Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 12:34

Affaire Ajimi : le père attend "que la justice fasse son travail"

Publié le lundi 16 janvier 2012

Alors que s’ouvre ce lundi le procès de deux policiers et cinq fonctionnaires mis en cause dans le décès du Grassois de 22 ans, Hakim Ajimi, le père de la victime exige la vérité et la justice..

Boubaker Ajimi force le respect. Tout le monde le dit. Deux jours après la mort de son fils aîné de 22 ans, il est allé s’excuser auprès du directeur de l’agence grassoise du Crédit agricole avec qui Hakim avait eu une altercation le 9 mai 2008. Il a aussi versé 200 € pour renflouer le découvert bancaire de son fils décédé. Surtout, depuis cet après-midi tragique, il a toujours gardé son calme, ne détournant jamais sa douleur intérieure de son combat forcé, n’élevant jamais le verbe, refusant la colère, la haine et la vengeance. Mais exigeant la vérité et la justice. Pour Hakim.

Comme pour sa femme Zohra et leurs trois enfants - Hatem, Ekram et Helmi -, la vie de ce Tunisien, carreleur âgé de 54 ans et arrivé en France en 1976, a brutalement changé. La famille a quitté Grasse voilà deux ans. Pour fuir l’insoutenable. Mais quand il part travailler chaque jour sur les chantiers à Saint-Tropez, il emporte forcément sa peine silencieuse avec lui.

À la veille du procès, Boubaker Ajimi a accepté de livrer son sentiment sur une tragédie qu’il n’aurait jamais voulu connaître. Et attend que la justice fasse son travail. Tout simplement.

Dans quel état d’esprit êtes-vous à la veille du procès ? Serein et inquiet. Serein parce que j’ai confiance en la justice française. Inquiet parce l’affaire est jugée à Grasse et que les policiers sont grassois.

Comment vivez-vous depuis la mort de votre fils ? Notre vie a changé et il nous faut apprendre à vivre avec sa disparition. Il y a des hauts et des bas, de la douleur, de la souffrance. Pas un jour sans que je ne pense à Hakim. Vous savez, c’est très difficile de perdre un enfant. Nous avons perdu un enfant de 22 ans, pas un animal. Je ne le souhaite à personne. On fait tout pour sa mémoire, car Hakim ne nous sera jamais rendu. Les seuls perdants dans cette histoire, c’est nous, sa famille.

Quels ont été les instants les plus difficiles ? À chaque fois que nous apprenions une mauvaise nouvelle de la justice. Mais cela nous donnait encore plus de courage à nous battre.

Depuis le début, votre attitude calme impressionne beaucoup de personnes. Où puisez-vous cette force de caractère ? Je suis calme de nature, je n’aime pas l’injustice et le mal. Je souhaite le bonheur à tout le monde et que chacun puisse vivre bien dans sa vie.

Pourtant, juste après la mort de Hakim, on a tenté de faire pression sur vous. Oui. J’ai reçu des lettres de menace, des coups de téléphone en pleine nuit, mais je n’ai pas prêté attention. J’ai les mains et le cœur propres, la conscience tranquille.

Que pensez-vous de la solidarité qui entoure votre famille ? Grâce au soutien des gens, des associations, nous n’avons pas traversé cette histoire seuls. Je les remercie du courage qu’ils ont à se battre à nos côtés. Vous savez, nous avons fait beaucoup de sacrifices physiques et financiers. Cela nous a privés de beaucoup de choses. Il y a plus d’un an et demi que je ne suis pas retourné en Tunisie voir mes parents, qui me demandent quand je reviens. À chaque fois, je leur dis la même chose : après le procès.

Certains ont souhaité durcir le ton de la colère. D’autres ont craint que la situation dégénère. Or depuis la mort de votre fils il n’y a jamais eu de débordements. Pourquoi ? À quoi cela servirait de casser des vitrines et brûler des voitures ? À rien. Je me suis efforcé de toujours calmer le jeu. Même après le jugement, je ne veux pas que la situation s’enflamme. Pour la mémoire de Hakim. On veut que la justice fasse son travail, tout simplement.

Pourquoi avez-vous quitté Grasse il y a deux ans ? Cela fait trente-cinq ans que j’habite en France. J’aime cette ville, mais il nous était insoutenable de rester à Grasse, de pouvoir croiser les policiers qui ont fait ça. Vous savez, ma femme pleure très souvent la disparition de son fils.

Et quand vous devez y revenir ? Cela réveille la douleur qui est en moi.

Quel discours tenez-vous à vos trois autres enfants depuis la mort de leur frère ? Je leur remonte le moral, leur dit de faire le bien dans leur vie pour lui rendre hommage.

Qu’attendez-vous de la justice au cours du procès ? La vérité. Qu’elle juge ces policiers comme n’importe quel citoyen, car ils doivent être jugés comme tout le monde. Vous savez, je ne suis pas contre la police. Il existe des bons et des mauvais policiers.

Et de ces policiers justement ? Avec mon épouse et notre fils Hatem, nous serons tous les jours au tribunal. J’attends d’eux qu’ils disent pourquoi ils ont tué Hakim alors qu’il était menotté. Je vais les regarder droit dans les yeux. Eux, je ne sais pas. Je ne sais pas s’ils dorment tranquillement, car quand on a tué quelqu’un, c’est difficile de vivre avec.

Au-delà de ce procès, qu’espérez-vous ? Que la clé d’étranglement utilisée par la police, une méthode qui entraîne une mort lente et douloureuse qui a tué mon fils, soit interdite.

Si la décision n’est pas celle que vous attendez, comment réagirez-vous ? S’il n’y a pas de condamnation, nous ferons appel et nous continuerons le combat afin que justice soit faite. Toute ma vie s’il le faut.

 


 

Partager cet article

Repost 0
collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri - dans Vidéos
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Vérité et Justice pour Ali Ziri
  •  Vérité et Justice pour Ali Ziri
  • : Halte aux violences policières excessives et disproportionnées! Les droits humains ne doivent pas être sacrifiés sur l’autel de la sécurité.
  • Contact

Profil

Recherche

Catégories

Liens