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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 06:20
 

Poissy : un policier mis en examen pour meurtre

après une course-poursuite

Un fonctionnaire de la brigade anticriminalité (BAC) de Paris est accusé d’avoir tué par balles Olivio, 28 ans, le 17 octobre dernier à Poissy (Yvelines).

Par Julien Constant
Le 23 octobre 2020 à 19h27, modifié le 23 octobre 2020 à 22h15

Un peu moins d'une semaine après le drame, un policier de 29 ans a été mis en examen ce mercredi à Versailles (Yvelines) pour homicide volontaire. Il est soupçonné d'avoir tué par balles, dans la nuit du samedi 17 octobre à Poissy (Yvelines), un homme de 28 ans après une course-poursuite de trente kilomètres commencée à Paris. Le fonctionnaire a été remis en liberté sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer son métier, de porter une arme et de se rendre dans les Yvelines.

Il est 2h30 en cette première nuit de couvre-feu quand des policiers de la brigade anticrimanalité (BAC) de Paris repèrent une Renault Clio avec trois hommes à son bord sur le boulevard périphérique. La voiture fait une embardée et les fonctionnaires décident de contrôler le conducteur et les deux autres occupants, âgés respectivement de 24 et 29 ans.

« Un peu plus tôt, le trio avait quitté Poissy pour aller acheter du whisky à La Défense histoire de fêter ce dernier jour de liberté avant le début du couvre-feu », explique une source proche du dossier.

Le conducteur refuse de s'arrêter

Malgré les injonctions des policiers, Olivio décide de ne pas s'arrêter. « Son permis de conduire a été annulé et il a déjà été arrêté à trois reprises par le passé. Il n'a qu'une idée en tête : rentrer chez lui pour rendre la voiture à sa femme qui en a besoin le lendemain », ajoute la même source.

Olivio roule sans excès, entre 80 et 110 km/h sur l'autoroute A13. Les policiers lui emboîtent le train et selon leur version, leur « radio police » serait tombée en panne. Un incident technique qui les aurait empêchés de prévenir leurs collègues des Yvelines afin que ceux-ci viennent en renforts et mettent en place un barrage routier.

Le policier tire à trois reprises

La Clio entre dans le quartier de Beauregard et s'engage dans le fer à cheval que constitue la rue Charles-de-Foucauld. Le conducteur perd le contrôle, percute une voiture garée sur la chaussée et s'arrête. Un fonctionnaire sort alors de la voiture et lui crie de s'arrêter. Mais Olivio aurait redémarré et le policier de la BAC ouvre le feu à trois reprises. Le conducteur, touché à l'épaule et à la poitrine, s'effondre sur le volant. Les médecins du Samu ont tenté de le ramener à la vie, en vain.

Ce jeune homme qui n'avait que des délits routiers à son actif était père de deux jeunes enfants. « C'est totalement absurde, estime une source proche de l'affaire. S'il s'était arrêté, il aurait écopé d'une contravention. Peut-être était-il un peu ivre et avait-il peur d'être placé en garde à vue ? Pour l'heure, on ne peut pas l'affirmer car les résultats de la toxicologie ne sont par encore connus. »

Une première version mise à mal

Selon la première version des policiers, le conducteur aurait foncé sur leur collègue qui n'aurait pas eu d'autre choix que de tirer pour sauver sa vie. Mais l'enquête menée par l'inspection générale de la police (IGPN) révèle une autre version, appuyée par les résultats de l'autopsie et la balistique. Le fonctionnaire se serait trouvé sur le côté quand il a ouvert le feu sur la Clio.

Il a été placé en garde à vue en début de semaine avant d'être présenté au juge d'instruction. « Il assure qu'il a réalisé un tir réflexe alors qu'il sentait que sa vie était menacée », confie une autre source. Ce jeune fonctionnaire, entré dans la police en 2013, est affecté à la brigade anticriminalité depuis le mois de septembre. Il est par ailleurs moniteur de tir dans le cadre de ses activités privées. C'est la première fois qu'il a maille à partir avec la justice.

Près d'une semaine après les faits, et trois jours après le guet-apens tendu à deux bus dans le quartier de La Maladrerie, qui pourrait être une réaction à la mort d'Olivier, le maire de Poissy Karl Olive (divers droite) appelle au calme. Il tient à souligner que « l'enquête appelée à faire la lumière sur ce drame est menée par le juge d'instruction de Versailles en toute objectivité ».

Contacté vendredi, le syndicat Alliance n'a pas souhaité s'exprimer. « Cette affaire est d'abord un drame car il s'agit de la mort d'un homme, déclare le procureur de Versailles Maryvonne Caillibotte. Et c'est désormais au juge d'instruction de chercher les responsabilités. Un policier a été mis en examen et ce n'est jamais anodin. Nous défendons les forces de l'ordre lorsqu'elles sont agressées mais nous sommes aussi attentifs à ce que les policiers qui ont le droit d'utiliser la force légitime, soient à la hauteur des exigences de leur fonction ».

Le procureur estime que « ce jeune fonctionnaire qui était seul au moment des faits est sincère dans son récit » mais explique également que « le travail de la justice est de déterminer si son discours est infirmé ou confirmé par l'enquête, c'est-à-dire la collecte des faits, la balistique et l'autopsie ». Autant d'éléments « qui devront dire si les conditions de la légitime défense sont ou ne sont pas réunies ».

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