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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 15:28

https://www.lameute.info/posts/marche-pour-ibrahima-bah-un-an-videos-ibo-diane-assa-traore-violences-policieres

Marche pour Ibrahima Bah / Un an - mais qu’ont-ils

fait des vidéos ?

Ce samedi 10 octobre à Sarcelles (95) une marche en l’honneur d’Ibrahima Bah avait lieu. « Ibo », jeune homme noir âgé de 22 ans, est décédé à moto en percutant un poteau, le 6 octobre 2019, à Villiers-le-Bel, ville voisine de Sarcelles; cet accident mortel aux circonstances floues s’est produit aux abords d’une opération de police. 

Un an après les faits, la marche en son honneur a eu lieu dans sa ville natale, Sarcelles. Deux villes particulières dans l’histoire des quartiers populaires. La marche s’est clôturée par l’arrestation de plusieurs motards qui étaient venus défiler en l’honneur d’Ibo, passionné de moto: ils ont tous les deux été condamnés.

Diané Bah, le frère d’Ibo, en a encore la voix tremblante. Un mélange de tristesse et de colère. Alors que la marche vient de s’élancer sur les voies du tram T5, traversant les grands ensembles de Sarcelles, il ne peut retenir son émotion : « Cette marche, il fallait qu’elle passe par tous les quartiers de Sarcelles. Des quartiers historiques pour les quartiers populaires. Des quartiers qu’aimait traverser Ibo à moto… »

Quelques minutes auparavant, sur une place minuscule bordée de commerces à deux pas de la maison de la Justice, les centaines de personnes venues pour la marche écoutaient les familles de victimes des violences policières qui ont fait le déplacement. Assa Traoré est au micro lorsque nous arrivons. Elle évoque la mort de son frère le 19 juillet 2016 à Beaumont-sur-Oise (95), mais exhorte surtout les proches et les jeunes de la ville à rester ensemble, soudé-es, et à continuer le combat aussi vaillamment que ça l’a été jusqu’à présent . Elle-même, par son travail d’éducatrice, a connu Ibo.

Apparaissent ensuite la sœur et le père de Sabri Choubi, décédé lui aussi à moto le 17 mai dernier à Argenteuil (95) victime lui aussi du racisme policier d’une part, et d’une « Bike Life » qu’on criminalise de l’autre.

Apparaît également Awa Gueye, soeur de Babacar abattu par la police de Rennes dans la nuit du 2 au 3 novembre 2015 . Il y a aussi Mahamadou Camara, frère de Gaye abattu par la police le 16 janvier 2018 à Épinay-sur-Seine (93), ainsi que Fatou Dieng, soeur de Lamine, tué à Paris le 17 juin 2007 , ou encore Makan Kebe, dont la mère, Fatouma Kebe, avait été blessée par un tir de LBD (lanceur de balle de “défense”, NDLR) à l’œil en 2013 (voir nos papiers “Un Coupable Acquitté” et “Circulez y a rien à redire ou l’erreur inavouable” sur le procès qui avait lieu en mars 2020).

On notera l’intervention rarissime de Nancy, la petite soeur de Makomé M’Bowolé, 17 ans, tué par balle à bout portant par l’inspecteur Pascal Compain, au commissariat du 18eme arrondissement de Paris en 1993 :

Je sais comment ça fait mal, je vis avec tous les jours. Quand mon frère s’est fait assassiner, on nous a soutenus, aidés malgré l’injustice. Je leur dis à toutes ces familles de ne pas lâcher. Moi j’étais trop jeune, je n’avais que 9 ans à l’époque des faits. Aujourd’hui j’en ai 36, je suis là pour contribuer, aider, soutenir toutes ces personnes qui ont été victimes. 

Diané, qui la rejoint et pose un bras autour de ses épaules, rappelle : « il faut savoir que le film La Haine a été inspiré de la tragédie de cette famille… »

Une autre sœur prend également le micro : Eleonore, la soeur de Théo Luhaka, qui ne se retient pas en critiques. « J’ai pas demandé à faire partie de cette famille, la famille des victimes des violences policières » lance-t-elle. « J’ai la rage. J’ai la rage contre vous, contre moi, contre les médias, contre les policiers… » Elle rajoute un peu plus loin : « on est en train de se parler, et dans un moins, peut-être que parmi nous il y aura une nouvelle victime. »

BIKE LIFE criminalisée

Après les prises de paroles, la marche s’élance avenue du 8 mai 1945. Enfin… LES marcheS. Car sur les murs de la ville résonne le vacarme colérique des motos des bikers, venus en nombre commémorer un des leurs. La moto, pour bien des jeunes, est une véritable passion. Elle fait partie intégrante des vies de chacun-e. Une passion que Diané Bah comprend, respecte, dont il aime « le ronronnement des moteurs », mais qu’il ne peut cependant s’empêcher de replacer dans un contexte:

Les motos sont des objets chers, que le système vend cher, que l’État va taxer. Et c’est ce même État, sa police, qui va criminaliser la Bike Life, et prendre les vies de nos jeunes.

 

Car la marche est aussi l’occasion d’évoquer les problèmes qui entourent l’affaire d’Ibo, ainsi que la Bike Life. Diané ajoute :  "les mecs se font une thune pas possible sur votre dos mais ils ne font même pas de prévention, quand vous cannez il n'y a rien." 

Si la marche s’est déroulée dans un calme absolu, sans incident, ni aucune provocation envers la police, nous avons pourtant reçu un message des proches d’Ibo nous informant que des motards ont été pris à partie par les forces de l’ordre alors qu’ils rentraient chez eux. Deux bikers ont fini en garde-à-vue, et la police a fait usage de gaz lacrymogène ainsi que d’une clé d’étranglement sur l’un d’entre eux. « A l’aller, les motards avaient déjà croisé la police qui les avait laissé passer. » témoigne Diané.

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