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9 novembre 2022 3 09 /11 /novembre /2022 17:54
Non-lieu pour le policier
qui avait tué Romain
après une course-poursuite à Paris

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a annulé le renvoi devant la cour d’assises du fonctionnaire. Le 14 août 2018, il avait poursuivi dans les rues de la capitale le jeune homme originaire de Draveil (Essonne). Il avait fait feu alors que le fuyard était bloqué dans les bouchons et entamait une marche arrière.

 
 
Par Nicolas Goinard 

« Je ne connais pas les motivations, j’attends de les voir. » Depuis quatre ans et trois mois, Franck se battait pour que la justice soit rendue pour Romain, son fils, décédé à l’âge de 26 ans le 14 août 2018. Ce soir-là, ce jeune homme originaire de Draveil (Essonne) a été tué par un policier qui l’avait pris en chasse dans le quartier des Halles à Paris (Ier). Kévin, l’agent âgé de 27 ans aujourd’hui, avait voulu le contrôler pour une ampoule grillée.

 

 

Au terme de l’instruction, le parquet de Paris avait fait un réquisitoire définitif demandant le renvoi de Kévin devant la cour d’assises pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Un avis suivi par le magistrat instructeur, qui a rendu une ordonnance de mise en accusation (OMA). Mais le 3 novembre, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a annulé cette OMA, estimant que le policier avait agi en état de légitime défense, théorie écartée durant l’information judiciaire.

Selon nos informations, la partie civile a choisi de se pourvoir en cassation. Ce non-lieu intervient alors que 2022 est une année noire avec 10 personnes décédées après que des policiers ont fait usage de leur arme à la suite d’un refus d’obtempérer. Il y avait eu 7 décès dans ces circonstances en 2021.

Le soir du drame, Kévin qui fait partie de la Brigade spécialisée de terrain (BST), patrouille à pied dans le quartier des Halles. Son attention est attirée par une voiture qui roule avec un phare en moins. L’un de ses collègues demande au conducteur de se garer sur le bas-côté. Mais Romain, l’automobiliste, refuse, s’écarte, et prend la fuite. Il roule à vive allure, grille des feux. Kévin monte à l’arrière d’un scooter et demande au conducteur de se rapprocher de la voiture pour pouvoir noter la plaque d’immatriculation.

« Un enfer »

Le policier a raconté qu’il avait constaté que Romain prenait beaucoup de risques. Une première fois, le jeune homme se retrouve bloqué dans le flux de circulation. Kévin se place au niveau de sa portière, côté conducteur, lui demande de s’arrêter et de couper le contact. Là, l’automobiliste l’aurait bloqué contre les voitures en stationnement en braquant le volant.

La circulation se fluidifie, Romain reprend sa route. Kévin remonte à l’arrière du scooter et demande des renforts. Rue Condorcet (Paris IXe), nouveau bouchon. Kévin redescend, arme en main, et arrive à nouveau au niveau du conducteur. C’est à ce moment-là que le jeune homme aurait entamé une marche arrière. Le policier a dit avoir entendu un cri derrière lui. Il tire. Sa balle traverse le bras gauche de Romain et se loge dans son thorax. Il ne survivra pas à ses blessures.

Selon ce que Me Laurent-Franck Lienard, l’avocat de Kévin, a décrit dans un communiqué partagé sur les réseaux sociaux, lors de l’interrogatoire de première comparution, la juge d’instruction aurait affirmé avoir « autre vision de ce dossier » que celle avancée par la défense. Le conseil dépeint ensuite ce qu’il appelle « un enfer » : « Tous nos arguments seront systématiquement rejetés, toutes nos demandes refusées, jusqu’à l’ordonnance de la juge d’instruction décidant du renvoi de ce jeune policier devant la cour d’assises. »

Romain était décrit par ses proches comme un jeune travailleur qui se levait tôt pour aller à Rungis (Val-de-Marne). Il avait certes un casier judiciaire, mais principalement pour des délits routiers.

 

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