhicule, « jeté au sol », le tout « sans réaction apparente », « la tête pendante ». A l’intérieur du commissariat, les deux hommes sont allongés par terre, alors qu’ils commencent à vomir à intervalles régulier. Tandis que les policiers expliquent que les deux hommes auraient continué à les insulter, un jeune homme en garde à vue ce soir-là affirme avoir vu un policier appuyé sa chaussure sur la tête de l’un d’entre eux, prétendant l’utiliser comme une serpillère.

L’officier de police judiciaire présent ce soir-là a reconnu ne pas avoir pu lire ses droits à Ali Ziri, qui n’était déjà plus en état de les comprendre. Il demanda donc son hospitalisation. Arrivé à 20h46 au Commissariat, Ziri ne sera dirigé vers l’hôpital qu’aux alentours de 22h. L’infirmière s’occupant de son admission ne considère pas pourtant son cas comme urgent et le place sur une civière. Ce n’est qu’un peu avant 23h, qu’un médecin s’inquiéta de son teint gris et le découvrit en arrêt respiratoire, mais il était déjà trop tard.

Alors que le parquet se focalisa en premier lieu sur la responsabilité de l’hôpital plusieurs questions restent en suspens : Comment est-ce possible qu’aucun des trois juges d’instruction successifs n’ait pris la peine de mettre en examen ou même d’interroger les policiers présents ce soir-là ? La méthode employée pour calmer Ziri, dite du « pliage » aurait suffi, étant donné qu’elle est interdite depuis qu’elle a causé la mort d’un éthiopien de 23 ans en janvier 2003. Et ce d’autant plus que la seconde autopsie a clairement mis en évidence la présence de nombreux hématomes dans le dos de Ziri, dont certains mesurant jusqu’à 17cm. Le médecin légiste avait d’ailleurs conclu à « un arrêt cardio-circulatoire d’origine hypoxique par suffocation multifactorielle ». (son cœur et ses poumons ont arrêté de fonctionner après avoir été écrasés sur une trop longue période).

Malgré toutes ces zones d’ombres, l’instruction est close depuis le 2 Septembre 2011 et le procureur doit rendre ses réquisitions le 2 Décembre. Le collectif de soutien d’Ali Ziri s’attend donc à ce que soit prononcé un non-lieu. C’est pourquoi, il organisait, ce mardi 29 Novembre, une manifestation de soutien sur les lieux de l’arrestation à Argenteuil.

Bravant le froid et un léger crachin, de nombreuses personnes ont fait le déplacement. L’ambiance est vite donnée lorsque la voiture de la police municipale arrive pour escorter la manifestation : « Police partout, justice nulle part! » Parmi les manifestants, Arezki Kerfali  et sa femme sont venus raconter de quelle manière l’arrestation a laissé des séquelles émotionnelles encore présentes deux ans après les faits. Arezki m’a confié avoir tout de suite réagi lorsqu’on lui a appris la mort d’Ali : « C’est eux, c’est eux qui ont fait ça ! J’en suis sûr. Je n’ai jamais vécu ça. Ca fait 40 ans que je suis en France et je n’ai jamais vu des policiers se comporter comme ça. » . La plainte qu’Arezki a déposée pour violences policières n’a pas eu de suite, et pourtant il devra lui-même se présenter devant un tribunal pour répondre à des accusations pour outrage à agent.

Loin de perdre espoir, le représentant de l’Association des Travailleurs Maghrébins de France m’explique combien cette mobilisation lui redonne du baume au cœur. « Vous savez, si il y a un non-lieu, on est déterminé à aller plus loin, jusqu’à la Cour Européenne des Droits de l’Homme ». En effet, cette dernière avait statué que «lorsqu’un individu est placé en garde à vue alors qu’il se trouve en bonne santé et qu’il meurt par la suite, il incombe à l’Etat de fournir une explication plausible sur les faits qui ont conduit au décès». La seule question qui semble se poser dorénavant est celle des financements. Mais cela ne semble pas l’inquiéter : « on a réussi jusqu’ici en vendant des t-shirt commémoratifs ou en recevant de petits dons par-ci par là, on s’en sortira. Vous savez, on n’a pas grand-chose mais ce qu’on a on le donne avec plaisir pour une cause aussi révoltante ».

Rémi Hatinguais

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