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6 février 2019 3 06 /02 /février /2019 22:17
Angelo Garand : préjugé coupable de sa mort

Voilà un an, dix mois et sept jours que notre proche Angelo Garand, un Voyageur de 37 ans, a été tué de 5 balles dans le thorax par deux gendarmes de l'Antenne du GIGN de Tours, le jeudi 30 mars 2017, vers 13h, à Seur. Six mois plus tôt, détenu pour vol à Vivonne, il n'avait pas regagné sa cellule, restant auprès des siens après une journée de permission de sortie familiale. Il savait qu'il aurait un jour à en payer le prix, avec un allongement de sa peine, mais n'aurait jamais pensé qu'il lui en coûterait la vie. Le 30 mars 2017, Angelo venait de rejoindre la famille réunie autour d'une grillade chez ses parents, quand le commando de l'AGIGN a pris d'assaut la propriété, mettant les convives à terre et en joue dans les cris, agenouillant et menottant les hommes dans le dos, fouillant brutalement les lieux. Les militaires allaient repartir quand un léger bruit s'est fait entendre, attirant leur attention vers une petite remise où Angelo s'était par réflexe réfugié à leur arrivée. Alors tout s'est précipité. Au lieu de rester postés à l'extérieur, près de la seule issue possible, en demandant à leur « target » (cible) de se rendre, cinq hommes ont couru dans la grange et immédiatement leurs tirs ont retenti, sans sommations. Puis, contrastant avec les hurlements de nos proches, un long silence a régné à l’intérieur du réduit.(...)

Les non-dits du non-lieu

Notre appel du non-lieu a été examiné le jeudi 10 janvier par la Chambre de l'instruction de la Cour d'Appel d'Orléans, dans un entre-soi judiciaire dont nous étions exclus. Le déroulement de l'audience laisse peu d’espoir quant à la décision qui sera rendue ce jeudi 7 février. L'attente a été longue dans les couloirs du tribunal, pendant que nos avocats plaidaient en notre nom, afin que la justice daigne ouvrir l'indispensable procès concernant la mise à mort d’Angelo. C'est la condition pour que nous les plaignant⋅es ayons enfin le droit de parler en personnes, face à la partie adverse, dans l'enceinte d'un tribunal. Nos proches qui ont vécu le cauchemar d'être présents au moment des faits, doivent pouvoir en témoigner. Les tueurs d'Angelo, leurs collègues, leurs hiérarchies, doivent être confrontés aux incohérences et aux invraisemblances entachant leurs déclarations, afin que soient publiquement mises en lumière les zones d'ombre du dossier.

Quelle nécessité, quelle proportionnalité y avait-il à envoyer, pour interpeller Angelo, un commando de l'AGIGN à l'assaut de notre réunion familiale, en présence d'un enfant de 3 ans, sinon en raison de notre étiquette de « membres de la communauté des gens du voyage » comme le disent et l’écrivent les autorités ? (...)

Le cycle des mises à morts et de leurs commémorations ne s'arrêtant jamais, nous étions présent⋅es de toute notre affection auprès de la famille El Yamni le 5 janvier dernier à Paris, pour Wissam sept ans après son interpellation mortelle. Le 19 janvier nous avons rejoint à Béthune la première douloureuse Marche de la famille Lenfant pour Henri, un autre Voyageur tué par un membre d’une autre Antenne régionale du GIGN, celle de Reims. Faute de pouvoir faire le déplacement, nos pensées accompagnerons la famille Camara, pour Gaye un an après, ce 9 février à Champs-sur-Marne. Puis après la Marche des Solidarités contre le racisme d'État et les violences policières le 16 mars à Paris, nous vous donnons rendez-vous le 30 mars à Blois pour commémorer Angelo deux ans après, et nous renforcer solidairement, dignement et tendrement dans nos luttes communes si dures.

Depuis le premier cri de vie, nous sommes impuissants face à la mort,
ne laissons pas s'installer l'impuissance face à l'injustice.

La famille Garand et ses soutiens,
Le 6 février 2019

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