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5 juillet 2022 2 05 /07 /juillet /2022 10:48
 
Surpopulation dans les prisons en IDF
  «900 places en plus d’ici à 2023»

Plus de 13 000 personnes sont actuellement détenues dans les 17 établissements pénitentiaires franciliens, avec un taux d’occupation proche des 130 %. Stéphane Scotto, directeur interrégional des services pénitentiaires de Paris, nous détaille les travaux prévus pour améliorer la situation et les nouveaux établissements annoncés.

Par Denis Courtine 
Le 5 juillet 2022 à 06h02

Cela fait vingt-six ans qu’il gravit les échelons de l’administration pénitentiaire. Après avoir dirigé les prisons de Grasse (Alpes-Maritimes), Nancy (Meurthe-et-Moselle) et Fresnes (Val-de-Marne), de 2012 à 2016, Stéphane Scotto a pris en charge les régions de Toulouse (Haute-Garonne), Lyon (Rhône) et, depuis 2021, Paris. Il évoque les problèmes de surpopulation et les projets à venir pour tenter d’y remédier.

STÉPHANE SCOTTO. À l’heure où je vous parle, nous avons 13 070 personnes détenues réparties dans les 17 établissements pénitentiaires des huit départements d’Île-de-France. Nous ne sommes pas loin des 130 % de taux d’occupation. Pendant le confinement, avec la baisse de l’activité judiciaire et la facilitation des sorties pour dédensifier les établissements, on était à 10 000 détenus, soit environ 100 %. Maintenant, on est très nettement installés au-dessus des 13 000.

Comment en est-on arrivé là ?

L’administration pénitentiaire n’est pas prescriptrice des incarcérations. Elle est là pour mettre en œuvre les décisions de l’autorité judiciaire. Si on a moins d’activité, cela nous donne davantage de temps et de latitude pour prendre en charge les détenus. Cela ne signifie pas pour autant qu’on ne tend pas vers un haut niveau de qualité. Nous nous efforçons de développer les activités, veiller à la régulation carcérale, aux aménagements de peine et aux alternatives à l’incarcération. Pour la surpopulation, nous essayons déjà de favoriser l’usage de toutes les places de détention. L’Île-de-France bénéficie de 1 500 places en province où les conditions de détention sont plus favorables.

Dans un rapport, l’Observatoire international des prisons et Amnesty International dénoncent l’indignité des prisons avec notamment l’augmentation du nombre de matelas posés au sol…
 
On ne peut se satisfaire de demander à quelqu’un de dormir sur un matelas au sol. Aujourd’hui, nous en avons 111. Ce sont des indicateurs que nous suivons, il y a 111 matelas au sol au total. Leur suppression, c’est un objectif. Nous recherchons toutes les solutions pour une autre issue. Mais à Villepinte (Seine-Saint-Denis), par exemple, les personnes détenues préfèrent rester sur un matelas plutôt que d’être transférées en province et se retrouver loin de leurs proches.

 

Le centre pénitentiaire de Bois-d’Arcy, dans les Yvelines, est mis à l’index notamment faute d’électricité, et celui de Fresnes, dans le Val-de-Marne, pour sa vétusté. Qu’y a-t-il de prévu ?

Nous réalisons actuellement pour 12 millions d’euros une mise aux normes électriques à Bois-d’Arcy. Il reste encore une année. Fresnes, c’est l’héritage du courant hygiéniste qui a redessiné les rues de la capitale, avec la volonté de faire entrer la lumière, de faire circuler l’air. À sa construction, en 1898, c’était le plus grand établissement au monde. Ce sera le prochain à bénéficier d’une rénovation.

Justement, quels sont les projets immobiliers ?

En 2023, on va mettre en service trois structures d’accompagnement à la sortie. Des petits quartiers de 180 places à Meaux (Seine-et-Marne), 180 à Osny (Val-d’Oise), 120 places à une dizaine de kilomètres de Villepinte. La même année, à Fleury-Mérogis (Essonne), nous reconditionnons un quartier fermé il y a cinq ou six ans pour ouvrir 400 places. Au total, 900 places en plus d’ici à 2023. En 2026, il y aura Villepinte 2 qui va doubler sa capacité d’accueil. Plus loin, en 2028, le garde des Sceaux a annoncé la construction d’établissements (suscitant à chaque fois l’hostilité des riverains et des élus locaux) à Magnanville (Yvelines), Bernes-sur-Oise (Val-d’Oise), Crisenoy (Seine-et-Marne) et Noiseau (Val-de-Marne).

Y a-t-il, comme le dénonce l’Observatoire, un problème d’accès aux soins dans les prisons ?

Il faut se défaire des représentations de gens qui ne connaissent pas la prison. Combien de temps met une personne en liberté pour obtenir un rendez-vous chez un spécialiste ? Je vous fais le pari que pour des personnes détenues, vous aurez des délais plus courts. Je m’honore de cette capacité d’accès aux soins.

Comment améliorer la situation ?

Depuis 2021, chaque détenu peut contester ses conditions de détention. En Île-de-France, plus de 70 personnes ont déjà saisi l’autorité judiciaire. Et finalement aucune décision constatant l’indignité des conditions de détention n’a débouché. Aujourd’hui, on a équipé toutes les cellules de téléphones avec des forfaits à hauteur de 30 euros par mois. Nous nous mobilisons aussi avec l’Éducation nationale pour qu’il n’y ait pas de rupture dans le parcours scolaire des détenus. Je rappelle enfin que, depuis le 1er mai, nous avons réformé les droits des personnes détenues avec des contrats d’emplois pénitentiaires, des droits pour la retraite, l’assurance chômage. Nous nous efforçons de rendre le temps de détention utile, de faire en sorte que le détenu puisse renouer avec sa famille ou indemniser les parties civiles.

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