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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 11:06
 

Kamel Daoudi, le plus vieil assigné à résidence de

France, retourne en prison

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Condamné pour terrorisme en 2005, Kamel Daoudi est assigné à résidence depuis douze ans, après avoir purgé sa peine. Vendredi, il a été arrêté et incarcéré faute d’être rentré chez lui à l’heure du couvre-feu. 

 

Assigné à résidence sans perspective depuis sa sortie de prison en 2008, Kamel Daoudi est tenu de vivre dans les communes que le ministère de l’intérieur lui indique, ne peut en franchir les limites sans autorisation, doit pointer chaque jour au commissariat et rentrer à son domicile tous les soirs, à la même heure. Pour cet ancien condamné pour terrorisme, la même routine dure depuis douze ans. 

Vendredi 25 septembre, à 21 h 30, Kamel Daoudi participait à une soirée « karaoké et falafels » au café associatif « La Loupiote », dans lequel il s’investit depuis son arrivée à Aurillac, en février 2019. La Montagne révèle qu’il a été arrêté et incarcéré lors de cette soirée, pour non-respect de son couvre-feu fixé à 21 heures. Il doit être jugé le 6 octobre en comparution immédiate différée. 

L’épouse de Kamel Daoudi et leurs enfants vivent à 150 kilomètres d’Aurillac, dans une commune où la famille avait acquis une maison avant que l’assigné à résidence ne soit à nouveau déplacé. Kamel Daoudi avait déjà été poursuivi pour des retards de pointage lorsqu’il était assigné à résidence à Saint-Jean-d’Angély, en Charente-Maritime, mais le tribunal correctionnel de Saintes l’avait relaxé en mai 2019.

L’espoir était pourtant revenu quand son avocat, Bruno Vinay, avait soulevé une atteinte disproportionnée à la liberté d’aller et de venir, et obtenu du Conseil constitutionnel, le 30 novembre 2017, une censure partielle des dispositions qui permettaient de prolonger l’assignation à résidence sans limitation dans le temps.

Mais ce mercredi 7 février, la commission des lois du Sénat a discrètement adopté une modification d’un article du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) qui vise expressément le cas de Kamel Daoudi, pour le ramener à la case départ. Le texte doit être adopté le 15 février.

Mercredi, Kamel Daoudi a donc décidé d’entamer une grève de la faim et de la soif, dangereuse pour sa santé, afin de protester contre le sort qui lui est fait. « Je suis déterminé. Je veux dire au ministère de l’intérieur et à l’État : arrêtez d’instrumentaliser mon cas », explique-t-il à Mediapart.

Sur le plan des principes, Kamel Daoudi dit vouloir dénoncer les mesures liberticides nées de cette époque d’attentats et d’état d’urgence, qui ont conduit à assigner à résidence jusqu’à des militants et des demandeurs d’asile. Mais plus prosaïquement, il ne supporte plus sa situation personnelle.

« Ce que je subis de la part de l’État est du harcèlement, une forme de torture blanche, dit-il sur un ton étonnamment tranquille. On m’empêche d’avoir une vie familiale, professionnelle et sociale. Il me restait comme dernier soutien d’être auprès de ma femme et de mes enfants, mais même cela n’est plus possible. »

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